JTA – Nous avons rencontré Daniel Rubin qui incarne, sous de nombreux aspects, le nouveau visage de l’alyah.

Originaire de Los Angeles, Rubin, 27 ans, est venu à Jérusalem il y a dix ans pour étudier au sein d’une yeshiva. Durant les années qui ont suivi, Daniel a fait son service dans l’armée israélienne et a fait d’incessants allers et retours entre Israël et les Etats-Unis pour ses études supérieures et son travail, tout en résidant aux Etats-Unis.

Le mois dernier, lui et son épouse ont fait leur alyah. Ils se sont installés à Tel Aviv afin de pouvoir se lancer dans la création d’une start-up tout en profitant de la vie méditerranéenne de la ville côtière.

Le couple fait partie des quelque 3 000 nouveaux arrivants qui se sont établis à Tel Aviv en 2016, chiffre qui a aidé la municipalité à remporter le titre de “capitale de l’alyah” pour la troisième année consécutive.

“Tel Aviv est jeune, Tel Aviv est drôle, Tel Aviv est excitante », a expliqué Rubin à JTA. « Et je suis de L.A, donc j’adore la plage. »

L’histoire de Rubin reflète les récentes tendances observées dans l’alyah. Alors que la vague d’immigration en provenance de l’ancienne Union soviétique a décliné depuis les années 1990, l’alyah a enregistré une baisse historique. En revanche, les migrants en provenance des pays occidentaux sont dorénavant les plus nombreux. Et ces nouveaux arrivants ont semblé préférer débuter leur expérience de vie en Israël dans les grandes villes.

Tel Aviv, capitale culturelle de la nation est devenue leur destination favorite.

Daniel Rubin: “Tel Aviv est jeune, Tel Aviv est drôle, Tel Aviv est excitante". (Crédit : Noi Arkobi)

Daniel Rubin: “Tel Aviv est jeune, Tel Aviv est drôle, Tel Aviv est excitante ». (Crédit : Noi Arkobi)

“Israël a sauvé des millions de personnes venues de sociétés défavorisées dans les pays musulmans et en Europe de l’Est”, commente Sergio DellaPergola, spécialiste éminent de la démographie et des migrations juives.

« Mais aujourd’hui, les Juifs de la Diaspora sont dans leur écrasante majorité des gens libres, qui pour la plupart ont un emploi et vivent en zone urbaine. Il n’y a plus de Juifs ruraux, plus de Juifs persécutés dans des ghettos et, par conséquent, l’équilibre global des migrations est totalement différent. L’alyah est volontaire, et se base sur la capacité d’Israël à offrir un emploi et un agréable mode de vie ».

Israël a été largement construit par les Juifs qui échappaient aux persécutions. Au cours des 19e et 20e siècles, les pogroms russes, l’antisémitisme européen et les persécutions nazies ont aidé à peupler l’Etat d’Israël tant en amont de sa création que lors de ses premières années d’existence. Puis des arrivées conséquentes de Juifs qui fuyaient le Moyen-Orient dans les années 1950 ont eut lieu puis d’Ethiopie dans les années 1970 et enfin des pays de l’Union soviétique en 1990.

Ces dernières années, l’antisémitisme en France et la guerre en Ukraine ont contribué à créer une reprise de l’alyah. L’immigration russophone a été plus forte en 2016 qu’au cours des dix dernières années.

Mais la tendance la plus importante depuis les années 1990 est toutefois à la baisse. L’alyah des pays de l’ancienne Union soviétique a très largement suivi son cours – après avoir fait venir près d’un million de nouveaux arrivants en Israël – et les chiffres globaux se sont effondrés, atteignant un niveau similaire à celui d’avant les années 1980, selon les données du Bureau Central des Statistiques israélien.

Pour sa part, l’émigration vers Israël depuis les pays occidentaux – majoritairement depuis l’Europe et les Etats Unis – est restée relativement stable. Et les nouvelles arrivées depuis l’Occident représentent dorénavant une bien plus grande part dans le chiffre global des alyah réalisées.

Et de fait, les Juifs occidentaux préfèrent les grandes villes. Depuis 1989, aucune ville israélienne n’a attiré plus de 4% des nouveaux arrivants. Tel Aviv – seconde ville la plus peuplée d’Israël, avec environ la moitié du nombre d’habitants de Jérusalem –n’en a accueilli que 3 %. Mais en 2016 la tendance a changé : Tel Aviv a été la destination de 12% des nouveaux migrants.

Les trois autres municipalités les plus populaires sont Jérusalem (10%), Netanya (9%) et Haïfa (8%), selon le ministère de l’Immigration.

Selon une douzaine de personnes interrogées qui y ont fait récemment leur alyah ou qui y réfléchissent, c’est l’ambiance libérale et favorable aux start-ups et le style de vie cosmopolite qui sont cités comme les plus grands atouts de la ville.

Un homme à Tel Aviv fait du vélo en compagnie de ses chiens le 18 juin 2015 (Crédit :Miriam Alster/FLASH90)

Un homme à Tel Aviv fait du vélo en compagnie de ses chiens le 18 juin 2015 (Crédit :Miriam Alster/FLASH90)

Après un an passé à Jérusalem, Rubin et son épouse Talia, 23 ans, ont déménagé à Tel Aviv. Ils ont adoré Jérusalem et la communauté ultra-orthodoxe de la capitale, indique Rubin.

