WASHINGTON — La commission judiciaire de la Chambre américaine a écouté mardi des témoignages portant sur la hausse de l’antisémitisme sur les campus des établissements d’enseignement supérieur aux Etats-Unis, alors que les législateurs réfléchissent à faire avancer un projet de loi datant de l’année 2016 qui exigerait du département de l’Education qu’il adopte la définition de travail de l’antisémitisme du département d’Etat.

La loi ASAA (Anti-Semitism Awareness Act) exigerait des programmes d’éducation qui sont financés au niveau fédéral qu’ils adoptent les normes définies par le département d’Etat pour évaluer les éventuelles violations des droits civils dans la gestion des crimes de haine.

La controverse sur cette législation émane de ses dispositions concernant Israël. L’ASAA interdirait au Département de l’Education « d’attribuer à Israël toutes les tensions inter-religieuses ou politiques » et « d’appliquer un double standard en exigeant d’Israël un comportement qu’on n’attend, ou qu’on ne réclame à aucune nation démocratique ».

Les opposants au projet de loi estiment que les clauses sur Israël viendront entraver la liberté d’expression sur les campus.

« Il est indéniable qu’une partie du sentiment anti-israélien est attisée par l’hostilité envers les Juifs », a dit Suzanne Nossel, administratrice de PEN America, lors de son témoignage apporté mardi. « Mais dire, ipso facto, que tout discours attribuant à Israël l’origine des tensions régionales ou soumettant Israël à une plus haute norme de comportement constitue des risques antisémites décourage énormément de propos qui peuvent être tenus ».

Tandis que Nossel a admis que certains qui réclament à Israël « une norme plus élevée dans le comportement en raison de son caractère Juif, exigeant de l’état d’épouser des normes religieuses et morales auxquelles les autres nations ne se soumettent pas », affichent une « nuance antisémite », elle a néanmoins affirmé que les lois sur les crimes de haine existantes étaient suffisantes pour protéger contre le sentiment anti-juif.

Mais d’autres intervenants, lors de l’audience de mardi, ont indiqué que les étudiants juifs sont l’objet de harcèlement croissant et que les protections fédérales ont été insuffisantes.

Johnathan Greenblatt, qui dirige l’ADL (Anti-Defamation League), a expliqué que son organisation a noté une recrudescence substantielle des incidents antisémites dans les campus – un total de 118 au cours des trois premiers trimestres de 2017 — et que pourtant, un grand nombre de ces incidents « ne répondraient pas aux critères permettant de les faire entrer dans les crimes de haine ».

Il a évoqué un récent incident à l’Université de Princeton, au cours duquel un étudiant juif a été réprimandé en raison du traitement des Palestiniens par Israël alors que le journal de l’université a publié un dessin d’Alan Dershowitz qui, selon Greenblatt, « invoquait un trope éculé et antisémite du Juif assoiffé de sang ».

Greenblatt a approuvé la législation, disant qu’elle aiderait les étudiants Juifs à « rester en sécurité sur les campus tout en protégeant en même temps le droit à la liberté d’expression de tous les étudiants ».

D’autres, comme le rabbin Andrew Baker de l’AJC (American Jewish Committee) et Sandra Hagee Parker de l’association ‘Christians United for Israël’, ont également défendu cette mesure, tandis que Barry Trachtenberg, à la tête du programme d’études juives à l’université Wake Forest, s’y est opposé.

Le président du comité, le républicain Bob Goodlatte, représentant de Virginie, a fait savoir que c’était « dans un état d’esprit lui permettant d’accueillir toutes les perspectives » qu’il avait convoqué l’audience.

La date du vote du projet de loi par la Commission judiciaire ou la volonté de cette dernière de présenter la législation devant la Chambre entière sont encore indéterminées.