Le groupe djihadiste Etat islamique a lancé une offensive majeure mercredi pour tenter de conquérir la ville kurde de Ras al-Ain, située dans le nord de la Syrie près de la frontière avec la Turquie, a indiqué une ONG.

« Des combattants de l’EI ont lancé un assaut d’envergure sur Ras al-Ain et ils ont réussi à prendre un village proche », a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Les combats dans le sud et l’ouest de la ville ont fait des dizaines de morts dans les deux camps, dont 12 du côté kurde, selon l’OSDH qui s’appuie sur un large réseau de sources en Syrie.

Ras al-Ain, située dans la province de Hassaké et qui comptait environ 50.000 habitants avant la guerre, dispose d’un point de passage menant à Ceylanpinar en Turquie, et les villages alentours sont contrôlés par les Unités de protection du peuple kurde (YPG), la principale force kurde en Syrie.

Selon l’OSDH, l’offensive du groupe extrémiste est une attaque préventive contre les Kurdes qui planifiaient d’attaquer Tall Abyad, ville tenue tenue par l’EI plus à l’ouest et située également à la frontière turque.

Tall Abyad est une ville mixte arabe et kurde dans la province de Raqa (nord) et un point de passage clé des jihadistes de Turquie en Syrie.

Un porte-parole du Parti de l’Union démocratique (PYD), branche politique des YPG, a confirmé qu’il y avait des combats intenses près de Ras al-Ain.

Cette offensive intervient quelques semaines après que les combattants kurdes ont finalement chassé l’EI de la ville syrienne kurde de Kobané, un peu plus à l’ouest et sur la frontière turque.

Les forces kurdes et leurs alliés ont depuis reconquis une large partie des territoires alentours dans le nord et commencé à se diriger vers l’est vers la province de Raqa, où siège le « califat » proclamé par l’EI.

Ras al-Ain a déjà été le théâtre de combats acharnés en 2013 avant que les forces kurdes boutent hors de la ville des rebelles et des djihadistes liés à Al-Qaïda.

Plus de 210.000 morts et un drame humanitaire

L’OSDH, qui s’appuie sur un large réseau de militants et de médecins à travers le pays, a comptabilisé entre mars 2011 et février 2015 la mort de 210.060 personnes, parmi lesquelles 65.146 civils dont 10.664 enfants.

Parmi les combattants anti-régime décédés, 38.325 sont des rebelles syriens et 24.989 sont des jihadistes étrangers. Du côté des forces pro-régime, l’ONG dénombre 45.385 soldats morts, 29.943 miliciens des Forces de défense nationale, 640 membres du Hezbollah chiite libanais et 2.502 miliciens chiites venus d’autres pays.

Le bilan, souligne l’OSDH, « est certainement plus élevé (…) en raison du grand nombre de disparus dont on ignore le sort ». Selon l’ONG, il faut aussi ajouter 20.000 personnes dans les prisons du régime qui sont considérées comme disparues.

Des ONG font état de tortures et d’exécutions sommaires dans ces prisons.

Des milliers de personnes sont prises en otages par des groupes, notamment par le groupe Etat islamique (EI), qui sème la terreur dans les territoires qu’il contrôle.

Plus de 10 millions de personnes ont dû quitter leur foyer, dont quatre millions se sont réfugiées à l’étranger.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 60% des quelque 23 millions de Syriens sont touchés par la pauvreté (septembre 2014).

D’après ses derniers chiffres (mars 2015), la Turquie accueille plus de 2 millions de réfugiés.

Selon le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), 1,1 million de personnes sont réfugiées au Liban, soit un quart de la population. Ce chiffre est probablement supérieur car de nombreux Syriens ne seraient pas enregistrés.

618.000 Syriens se sont réfugiés en Jordanie, 225.000 en Irak et 137.000 en Egypte.

Les réfugiés font face à la pauvreté, à des problèmes de santé et des tensions croissantes avec les communautés locales où ils vivent dans des structures provisoires et des conditions extrêmement difficiles.

Selon l’Unicef, entre 2,1 et 2,4 millions d’enfants ne peuvent aller à l’école en raison de l’insécurité (janvier 2015).

Selon des experts, le conflit a fait revenir trois décennies en arrière l’économie du pays, où la moitié de la population est au chômage et la majorité des infrastructures détruites.

D’après le responsable du Fonds monétaire international (FMI) au Moyen-Orient, « le PIB s’est contracté de plus de 40 % ».

Le montant des destructions dues à la guerre s’élève à quelque 31 milliards de dollars. Le pays a aussi vu sa production pétrolière s’effondrer de 96 % (officiel).