BRUXELLES – Pendant un évènement organisé à Bruxelles pour la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, Antonio Tajani, qui a remplacé Martin Schulz à la tête du Parlement européen la semaine dernière, a déclaré qu’ « aucun juif ne devrait être contraint à quitter l’Europe. »

Cependant, d’autres orateurs ont indiqué que les craintes des juifs d’Europe étaient réellement justifiées, et l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair a affirmé que « tout sentiment de sécurité est illusoire ».

Tajani, politicien italien expérimenté, a déclaré au public que « l’Europe a toujours réussi à tirer les leçons » de son sordide passé. « Mais malheureusement, l’antisémitisme n’est pas un sujet du passé », a-t-il ajouté.

Pointant du doigt les attentats terroristes mortels qui ont visé des juifs à Toulouse, à Paris et à Bruxelles, le président du Parlement a condamné les violences « contre le peuple juif, uniquement parce que [les Juifs] portent une kippa. »

« Il est important de rester vigilant, mais de ne pas avoir peur », a-t-il déclaré.

Des soldats français armés devant l'entrée de l'école juive  'La Source' à Marseille, le 12 janvier 2016. (Crédit : Boris Horvat/AFP)

Des soldats français armés devant l’entrée de l’école juive ‘La Source’ à Marseille, le 12 janvier 2016. (Crédit : Boris Horvat/AFP)

Mais, alors que Tajani appelait les juifs à rester en Europe, le président du Congrès juif européen a déclaré que le futur de la communauté juive était de plus en plus incertain.

Depuis l’Holocauste, « deux générations de juifs ont grandi en pensant qu’ils avaient un foyer en Europe, comme n’importe qui d’autre. Mais cela change à présent », a déclaré Moshe Kantor.

« Nous, juifs européens, voulons rester en Europe et lui être loyaux, comme nous l’avons toujours été. Même après l’Holocauste, nous n’avons pas abandonné l’Europe. Mais aujourd’hui, nos jeunes générations ont des doutes sur leur futur sur le continent », a-t-il déclaré.

Un policier posté devant la Grande synagogue de Copenhague, le 15 février 2015. (Crédit : AFP)

Un policier posté devant la Grande synagogue de Copenhague, le 15 février 2015. (Crédit : AFP)

« Nous comptons sur l’Europe pour continuer à nous montrer sa loyauté envers nous. La loyauté à l’idée que les juifs ont un futur, ici, en Europe », a-t-il déclaré. Mais pas « derrière de hauts murs, des vitres pare-balles » ou d’autres mesures de sécurité que les communautés juives européennes ont été forcées d’adopter, a-t-il ajouté.

« Nous ne pouvons pas et ne devons pas vivre ainsi », a-t-il affirmé.

Il a également assuré que « chaque tragédie mondiale commence par des attaques contre les juifs. »

« Tout sentiment de sécurité est illusoire »

Blair a déclaré qu’il avait « honte » de la série d’attaques antisémites qui a touché Londres le week-end dernier, et a prévenu que « tout sentiment de sécurité » des juifs face à la poussée de l’antisémitisme était « illusoire ».

« Ces actes d’antisémitisme se produisent ici ou là, même au Royaume-Uni ces derniers jours », a déclaré Blair, qui portait une kippa. Il est également le président du Conseil européen pour la tolérance et la réconciliation.

« J’ai honte de dire que de tels actes ont été perpétrés contre la communauté juive », a-t-il déclaré.

L’ancien Premier ministre faisait référence à au moins trois incidents qui se sont déroulés vendredi et samedi dans le nord de Londres. Une brique portant une croix gammée a été jetée dans la fenêtre d’une maison juive, une famille a reçu des œufs, et une croix gammée, accompagnée des mots « Heil Hitler » et « F*ck les juifs », a été taguée sur un immeuble.

« Chaque tragédie mondiale commence par des attaques contre les juifs »

Kantor, qui doit rencontrer vendredi le pape François, selon The Independent, a mis en garde contre la menace de l’antisémitisme face au populisme croissant en Europe, et a déclaré que la menace contre les juifs d’Europe était « unique ».

Un policier montant la garde le 21 janvier 2015 devant le magasin HyperCacher à Paris où quatre Juifs ont été  assassinés par Amédy Coulibaly, le 9 janvier 2015. (Crédit : Eric Feferberg/AFP)

Un policier montant la garde le 21 janvier 2015 devant le magasin HyperCacher à Paris où quatre Juifs ont été assassinés par Amédy Coulibaly, le 9 janvier 2015. (Crédit : Eric Feferberg/AFP)

« Contrairement aux autres minorités, nous ne sommes pas simplement une cible de l’extrême-droite, mais aussi de l’extrême-gauche, ainsi que des islamistes. Peu le croiront, mais j’ai vu coopération et coordination entre ces… groupes sur un seul sujet uniquement : les juifs », a-t-il déclaré.

« C’est le nouvel antisémitisme, sans limite, sans frontière, avec des identités et des foyers politiques multiples », a-t-il ajouté.

Kantor a également appelé l’Union européenne à adopter officiellement une définition juridique de l’antisémitisme, en proposant celle de l’Alliance internationale de la commémoration de l’Holocauste, une organisation basée à Berlin. Dans un communiqué, Kantor a affirmé qu’il était « absurde » que le bloc politique ne dispose pas d’une telle définition.