Tariq Ramadan est visé par deux plaintes pour viol, et les témoignages le visant, notamment des agressions sexuelles sur mineures en Suisse, s’accumulent de jour en jour.

La Tribune de Genève a publié samedi un long article consacré à quatre de ses anciennes élèves lorsqu’il enseignait le français et la philosophie à Genève entre 1984 et 2004. Parmi ces 4 femmes, aujourd’hui mariées et mères de famille, trois ont avoué avoir cédé à « l’emprise psychologique » de leur professeur et avoir eu des relations sexuelles avec lui, l’une à 15 ans et les deux autres à 18 ans.

La quatrième, qui avait 14 ans à l’époque, évoque le harcèlement auquel elle a dû faire face. La majorité sexuelle est de 16 ans en Suisse. Les faits, s’ils sont avérés, sont de toute façon prescrits. Le quotidien suisse a interrogé les responsables du Département de l’instruction publique des années 80 et 90, mais aucun ne se souvient de rumeur ou de dénonciation concernant ce professeur. 

Et cependant l’université où il enseigne en tant que chercheur associé – sa chaire d’islamologie a été créée grâce à un financement qatari qui a imposé sa candidature – n’a de son côté pris aucune mesure contre lui et s’est fendue d’une lettre justifiant son maintien qui a laissé certains militants pantois :

« Il ne s’agit pas seulement de violence sexuelle, » explique Eugène Rogan, le directeur du Centre pour le proche orient de l’université, qui a mis une dizaine de jours pour répondre à des étudiants ayant réclamé la destitution de Tariq Ramadan.

« Pour certains étudiants, continue-t-il, il s’agit seulement d’une autre manière pour les Européens d’attaquer un éminent professeur musulman. Nous devons protéger les étudiants musulmans qui lui font confiance et croient en lui, et protéger cette confiance ».

Dieudonné apporte son soutien à Tariq Ramadan

L’humoriste multi-condamné pour incitation à la haine et antisémitisme s’est fait une spécialité d’apporter son soutien aux personnalités en difficulté, Marine Le Pen, Raël, Nadine Morano, Yannick Noah, Danièle Obono, ou encore le giffleur de Manuel Valls.

Via une vidéo postée sur son site, il soutient aujourd’hui publiquement Tariq Ramadan arguant de la présomption d’innocence, et « qu’aucune preuve, aucun éléments à charge » n’est pour le moment venu étayer ces accusations.

Dieudonné a également bonne mémoire. En 2013, c’est Tariq Ramadan, en quête d’une nouvelle popularité chez les plus jeunes qui avait soutenu, via Facebook, le geste de la quenelle au centre de toutes les polémiques.

De son côté Tariq Ramadan se défend: « Des allégations anonymes ont été portées à Genève m’accusant d’avoir abusé de mineures il y a près de 25 ans. Je démens catégoriquement ces allégations et dépose aujourd’hui une plainte contre X pour diffamation », a t-il déclaré dans un message en anglais sur son compte Twitter.

Le bras de fer entre Charlie Hebdo et les fans de « Frère Tariq »

L’hebdomadaire français Charlie Hebdo, visé par un sanglant attentat jihadiste en 2015, a annoncé le dépôt d’une plainte pour des menaces de mort sur les réseaux sociaux, après la publication d’un dessin satirique sur l’islamologue Tariq Ramadan.

Interrogé sur les messages de haine et les menaces adressées à Charlie Hebdo, le dessinateur Riss, directeur de la publication, a déclaré sur la radio Europe 1 lundi qu’ils n’avaient « jamais vraiment cessé ».

« Parfois, il y a des pics où on reçoit sur les réseaux sociaux des menaces de mort explicites: c’est le cas une fois de plus », a-t-il ajouté.

« C’est toujours difficile de savoir si ce sont des menaces sérieuses ou pas, mais par principe, on les prend au sérieux et on dépose plainte », a-t-il dit.

Charlie Hebdo a été visé par un attentat en janvier 2015, revendiqué par Al-Qaïda dans la péninsule arabique, qui a fait 12 morts. Les perpétrateurs entendaient notamment punir le journal, ouvertement athée et provocateur, pour avoir publié des caricatures du prophète Mahomet.

Depuis cette tuerie, la France a été victime d’une série d’attentats jihadistes, notamment en région parisienne (130 morts en novembre 2015) et à Nice (juillet 2016, 86 morts).

Riss a jugé « étonnant qu’après tout ce qui s’est passé depuis 2, 3, 4 ans, il y ait encore des réactions aussi violentes, des appels au meurtre ».

« Menacer de mort quelqu’un, ce n’est ni autorisé dans la rue, ni dans un journal, ni nulle part, c’est ‘poursuivable’ « , a-t-il ajouté.

« Ce n’est pas simplement de la contestation ou de la discussion, ce n’est même pas de l’injure, c’est au-delà de ça : c’est que, maintenant, ça s’est banalisé d’appeler au meurtre », déclare-t-il. C’est « assez inquiétant » et « révèle un climat assez lourd », estime-t-il.

Interrogé sur l’angle choisi pour le dessin, Riss a rappelé que Tariq Ramadan était présenté comme « un islamologue, comme un sachant » et que « le 6e pilier de l’islam (….), c’est le jihad ». « C’est ce par quoi il se présente qu’on le dessine », a-t-il dit.

Les cinq piliers de l’islam constituent le fondement du mode de vie islamique : la profession de foi, la prière, la zakat (l’aumône), le jeûne du mois de Ramadan et le pèlerinage à la Mecque une fois dans la vie pour ceux qui en ont les moyens. Le jihad est considéré comme le sixième pilier de l’islam par une minorité de sunnites bien qu’il n’en ait pas le statut officiel.

Dans sa dernière édition parue mercredi, l’hebdomadaire satirique représente le théologien suisse, le pantalon déformé par un énorme sexe en érection et proclamant : « je suis le 6e pilier de l’islam ».

« VIOL La défense de Tariq Ramadan », peut-on lire au-dessus du dessin signé Juin.

Le grand-père de Tariq Ramadan est le fondateur de la confrérie égyptienne islamiste des Frères musulmans. Son père, exilé en Suisse, a fondé le Centre culturel islamique de Genève, ville où est né Tariq Ramadan.