La conversation téléphonique de vendredi entre le président américain Donald Trump et le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas, pendant laquelle ce dernier a été invité à venir prochainement à la Maison Blanche, a entraîné un considérable optimisme à Ramallah.

Le président américain, dont le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait anticipé qu’il serait bien plus partisan d’Israël que son prédécesseur Barack Obama, s’est démené pendant l’appel pour laisser Abbas optimiste, ont indiqué samedi des responsables de l’AP.

Nabil Abu Rudeineh, le porte-parole d’Abbas, a déclaré vendredi peu après la conversation téléphonique que Trump avait souligné son « engagement envers un processus de paix qui mènerait à une paix réelle entre Palestiniens et Israéliens », et il a rendu hommage au nouveau président, « un homme très honnête, un homme très courageux, cherchant un accord, un accord juste. »

L’invitation de la Maison Blanche n’était pas simplement « une invitation officielle », a précisé samedi un responsable palestinien. Trump a plutôt explicité « qu’il veut accueillir le rais [président] comme son invité personnel. »

L’appel a donné à la direction de l’AP un sentiment évident que Trump veut voir un accord de paix israélo-palestinien, et compte travailler pour l’obtenir.

Adnan Mjalli. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Adnan Mjalli. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Des responsables palestiniens ont déjà discuté avec des fonctionnaires de la nouvelle administration ces dernières semaines, ont indiqué ce week-end des sources de Ramallah, et ont conclu que Trump ne voulait ni imposer ses propres termes, ni que l’une des parties n’impose ses propres termes. En d’autres termes, il s’opposera à toute action unilatérale des Palestiniens, et, de même, s’opposera à toute croissance spectaculaire des implantations israéliennes et/ou à l’annexion de parties de la Cisjordanie.

La nouvelle administration, ont déclaré ces responsables, porte un intérêt particulier à l’économie palestinienne, et a rencontré d’importants hommes d’affaires palestiniens, notamment Adnan Mjalli, milliardaire de l’industrie pharmaceutique. Mjalli aurait servi d’intermédiaire alternatif entre la Maison Blanche et le quartier général d’Abbas, la Mouqataa, et est vu comme un possible nouveau Premier ministre de l’AP.

Si les Palestiniens ont raison, alors Trump fait catégoriquement honneur à sa réputation d’imprévisibilité, défiant les attentes, cette fois, au sujet du conflit israélo-palestinien.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Trump a évidemment été l’hôte gracieux de Netanyahu à la Maison Blanche le mois dernier. L’ambassadeur israélien aux Etats-Unis, Ron Dermer, est en contact étroit et permanent avec le gendre du président, et potentiel négociateur de paix, Jared Kushner.

Et l’appel de Trump à Netanyahu lundi, alors que le Premier ministre était au milieu d’un interrogatoire désagréable avec des policiers pour des accusations de corruption, a agréablement permis à celui-ci de faire une pause, que ce soit une coïncidence ou pas.

Néanmoins, contrairement au candidat Trump, le président Trump ne parle pas de déplacer rapidement l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. Et loin de donner carte blanche à l’extension des implantations, il a publiquement appelé Netanyahu à « se retenir » un peu sur les implantations.

Il a également déclaré dans un entretien que celles-ci ne sont « pas une bonne chose pour la paix ». Il a bien déclaré légèrement qu’il se contenterait d’une solution à un état, à deux états ou toute autre qui serait acceptable pour les deux parties, mais il ne s’est pas précipité pour nier la solution à deux états, et son administration y est engagée.

De plus, le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, a déclaré la semaine dernière que l’administration américaine avait explicité son opposition à une annexion de Maale Adumim ou de toute autre partie de la Cisjordanie, et que défier cette position nuirait aux relations israélo-américaines.

Ceci n’est pas, pour le moins, la position que certains au sein de la droite israélienne attendaient de l’administration Trump.

Et à présent, du moins d’après les déclarations palestiniennes, Trump a commencé à ressusciter Abbas, ramenant le chef sans cesse assailli de l’AP au centre de la scène. Abbas, dont les dirigeants israéliens affirment régulièrement qu’il n’est « pas pertinent », « pas un partenaire » et qu’il ne « recherche pas sincèrement la paix », sera bientôt en chemin pour Washington.

Il n’y a pas qu’Israël qui a critiqué Abbas. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a miné le président de l’AP en renforçant son rival Mahmoud Dahlane et en sympathisant avec le Hamas à chaque opportunité qui s’est présentée ces derniers mois.

L’invitation de Trump représente ainsi une bouée de sauvetage politique pour Abbas. Le président de l’AP ne peut pas être considéré comme peu pertinent s’il est invité par le président à Washington, D.C.

Ivanka Trump et Jared Kushner avant la conférence de presse conjointe du président américain Donald Trump et du Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche, le 15 janvier 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Ivanka Trump et Jared Kushner avant la conférence de presse conjointe du président américain Donald Trump et du Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche, le 15 janvier 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

L’envoyé spécial de Trump pour le Moyen Orient, Jason Greenblatt, autrefois étudiant de la yeshiva Har Etzion, sera mardi en visite à Jérusalem et à Ramallah. Mike Pompeo, le chef de la CIA, a rencontré Abbas à Ramallah le mois dernier. Il y a même eu des signes, toutefois non confirmés pour l’instant, d’une visite prochaine dans la région de Kushner et Ivanka Trump.

Si l’Egypte a travaillé contre lui, le roi Abdallah II de Jordanie a énergiquement défendu la cause d’Abbas à Washington. Ce n’est pas une coïncidence qu’Abbas ait parlé avec le roi peu avant l’appel de Trump, pour se coordonner, et l’ait informé de la conversation peu après son déroulement.

Tout ceci forme plus qu’une faible indication que l’administration Trump pourrait être sur le point de plonger dans les sables mouvants d’une tentative de paix israélo-palestinienne. Pendant la campagne, Trump avait reconnu que cela serait l’accord le plus difficile, et que son impossibilité présumée était ce qui le passionnait.

La barre est pour le moment si basse que même rassembler Abbas et Netanyahu pour une photographie à la Maison Blanche constituerait une certaine réussite. Les deux hommes paieraient chez eux le prix de cette image, mais si Donald Trump devait les inviter, cela pourrait être une offre qu’ils ne pourraient pas refuser.