WASHINGTON – Rex Tillerson, choisi comme secrétaire d’Etat par le président américain élu Donald Trump, a apporté mercredi son soutien à la solution à deux états. Il a également déclaré que le terrorisme palestinien était un obstacle à un accord de paix, mais que les deux parties du conflit avaient toutes deux échoué à saisir des opportunités pour obtenir un accord.

Pendant son audition de confirmation devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, l’ancien PDG d’ExxonMobil a exposé ses opinions sur le conflit israélo-palestinien pour la première fois.

Tillerson a désigné l’échec des Palestiniens à faire cesser les violences comme une cause de l’impasse du processus de paix. « Je dirais que, en ce qui concerne les dirigeants palestiniens, bien qu’ils aient renoncé à la violence, c’est une chose d’y renoncer, et une autre de prendre des mesures concrètes pour l’empêcher », a-t-il déclaré.

« Je pense que tant qu’il n’y aura pas de démonstration sérieuse de leur part, qu’ils veuillent en faire plus que simplement renoncer à la violence, qu’ils veuillent faire quelque chose pour au moins l’interrompre ou s’en mêler, il sera très difficile de créer les conditions de négociations pour avoir une discussion productive sur les implantations », a-t-il ajouté.

Tillerson a également déploré ce qu’il a décrit comme l’incapacité des dirigeants israéliens et palestiniens à faire les compromis et à prendre les risques nécessaires pour atteindre un accord.

« Il y a eu beaucoup d’opportunités pour que les parties s’asseyent et travaillent, a-t-il déclaré. Les dirigeants n’ont clairement pas saisi ces opportunités. »

Prime Minister Benjamin Netanyahu meets with Palestinian Authority President Mahmoud Abbas at a peace conference in Washington, D.C. on September 2, 2010. (photo credit: Moshe Milner/GPO/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant un sommet pour la paix à Washington, D.C., le 2 septembre 2010. (Crédit : Moshe Milner/GPO/Flash90)

Pendant l’audition de plusieurs heures, Tillerson a explicitement déclaré qu’il soutenait la solution à deux états au conflit, mais qu’il n’était pas certain qu’elle puisse parvenir à maturité dans un futur proche.

« Je pense que c’est le rêve que tout le monde poursuit, a-t-il déclaré. Qu’il puisse devenir une réalité reste à voir. »

Interrogé par Tim Kaine, sénateur démocrate de Virginie et chouchou de l’association libérale J Street, pour savoir ce qu’il ferait pour obtenir des négociations de paix, Tillerson a déclaré que les Etats-Unis devaient essayer et « rendre la situation aussi stable que possible » pour créer des conditions menant à la paix.

La solution à deux états, a-t-il déclaré, « doit être une aspiration que nous partageons tous ». C’est le « rôle du département d’Etat d’essayer et de créer un environnement qui rassemble les parties qui veulent trouver un moyen de progresser. Je peux vous dire que, dans les conditions actuelles, c’est extrêmement difficile de parvenir à cela, mais cela doit être l’objectif. »

Le soutien explicite de Tillerson à une solution à deux états a été établi alors que l’équipe de transition avait indiqué que Trump pourrait ne pas être tenu par un tel objectif, particulièrement par le choix de son ambassadeur en Israël, David Friedman, partisan et donateur des implantations israéliennes en Cisjordanie.

David Friedman, alors conseiller sur Israël de Donald Trump, pendant un évènement pro-Trump à Jérusalem, le 26 octobre 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

David Friedman, alors conseiller sur Israël de Donald Trump, pendant un évènement pro-Trump à Jérusalem, le 26 octobre 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

En novembre, Friedman avait déclaré au Times of Israël que, de ce qu’il ressortait de ses discussions avec Trump, « une solution à deux états n’est pas une priorité. Je ne pense pas qu’il soit lié à une résolution en particulier. Une solution à deux états est une possibilité, mais ce n’est pas la seule. »

Tillerson a également reconnu les difficultés des Palestiniens. Il a partiellement accusé leurs propres dirigeants de ne pas être à la hauteur. « Le peuple palestinien a beaucoup souffert, à cause de ses propres dirigeants dans de nombreux cas, en conséquence de l’absence de progrès », a-t-il déclaré.

Précédemment, Ron Johnson, sénateur républicain du Wisconsin, avait demandé à Tillerson s’il désapprouvait la résolution adoptée le mois dernier par le Conseil de sécurité des Nations unies, qui condamne les implantations israéliennes, et s’il pensait qu’elle accusait Israël de manière disproportionnée.

Tillerson a répondu par l’affirmative et déclaré que le texte de la résolution 2334 nuisait aux perspectives de paix.

« Cela serait comparable, à bien des égards, à négocier avec quelqu’un qui nie votre droit à exister, a-t-il déclaré. La récente résolution n’aide pas. »

Sur le rôle des Etats-Unis comme médiateur du conflit, Tillerson a déclaré que l’engagement diplomatique américain pouvait « créer un environnement plus productif pour ces discussions. » Il a cependant concédé qu’ « au final, cela doit être réglé entre ces parties. »

Un tel discours plaira probablement au caucus pro-israélien au Congrès et à l’AIPAC, qui affirment depuis longtemps que la paix ne peut être atteinte que par des négociations bilatérales directes.