C’est en suivant les traces de sa mère, photographe, que l’Israélienne Elite Zexer a réalisé son premier long métrage « Tempête de sable », l’histoire d’une femme et de sa fille bédouines, prisonnières des traditions dans leur communauté.

Alors que Jalila se prépare à accueillir chez elle –en tentant de faire bonne figure– la jeune femme épousée en seconde noce par son mari, elle découvre que sa fille Layla est amoureuse d’un jeune garçon ne faisant pas partie de leur tribu.

L’idée du film, qui est sorti en salles en France le 25 janvier, a commencé à mûrir il y a dix ans lorsque la mère d’Elite Zexer, Hava, s’est mise à passer « la plus grande partie de son temps » dans des villages bédouins du désert du Néguev (sud), explique la cinéaste.

De villages en villages, Hava et sa fille nouent des amitiés et gagnent la confiance de nombreuses Bédouines. Certaines d’entre elles sollicitent Hava Zexer pour prendre des photos de mariage qui, en raison de l’interdiction dans la société bédouine de photographier des femmes, sont destinées au strict cercle familial.

Lors des séances de photo et des événements familiaux où elles sont invitées, les coeurs s’ouvrent et les langues se délient.

Un jour ainsi, la cinéaste recueille les confidences d’une jeune femme sur le point de se marier à un homme de son village choisi par sa famille alors qu’elle est amoureuse d’un garçon étranger à sa tribu.

Les deux femmes sont dans la chambre nuptiale où la jeune Bédouine attend son mari. « Cela n’arrivera pas à ma fille », lâche celle-ci, amère, à Elite Zexer, quelques minutes avant de rencontrer cet homme qu’elle n’a jamais vu.

Primé dans les festivals

« A ce moment, mon estomac s’est retourné et j’ai su que cette histoire allait devenir une partie importante de ma vie » et que j’allais en faire un film, explique la réalisatrice.

Elite Zexer a planché pendant cinq ans sur l’écriture du script. En tant qu’Israélienne, explique-t-elle, elle voulait éviter les clichés et « capturer la manière de voir des Bédouins ». La réalisatrice a même appris l’arabe, « suffisamment pour comprendre mon film ».

La grande majorité des Bédouins d’Israël (estimés à environ 300 000) vivent dans le Néguev, en marge de la société israélienne. Certains ont conservé une existence semi-nomade, d’autres l’ont abandonnée tout en restant attachés à leurs traditions.

Cette communauté a été au centre de l’actualité récemment avec la démolition par les forces israéliennes de plusieurs maisons bédouines, dépourvues de permis selon les autorités. L’intervention a donné lieu à des violences qui ont fait deux morts.

L’histoire de 2 villages évacués – Amona et Umm al-Hiran

Sorti en 2016 en Israël, « Tempête de sable » a enregistré 120 000 entrées, un succès à l’échelle du pays. Le film a été primé notamment dans les festivals de Sundance et Locarno et a remporté les plus hautes distinctions en Israël lors de la cérémonie des Ophir (équivalent local des Césars).

Tourné avec des acteurs palestiniens et arabes israéliens (mais pas bédouins vu l’interdiction de filmer des femmes de cette communauté), il s’agit du premier film israélien uniquement en arabe à avoir été proposé aux Oscars 2017 pour la catégorie film étranger.

Ces derniers temps, les films israéliens en langue arabe ont remporté des prix dans les festivals, et parfois des succès en salles, souligne le critique Shmulik Duvdevani, professeur de cinéma à l’université de Tel-Aviv.

‘Diversité de la société’

Et de citer deux films réalisés en 2016 par des Arabes israéliennes et primés en octobre au Festival de Haïfa en Israël: « Personal Affairs » de Maha Jaj et « In Between » de Mayasaloun Hamoud.

« Depuis quinze ans, le cinéma israélien reflète de plus en plus la diversité de la société, avec des films sur les Ethiopiens, sur les ultra-orthodoxes, sur les nationalistes-religieux », explique-t-il.

« L’identité arabe, qui s’est affirmée, a pris une place importante » dans cette tendance, ajoute-t-il.

Dans « Tempête de sable » s’inscrit aussi une dimension très féminine : « Ce film ne porte pas uniquement sur la société bédouine, c’est aussi un film sur des femmes, réalisé par une femme. Il décrit ce que vivent des femmes dans beaucoup d’endroits », estime M. Duvdevani.

Une vision partagée par Elite Zexer: au-delà d’une plongée dans la communauté bédouine, « les thèmes du film –le père qui se remarie avec une femme plus jeune, le combat entre traditions et modernité– sont présents dans toutes les sociétés. N’importe qui peut s’y retrouver ».