Le Parlement syrien a voté une loi qui exclut de facto une participation de l’opposition en exil à la prochaine présidentielle et ouvre la voie à une réélection du président Bashar el-Assad, à la veille du 3e anniversaire de la guerre en Syrie.

Le médiateur international Lakhdar Brahimi a jugé que l’organisation par le régime d’une présidentielle dans le pays ravagé par les combats torpillerait les négociations de paix, s’attirant vendredi les critiques du pouvoir qui l’a accusé d’avoir « outrepassé » son rôle.

Le chef de la délégation du régime à ces négociations, le ministre des Affaires étrangères Walid Mouallem, 73 ans, a été hospitalisé d’urgence jeudi soir à Beyrouth à la suite d’une obstruction de ses artères.

Confronté à une rébellion qui veut sa chute, M. Assad n’a pas encore officiellement annoncé son intention de briguer un troisième mandat mais il a affirmé en janvier à l’AFP qu’il y avait de « fortes chances » qu’il le fasse.

Aucune date n’a été annoncée pour le scrutin, mais les électeurs doivent être convoqués entre 60 et 90 jours avant la fin du mandat de M. Assad le 17 juillet.

L’élection se tiendra dans un pays saigné à blanc par la guerre et rongé par une crise humanitaire inouïe. Aucun des protagonistes ne semble avoir les moyens de l’emporter même si les troupes loyalistes gagnent du terrain.

Jeudi, le Parlement a approuvé les clauses de la loi électorale qui permet théoriquement, pour la première fois depuis des décennies, à plusieurs candidats de se présenter, en vertu de la Constitution de 2012.

Mais si ce texte constitutionnel établit le « pluralisme politique » en abolissant la suprématie du parti Baas au pouvoir depuis un demi-siècle, la loi électorale empêche de fait les figures de l’opposition en exil de se présenter.

Chaque candidat doit en effet « avoir vécu en Syrie pendant une période de 10 ans de manière continue au moment de présenter sa candidature et ne doit pas avoir une nationalité autre que syrienne », stipule le texte.

Or la Coalition de l’opposition, considérée comme l’interlocuteur privilégié par l’Occident et dont le départ de M. Assad est la principale revendication, est installée à Istanbul.

Brahimi a « outrepassé » son rôle

Le régime a déjà organisé en mai 2012 des législatives boycottées par l’opposition. A l’époque, M. Assad avait dit que les élections avaient montré le soutien des Syriens à son régime face aux « terroristes », en allusion aux rebelles.

« S’il y a une élection, je soupçonne que toute l’opposition ne sera probablement pas intéressée pour discuter avec le gouvernement », a prévenu M. Brahimi après deux séries de pourparlers infructueux à Genève en janvier et février.

« Brahimi doit respecter son rôle en tant que médiateur, il doit être honnête et impartial. Ses propos ont outrepassé sa mission », a rétorqué le ministre syrien de l’Information Omrane al-Zohbi.

En attendant, à Homs (centre), reprise dans sa majorité par le régime, la campagne pour une réélection d’Assad a commencé.

« Parce que vous êtes le symbole de notre victoire et de notre résistance, nous vous implorons de vous porter candidat à la présidence », pouvait-on lire sur un immense calicot avec le portrait de M. Assad.

Depuis l’ascension du clan Assad en Syrie en 1970, la présidentielle est en réalité un plébiscite en faveur d’un candidat unique.

Porté au pouvoir en 2000 après la mort de son père, Hafez, Bachar al-Assad, 48 ans, a été reconduit en 2007.

Dans le sillage du Printemps arabe, une contestation pacifique a éclaté dans le pays le 15 mars 2011 puis s’est transformée en rébellion armée après la répression du pouvoir.