Mais Tel Aviv était le seul lieu où il pouvait lancer sa start-up, The Pub Hub, qui transforme les bars en espaces de travail communautaire durant la journée. Il a ouvert son premier site le mois dernier dans la rue la plus dynamique de la métropole, le boulevard Rotschild.

“Les vibrations ici – en termes d’énergie et d’opportunités – vous ne pouvez les trouver nulle part ailleurs”, s’est-il exclamé.

Israël a mieux résisté à la crise mondiale que la majorité des autres pays et Tel Aviv est son cœur financier et commercial. L’économie israélienne a progressé d’une moyenne annuelle de presque 4% ces 13 dernières années et le chômage a chuté à presque 5%.

Les start-ups israéliennes sont en grande partie responsables de cette résistance.

Selon l’équipe municipale de Tel Aviv, la ville accueille environ 1 450 des 5 000 entreprises naissantes du pays, ce qui représente plus d’une start-up pour 300 habitants – un taux qui dépasse celui de n’importe quelle autre ville dans le monde.

Un grand nombre de ces entreprises tentent de faire leur apparition sur le marché international, offrant une multitude de nouveaux emplois aux anglophones.

Les groupes qui tentent d’attirer les jeunes en Israël ont parfaitement reconnu cette opportunité.

Birthright-Taglit Israel, qui offre des séjours gratuits dans le pays à de jeunes Juifs, a lancé un programme portant sur l’entrepreneuriat cette année à Tel Aviv qui s’appelle Excel Ventures. Et Nefesh B’Nefesh, fournisseur de services dans l’Alyah, a indiqué ouvrir un nouveau bureau le mois prochain dans la ville pour satisfaire le nombre croissant d’immigrants anglophones (américains, canadiens et britanniques).

Ce que les personnes interviewées semblent apprécier le plus à Tel Aviv est son mode de vie : cafés, vie nocturne et les plages, plus l’importante présence d’anglophones. Tel Aviv peut s’enorgueillir de la présence de 1 748 cafés, bars et nightclubs — un pour 230 habitants – ainsi que de 1 500 restaurants, selon la municipalité.

Des Israéliens travaillent au Pub Hub au Polly Bar, un bar de Tel Aviv, en novembre 2016 (Crédit : Noi Arkobi)

Des Israéliens travaillent au Pub Hub au Polly Bar, un bar de Tel Aviv, en novembre 2016 (Crédit : Noi Arkobi)

Uri Gafni, responsable au sein de l’organisation Birthright’s Excel, fait un rapide résumé de la situation.

“Tel Aviv comporte un grand nombre de ces choses que ces jeunes professionnels recherchent lors de leur arrivée en Israël – ils veulent une vie nocturne et des bars, la plage, ainsi que cet équilibre délicat entre mode de vie et travail dans un environnement libéral et ouvert à une grande variété d’individus venus du monde entier”, explique-t-il.

“Je pense qu’il est plus facile pour les juifs laïcs partout dans le monde de nouer une relation avec Tel Aviv qu’avec Jérusalem. C’est beaucoup plus agréable pour les Juifs de parcourir Tel Aviv, où ils peuvent terminer la journée en buvant un verre sur le Boulevard Rothschild.”

Même si Tel Aviv semble attirer des foules peu pratiquantes, un nombre croissant de Juifs orthodoxes comme Rubin arrivent dans la ville, selon les responsables de Nefesh B’Nefesh. Dix-sept pour cent des nouveaux arrivants que l’organisation a aidé sont des orthodoxes, selon les chiffres révélés par l’agence – un chiffre similaire à la représentation de la communauté dans tout l’état juif.

La municipalité de Tel Aviv a réalisé de gros investissements en faveur du mode de vie dans la ville ces dernières années, comme l’introduction d’un système de partage de vélos, la rénovation de la place centrale, Dizengoff Square, qui privilégie dorénavant les piétons et la création de marchés en plein air.

En même temps, elle a revendiqué pour Tel Aviv le label de “cité mondiale”, de manière peut-être plus efficace encore avec la Pride Week, qui a attiré plus de 200 000 fêtards et une poignée de célébrités américaines lors de sa dernière édition.

Inconvénient de ce choix, du point de vue de l’alyah, c’est que les gens peuvent également choisir de repartir. Selon DellaPergola, de nombreux immigrants qui se sont établis à Tel Aviv retournent dans leur pays d’origine à un certain moment. Ou bien ils font des allers et retours. Même ceux qui ont construit leur vie en Israël se trouvent souvent dépassés par les prix de la ville, où les coûts du logement ont fait un bond de 13% cet été par rapport à l’année précédente.

Le taux d’exode depuis Tel Aviv vers les autres villes du pays est parmi les plus élevés de toutes les villes israéliennes, a indiqué DellaPergola.

La bonne nouvelle pour Tel Aviv, a-t-il dit, c’est que ceux qui partent ont été, ces dernières décennies, remplacés par de nouvelles générations bien décidées à construire leur nouvelle vie dans cette grande ville.