C’est un brouillard épais qui a envahi l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, balayé par un vent glacial du nord est. Dans cette atmosphère hivernale, des centaines de jeunes Israéliens et Israéliennes se sont rassemblés dans la matinée de jeudi pour protester contre l’évacuation prochaine des quarante familles qui y sont établies.

Alors que l’aube se lève sur l’avant-poste illégal, quelques heures après que les habitants aient voté le rejet d’un accord gouvernemental leur proposant une relocalisation pacifique sur des terrains situés à proximité, les bulldozers et les troupes militaires qui avaient été annoncés ne sont toujours pas arrivés.

C’est une nouvelle journée d’attente qui se profile à Amona, au bord du précipice face à l’impasse gouvernementale et judiciaire dans laquelle se trouvent ses résidents. Mais la lumière naissante de cette journée indique, encore une fois, que la date limite du 25 décembre qui a été imposée par la Cour ne cesse d’approcher et avec elle, la possibilité d’affrontements violents avec la police.

En décembre 2014, la Haute cour a tranché : certaines parties d’Amona ont été construites sur des terrains palestiniens privés, et l’avant-poste tout entier devra être démantelé avant le 25 décembre, malgré les demandes de report de date du gouvernement.

Les habitants de l’avant-poste se sont réunis pendant une dizaine d’heures mercredi pour discuter de l’accord proposé par l’Etat, qui a pour objectif d’éviter d’éventuelles violences au cours de l’évacuation. Ils ont annoncé, juste après minuit, qu’ils l’avaient rejeté à une forte majorité.

L'entrée de l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, en 2016. (Crédit : Marissa Newman/Times of Israel)

L’entrée de l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, en 2016. (Crédit : Marissa Newman/Times of Israel)

Moins d’une heure après le vote, une rumeur a commencé à circuler, selon laquelle l’ordre d’évacuation serait donné à six heures du matin. Même si la véracité de cette information est restée incertaine, les spéculations et les réseaux sociaux ont commencé à attirer l’attention des soutiens et à faire venir les manifestants.

Des messages ont été envoyés sur Facebook, WhatsApp, Twitter et dans des messages privés demandant aux soutiens d’Amona de se rendre sur le site de l’avant-poste, le moment de l’évacuation étant proche.

“Nous appelons toute la nation d’Israël à venir à Amona et à protester contre l’irrégularité de la destruction d’un avant-poste juif”, a dit un message.

Des centaines de jeunes israéliens, un grand nombre d’entre eux étant eux-mêmes originaires d’implantations israéliennes, ont répondu à l’appel.

Pour tromper le froid de cette nuit glaciale et venteuse, certains manifestants sont restés dans leurs voitures, le moteur allumé, tandis que d’autres se sont endormis, blottis les uns contre les autres, sur les sols des maisons des habitants d’Amona.

La plus grande concentration de manifestants s’est toutefois réfugiée dans la synagogue du lieu, que des dizaines d’adolescents ont pris d’assaut, se réchauffant grâce à la chaleur humaine et bercés par les vapeurs de musc.

Les nouveaux arrivés, pénétrant dans la salle, ôtent leurs lunettes pour nettoyer la buée déposée sur les verres en raison de la baisse soudaine et importante des températures.

La majorité des garçons a sombré dans le sommeil, mais d’autres ont récité des psaumes ou discuté.

A l’entrée, un adolescent avec son chien, sont tous deux glissés l’un contre l’autre dans un petit sac de couchage pour tromper le froid.

Dehors, des gens amassés dans des voitures ou se déplaçant à pied dans l’implantation, guettent l’arrivée de l’armée ou font simplement passer le temps.

Les manifestants ont commencé à se rassembler à l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, avant l'évacuation ordonnée par la Cour, le 15 décembre 2016. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israël)

Les manifestants ont commencé à se rassembler à l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, avant l’évacuation ordonnée par la Cour, le 15 décembre 2016. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israël)

« Nous revenons tout juste d’une patrouille de terrain », dit un manifestant lors de son entrée dans la synagogue, se frottant les mains pour les réchauffer.

Mercredi soir, les manifestants avaient déjà installé des pierres et des pneus auxquels ils pourront éventuellement mettre le feu à proximité des routes menant à Amona, pour empêcher – ou tout du moins entraver – le passage des forces de sécurité vers l’implantation.

L’une des questions centrales portant sur l’évacuation d’Amona est de savoir si les manifestants venus pour soutenir ses habitants pourraient devenir violents, comme cela avait été le cas en 2006 lorsque neuf constructions avaient été rasées au même endroit.

De nombreux manifestants utilisent une terminologie militaire – patrouilles, postes, voie d’entrée – mais se montrent hésitants face à la notion de confrontation physique avec les forces de sécurité.

