C’était l’histoire qui rechauffe le cœur, celle que les médias attendaient après cet hiver d’attaques terroristes djihadistes et de mosquées incendiées. La semaine dernière, un petit groupe de musulmans norvégiens a proposé de montrer sa solidarité par une « chaîne humaine de la paix », devant la principale synagogue d’Oslo.

L’événement, qui a eu lieu samedi soir, a fait les manchettes internationales avec des variations sur le thème inexact « Mille musulmans forment une chaîne de la paix devant la synagogue d’Oslo ». Quelques jours plus tard, deux « controverses » subsistent dans la presse : Combien de musulmans y ont effectivement participé ? Et pourquoi la parole a-t-elle été donnée à un antisémite notoire ?

Pour répondre à la première question : de toute évidence, selon les photos, il n’y avait pas 1 000 personnes formant la chaîne, et combien de musulmans y effectivement pris part ?

Le site conservateur américain Breitbart a même publié lundi un article intitulé « canular pour les médias : 20 musulmans se tenant par la main deviennent une ‘chaîne de la paix’ de 1 000 personnes à la synagogue d’Oslo ».

Un des initiateurs et organisateurs de l’événement a déclaré que bien que l’intention initiale était de former un cercle autour de la synagogue, il était devenu clair que ce serait une opération impossible du point de vue de la sécurité. Donc, en consultation avec la police d’Oslo et la communauté juive, Thomas Holgersen Daher Naustdal a confié lundi au Times of Israel que les organisateurs ont décidé de créer « deux anneaux concentriques ».

Le premier anneau, explique Naustdal – qui est né en Norvège et s’est converti à l’islam en 2005 – se composait de quelques Musulmans se tenant la main. Le second était un mélange de musulmans, de juifs et de « Norvégiens de souche »

Naustdal dit qu’il ne connaît pas le nombre exact de musulmans qui se tenaient derrière la barrière de la police dans le cercle extérieur, mais qu’il était de « quelques centaines ».

Ervin Kohn, le président de la communauté juive, forte de 1 400 âmes, a déclaré lundi au Times of Israël , ne pas savoir « comment faire la distinction entre un musulman et un non-musulman ».

Aurait-on dû faire le tour pour « compter les visages bruns ? C’est du racisme », a-t-il dit.

L’importance de l’événement pour Kohn était qu’un groupe de jeunes adultes musulmans avait pris l’initiative de s’exprimer contre l’antisémitisme, et avait décidé de « ne pas laisser les radicaux et les djihadistes fixer l’ordre du jour ».

Waqas Sarwar, un militant des droits sociaux basé à Oslo qui avait écrit un article bien partagé dans le Times of Israel intitulé « Pourquoi moi, un musulman, je vais à la synagogue » – n’était pas l’un des organisateurs de l’événement.

Sarwar avait écrit les lignes suivantes : « Il peut y avoir beaucoup d’excuses pour haïr d’autres personnes – ou, dans le cas précis, de haïr les Juifs – la haine pure et simple ou basée sur des sympathies politiques. Mais le message était que, quoi qu’il en soit, il n’y a aucune excuse pour s’en prendre à des civils juifs innocents. »

Alors pourquoi les organisateurs ont-ils invité un orateur qui, en 2009 avait fait la promotion de théories du complot antisémite et avait prononcé un discours intitulé « pourquoi je déteste les juifs et les gays ? »

La présence d’Ali Chishti, qui a pris des distances il y a quelques années avec ses déclarations antisémites est un point d’honneur pour l’organisateur Naustdal.

Les organisateurs, a déclaré Naustdal, ont estimé que c’était important qu’il fut là et qu’il ait pris la parole parce que Chishti a montré qu’ « il était possible de vous humilier en public et de changer d’avis ». Chishti a commencé son discours samedi soir avec des excuses. « Il est un modèle pour les autres musulmans jeunes et adultes, a déclaré Kohn. Ces modèles sont indispensables contre la radicalisation. »

Les objectifs primordiaux de l’événement, a déclaré Naustdal, étaient triples : montrer notre solidarité « par des actions, pas par des mots » avec les Juifs de Norvège dans une période de montée de l’antisémitisme en Europe ; montrer à la population que la grande majorité des musulmans ne sont pas des terroristes djihadistes ; aider les musulmans à voir de nombreux musulmans défendre les droits de l’homme.

« Nous ne nous excusons pas pour les attaques mais nous partageons votre peine et soutenons la communauté juive » a-t-il déclaré.

Naustdal a déclaré que les organisateurs ont voulu souligner à leur propre communauté que « même si vous pouvez être en désaccord avec les politiques du Moyen-Orient, ces [attaques terroristes] ne sont pas la façon d’exprimer votre colère; cela doit être fait par un dialogue. »

Kohn, qui a déclaré que la synagogue est ouvertement sioniste, est aussi un défenseur du dialogue interreligieux.

Pour lui, « lors de l’événement nous n’avons pas mélangé la politique avec la question importante de la lutte contre l’antisémitisme. Le conflit obscurcit les yeux des gens, et le dialogue ».

Pour Sarwar, c’est lors de l’événement devant la synagogue qu’il a, pour la première fois, vécu le dialogue sur le terrain. « L’événement a prouvé aux gens qui étaient sceptiques que, oui, nous pouvons nous rencontrer, nous étreindre et accepter l’autre. »

Naustdal est aussi de cet avis. « Quand vous voyez l’autre en tant qu’être humain, il est plus difficile de haïr la personne que vous connaissez. »