Convaincues qu’elles allaient revenir chez elles après l’annonce d’une trêve et d’un cessez-le-feu, des familles palestiniennes se sont rendues lundi à l’entrée du camp assiégé de Yarmouk, dans le sud de Damas, mais leur attente fut vaine.

« J’ai entendu parler de l’accord alors j’ai acheté de la nourriture car je pensais pouvoir rentrer chez moi, mais elles (les forces du régime) ne m’ont pas laissée rentrer car les hommes armés ne sont pas encore sortis », affirme une femme de 30 ans, vêtue d’une robe noire, tenant dans sa main une assiette remplie d’œufs.

Yarmouk est assiégé par l’armée du président syrien Bashar el-Assad depuis un an. Le camp est totalement dévasté, et des 150 000 habitants palestiniens et syriens qui y vivaient avant l’éclatement du conflit en Syrie en mars 2011, il n’en restait plus que 40 000 début mars.

Samedi soir, un accord a été conclu en vertu duquel les rebelles devaient quitter Yarmouk, avait indiqué le directeur politique en Syrie de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Anouar Abdel Hadi.

« Les hommes armés vont se retirer à l’extérieur du camp. Les barrages vont être démantelés et les décombres retirés. Des réparations seront effectuées en prélude à un retour des habitants », selon M. Abdel Hadi.

Mais si les armes se sont tues, l’accord n’était toujours pas entré en application lundi ont constaté des journalistes de l’AFP.

Alors que les enfants jouent sur l’herbe au milieu de la place, les parents patientent. « Cela fait deux jours que j’attends à l’entrée du camp, et je reviendrai chaque jour jusqu’à ce que je puisse rentrer chez moi », assure Oum Chaabi, 40 ans.

Non loin, un homme âgé, le visage fatigué et les habits déchirés, se morfond. « Je suis venu voir ma maison, ma voiture, mes biens. Cela fait un an que je patiente, j’espère que l’accord va fonctionner. J’ai loué une maison à Damas mais je n’ai plus d’argent pour payer le loyer et je ne peux pas travailler ».

Joumaa al-Abdallah, un dirigeant du Front populaire de libération de la Palestine-Commandement général (FPLP-CG, pro-régime) impute au Hamas le retard dans l’application de l’accord, qui devait commencer dimanche.

« Je ne suis pas optimiste car cette brigade n’a pas signé l’accord et dans le passé, elle a déjà fait échouer un accord similaire », explique-t-il.

Pourtant un militant palestinien du camp, Rami al-Sayed, avait assuré dimanche que le nouvel accord avait été paraphé par le général Yassine Dahi des services de sécurité en charge du dossier palestinien, Anouar Abdel Hadi, Jamal Abdel Ghani de l’UNRWA [agence de l’ONU en charge des réfugiés palestiniens], Fawzi Hamid, chef du Conseil civil du camp, et les commandants des factions rebelles à Yarmouk.

Selon lui, « une force conjointe de l’OLP et des habitants du camp, palestiniens ou syriens, sera en charge de la sécurité à l’intérieur et autour du camp. Elle sera dotée d’armes légères ».

Début mars, une trêve entrée en vigueur deux semaines plus tôt, avait été rompue, empêchant l’UNRWA de distribuer de l’aide alors que près de 200 personnes sont mortes de privations, dont 128 de faim, après que l’armée syrienne a renforcé le siège du camp en juillet 2013, bloquant l’entrée de la nourriture et des médicaments pour des milliers de civils.

Dans un communiqué lundi, le porte-parole de l’UNRWA, Chris Gunness, a indiqué que son organisation « avait reçu des informations crédibles sur un accord entre les autorités syriennes et les groupes armés d’opposition à Yarmouk ».

« Nous accueillerons tout accord durable qui consiste en l’arrêt des combats, l’accès complet à l’aide humanitaire et à la fin des souffrances des civils de Yarmouk et de toute la Syrie ».