Kalman, membre du groupe ultra-nationaliste et anti-mixité Lehava, dit ne pas anticiper de violence au-delà d’éventuelles « bousculades et poussées ».

« Je ne pense pas que qui que ce soit aura besoin d’une ambulance », estime-t-il.

Les affrontements de 2006 à Amona (Crédit : Nati Shohat/Flash 90)

Les affrontements de 2006 à Amona (Crédit : Nati Shohat/Flash 90)

Lors de l’évacuation de 2006, des affrontements avaient éclaté entre manifestants et forces de sécurité. Des centaines de personnes avaient été blessées dont un membre de la Knesset. Un garde-frontière avait été également grièvement blessé à la tête.

Mais Kalman, qui se décrit lui-même comme appartenant à une organisation « plus radicale », dit qu’il ne s’attend pas à une éventuelle répétition de ces événements.

« La police, je pense, comprend la situation maintenant », dit-il, contrairement à 2006 quand le gouvernement « devait montrer qui était le chef. »

Kalman, qui n’a donné que son prénom, est venu de Jérusalem pour manifester contre l’évacuation. Il a admis que malgré les efforts livrés, l’ordonnance serait très probablement exécutée et que lui-même est d’accord avec cela.

« Ce n’est qu’une petite partie d’une question bien, bien, bien plus importante », déclare-t-il. Ce problème, c’est la Haute cour qui, selon les manifestants, a trop de pouvoir.

Moshe, âgé de 19 ans, étudiant dans une Yeshiva de la ville de Beit Shean dans le nord du pays, indique être venu à Amona « pour montrer au gouvernement que la nation est défavorable » à l’évacuation.

Pour Moshe, qui, lui aussi, n’a donné que son prénom, le départ des habitants des avant-postes, partout en Cisjordanie, doit être dénoncé « par principe ».

« Cette terre a été donnée aux Juifs », dit-il.

Moshe explique toutefois que son rabbin a donné des instructions strictes concernant le non-recours à la violence.
« Si la police vient pour nous faire partir, nous ne lutterons pas contre elle », dit-il.

Des femmes dans l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, le 15 décembre 2016. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israël)

Des femmes dans l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, le 15 décembre 2016. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israël)

Les deux manifestants assis aux côtés de Moshe, portant des papillotes et d’épaisses barbes, semblent être en désaccord, secouant la tête, les lèvres esquissant un sourire alors qu’il fait part de son rejet de la confrontation physique.

Eux-mêmes utiliseraient-ils la violence face aux forces de sécurité ? Les deux hommes ne répondront pas.

Un manifestant venu de l’implantation de Metzad dans le Gush Etzion explique : « de mon point de vue, je suis contre la violence. » Mais il n’hésiterait pas à se protéger s’il était agressé.

Même par un policier ?

« Bien sûr. C’est de l’autodéfense », dit-il avec un sourire.

Juste après 4 heures 30 du matin, Kalman a reçu un texto de la part de quelqu’un qui se rendait à Amona, lui disant que l’entrée de l’implantation voisine d’Ofra avait été fermée. Les rumeurs ont commencé se propager selon lesquelles l’évacuation était en cours.

Ces rumeurs ne se sont révélées qu’à moitié vraie. La route menant à Ofra a été fermée, mais sans rapport aucun avec Amona.

L’armée menait une opération dans le secteur, a annoncé un porte-parole militaire.

A six heures, horaire annoncé pour l’évacuation, aucun incident n’est survenu et à 8 heures, aucun véhicule de la police ou de l’armée n’était signalé dans la zone.

Alors que le soleil se levait sur l’avant-poste illégal, venant percer le brouillard, les doutes portant sur l’imminence de l’évacuation ont commencé à se dissiper. Mais même si les habitants et leurs soutiens ont pu constater être parvenus à franchir une nouvelle nuit, Amona va continuer à se préparer pour l’éventuelle confrontation, si elle devait s’avérer nécessaire.

Le soleil enfin haut dans le ciel, les manifestants ont recommence à travailler à bâtir des fortifications, plaçant des bennes sur la route et, sous la direction du président de Lehava, Benzi Gopstein, arrivé pendant la nuit, à monter sur les châteaux d’eau de l’implantation pour faire le guet, marquant ce qui pourrait bien être leur dernier combat.

De jeunes juifs préparent des endroits pour permettre à leurs partisans de dormir, alors qu'ils prévoient de résister à l'évacuation de l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, le 9 décembre 2016. L'inscription dit : "il y aura une guerre pour Amona." (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

De jeunes juifs préparent des endroits pour permettre à leurs partisans de dormir, alors qu’ils prévoient de résister à l’évacuation de l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, le 9 décembre 2016. L’inscription dit : « il y aura une guerre pour Amona. » (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)