Ce mercredi, la question la plus importante qui précédait le discours du président américain Donald Trump – qui s’apprêtait à reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël – était : à quoi exactement allait-il faire référence quand il allait employer le terme « Jérusalem » ? Allait-il parler de « Jérusalem-Ouest » ? Cela ne représenterait pas une grande évolution pour Israël ; même les Russes ont reconnu qu’il s’agissait de la capitale israélienne. Ferait-il référence à une « Jérusalem unie » ou à une « Jérusalem unifiée », comme l’auraient souhaité la plupart des dirigeants israéliens ? Ou bien allait-il volontairement rester vague ?

En fait, il a trouvé une quatrième option. Il a déclaré que l’Amérique reconnaissait Jérusalem comme capitale tout en indiquant subtilement – mais clairement – que, pour l’instant, cela concernait uniquement les zones israéliennes ostensiblement non contestées de la ville.

Selon Trump, c’est un fait simple et évident que, depuis 70 ans, l’Etat moderne Israël a fait de Jérusalem sa capitale. En effet. Mais cela n’a pas concerné toute la ville : Jérusalem-Est a été conquise il y a seulement 50 ans et la souveraineté israélienne s’est étendue à cette partie de la ville plus d’une décennie plus tard.

Jérusalem, a-t-il poursuivi, symbolise le cœur de la belle démocratie qu’est Israël – c’est là qu’on y trouve la Knesset, la Cour suprême, le bureau du Premier ministre ou encore la résidence du président, a-t-il souligné. C’est absolument le cas. Et aucune de ces institutions fondamentales ne se trouve située dans la partie de la ville capturée en 1967.

Durant des décennies, les présidents américains et de nombreux autres hauts fonctionnaires ont rencontré leurs homologues israéliens à Jérusalem, a-t-il noté. En quelque sorte. Dans la Jérusalem d’avant 1967, il s’entend.

L’annonce de Trump est une approbation chaleureuse du droit souverain d’Israël de choisir sa propre capitale. Elle constitue un appui décisif à son droit de choisir Jérusalem – « la capitale que le peuple juif a choisi dans des temps anciens ». Il a mis au ban l’Amérique qui, jusqu’alors, avait « refusé de reconnaître la moindre capitale israélienne » – et a, sans aucune gêne, jugé que ses prédécesseurs avaient « manqué de courage » pour le faire. En tant que seul président à être allé prier au mur Occidental durant son mandat, son discours reflète son soutien à Israël. Néanmoins, il ne fait pas figure d’approbation présidentielle face aux revendications d’Israël sur l’ensemble de Jérusalem.

Certains pourraient argumenter que Trump a reconnu la souveraineté israélienne sur toute la ville quand il a déclaré que « Jérusalem est aujourd’hui et devait rester un lieu où les juifs prient au mur Occidental, où les chrétiens marchent sur la Via Dolorosa et où les musulmans s’agenouillent à la mosquée al-Aqsa ». Mais il a été clair à ce sujet. Dans son discours, il a appelé à maintenir le statu quo sur les lieux saints de Jérusalem – y compris concernant le mont du Temple, qu’il a également désigné par son nom arabe, Haram al-Sharif. De plus, il a explicitement déclaré que son discours n’engageait pas les Etats-Unis « sur quelconque question concernant le statut final [de la ville], y compris concernant les limites spécifiques de la souveraineté israélienne à Jérusalem ». Ces questions devraient être posées lors des négociations, a-t-il déclaré.

En effet, loin d’exclure un Etat palestinien, il a potentiellement statué de son existence, déclarant que les Etats-Unis accepteraient une solution à deux Etats si les Israéliens et les Palestiniens l’acceptaient.

Le monde arabe – avec Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, au premier rang – avait mis en garde Trump contre la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et contre le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. Avant même le discours de Trump, les troupes d’Abbas – ainsi que celles du groupe terroriste palestinien du Hamas – avaient promis de répondre par l’organisation de « journées de la colère ».

Néanmoins, malgré toute la délicatesse de Trump dans sa déclaration, ses critiques dans le monde arabe et au-delà peuvent à juste titre prétendre que le président américain a, en prenant position sur une quelconque zone de la ville, partiellement répondu de façon anticipée à l’une des questions les plus sensibles du dossier : celle du statut final.

De plus, dans son discours, il n’a pas mis sur la table un quelconque spécifique plan de paix. Malgré tout, sa position ne niait pas pour autant les revendications pacifiques d’Abbas. Israël n’a aucune intention d’accorder aux Palestiniens la souveraineté qu’ils souhaitent à Jérusalem-Est – mais si le gouvernement israélien avait été prêt à le faire, cela n’aurait pas été en contradiction avec la déclaration de Trump.

Jérusalem touche un point extrêmement sensible. C’est pourquoi tant de voix – qui ne sont pas toutes hostiles à Israël, loin de là – ont exhorté Trump à ne pas s’y mêler pour le moment.

Il ne fait aucun doute que la déclaration du président engendrera une série de troubles – et peut-être même plus que des troubles – sur le terrain. Il est hautement improbable qu’elle remette Abbas sur le chemin de la table des négociations. Yasser Arafat, prédécesseur du président de l’Autorité palestinienne, avait condamné l’effort de paix du président Bill Clinton en 2000. Abbas lui-même n’a pas vraiment opiné du chef durant les dix mois de gel de la construction dans les implantations que le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait accepté à contrecœur face à Barack Obama. Ainsi, le responsable palestinien ne semble pas vraiment prêt à sauter bras levés face à l’appel de Trump pour « rejoindre la noble quête d’une paix durable ».

Néanmoins, si Abbas voulait véritablement reprendre son siège face à la table des négociations, rien dans le discours de Trump de ce mercredi ne lui en fermerait la porte.

« Nous voulons un accord qui représente une super affaire autant pour les Israéliens que pour les Palestiniens », a-t-il insisté. Les Palestiniens, parmi bien d’autres, pourraient avoir du mal à le croire. Mais c’est pourtant bien ce qu’il a dit.