WASHINGTON (JTA) — Le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson a reculé face à l’engagement de son département à pourvoir le poste d’envoyé chargé de la lutte contre l’antisémitisme, estimant que cet effort pourrait s’avérer plus efficace sans la présence d’un agent consacré à cette mission.

« L’une des questions que j’ai posées est : si nous voulons véritablement aborder ces domaines, ces domaines particuliers, ne devons-nous pas le faire à travers la délivrance de missions à tous les niveaux et pour tous les pays ? », a expliqué Tillerson mercredi devant la sous-commission des Opérations étrangères de la commission d’Attribution de la Chambre des représentants. « Et en ayant un envoyé spécial, l’une de mes expériences est que la mission se dit alors : ‘Oh, on a quelqu’un pour le faire’ et elle arrête d’agir elle-même. »

Depuis que le Congrès a créé ce poste par une loi adoptée en 2004, le rôle de l’envoyé a été de former les agents et les diplomates de carrière du département d’Etat pour leur permettre d’identifier et de combattre l’antisémitisme et d’encourager les ambassades et les bureaux à contrôler de plus près l’antisémitisme. L’envoyé n’agit pas en tant qu’entité autonome mais est intégré au bureau de la démocratie, des droits de l’Homme et du travail, et il supervise cinq employés du départements d’Etat.

Les responsables de la communauté juive européenne ont indiqué que la nomination d’un envoyé avait transmis un message aux différents gouvernements : les Etats-Unis accordent une très grande attention à la question de l’antisémitisme.

Donald Trump pendant une conférence de presse avec les membres de l'Association des anciens combattants de la police à Staten Island, New York, le 17 avril 2016. (Crédit : Kena Betancur/AFP)

Donald Trump pendant une conférence de presse avec les membres de l’Association des anciens combattants de la police à Staten Island, New York, le 17 avril 2016. (Crédit : Kena Betancur/AFP)

Lors de l’audience de la sous-commission, la représentante démocrate de New York Grace Meng a demandé à Tillerson un calendrier pour pourvoir le poste. Au début de l’année, des informations avaient circulé affirmant que l’administration Trump, désireuse d’effectuer des coupes budgétaires massives au sein du département d’Etat, avait prévu de supprimer le poste. Les associations juives nationales et des membres du Congrès avaient exprimé leur indignation et au mois d’avril, un porte-parole du département d’Etat avait indiqué à JTA que le département ne souhaitait pas faire l’impasse sur ce poste et examinait des candidatures pour le pourvoir.

Les élus ont noté que, comme cette fonction avait été créée par statut, il était impossible pour l’administration Trump de l’éliminer. Tillerson a déclaré qu’il chercherait à persuader le Congrès de supprimer le poste s’il le jugeait nécessaire.

« Pour les postes par statut, nous reviendrons vers vous pour déterminer s’il est bon que les choses soient structurées ainsi ou si nous pensons véritablement que nous pouvons être efficaces sur ces questions d’une manière différente », a-t-il dit à l’audience.

La représentante démocrate de New York Nita Lowey s’est dite consternée par la possibilité de la suppression du poste.

« Il est scandaleux et offensant que le secrétaire Tillerson puisse seulement penser que la nomination d’un envoyé spécial chargé du contrôle et de la lutte contre l’antisémitisme n’est pas nécessaire, particulièrement dans la mesure où son département d’Etat s’est engagé à pourvoir cette fonction au mois d’avril », a-t-elle déclaré dans un courriel adressé à JTA. « Alors que les informations portant sur des crimes de haine contre les Juifs continuent à augmenter aux Etats-Unis et partout dans le monde, il est essentiel que le secrétaire Tillerson puisse pourvoir ce poste immédiatement. »

La législation bipartisane prise en considération rehausserait cette fonction au niveau d’ambassadeur.

« Il est plus essentiel que cela n’a jamais été le cas auparavant que l’administration choisisse un candidat à ce poste et nous apprécierions que le Congrès s’assure de ce que l’administration entende ce message prononcé haut et fort », a pour sa part commenté William Daroff, directeur, à Washington, des Fédérations juives d’Amérique du nord, lors d’un entretien accordé à JTA.