La Turquie était assommée jeudi par la catastrophe minière qui a fait au moins 301 morts, selon un dernier bilan officiel, une tragédie pour laquelle le gouvernement islamo-conservateur est mis en cause et visé par des appels à la grève.

En dépit des efforts des secouristes qui ont travaillé sans relâche pendant la nuit, de nouveaux cadavres ont été extirpés des galeries de la mine de charbon de Soma, dans l’ouest de la Turquie.

Le bilan est toujours provisoire puisque 90 autres mineurs se trouveraient encore sous terre après l’accident provoqué par une explosion, selon les autorités.

« A 08H00 nous avons 282 morts », a déclaré le ministre de l’Energie Taner Yildiz à la presse.

C’est la pire catastrophe minière qu’ait connue la Turquie et le bilan devrait encore s’élever car les chances de retrouver des survivants est quasiment nulle.

« Nous n’avons pas retiré de mineurs vivants (du puits) ces 12 dernières heures », a admis le ministre, ajoutant que deux galeries étaient encore inaccessibles aux nombreuses équipes de secours.

Des obsèques et des prières seront organisées en milieu de journée pour des dizaines de victimes du drame.

Les familles ont commencé jeudi matin à retirer les corps de leur proches entreposés dans une morgue improvisée de Kirkagaç, une bourgade située à quelques km de Soma.

Accompagnés par la police, les parents entreprenaient la douloureuse tâche d’identifier leurs proches et de récupérer ensuite leur dépouille.

Assis avec une dizaine d’hommes devant la porte du complexe, Alaattin Menguçek est arrivé d’Izmir, la métropole égéenne située à une centaine de km plus à l’ouest pour récupérer le corps de son fils.

‘Il venait d’avoir un bébé’

« J’attends pour mon fils. Je l’ai perdu dans la mine, il venait d’avoir un bébé il y a tout juste huit mois », dit à l’AFP l’homme au traits tiraillés par la douleur mais visiblement résigné.

« Ce qui c’est passé c’est une malchance. Le gouvernement fait tout son possible mais que pouvez-vous faire contre l’incendie et le gaz? », dit-il.

Les syndicats de la fonction publique ont appelé à la grève jeudi pour dénoncer la responsabilité et la négligence du gouvernement dans ce qu’il appellent le « massacre de Soma ».

Plusieurs syndicats d’ouvriers ont en outre demandé à leurs militants de ne pas se rendre sur leur lieu de travail, de porter des vêtements noirs et de manifester leur colère contre l’Etat.

Sous le choc du drame, la Turquie observait un deuil national de trois jours. Les programmes télévisés ont été interrompus et les festivités annulées.

Les photos émouvantes des victimes et les images des parents sous la stupeur ont remplacé les émissions de variété et les feuilletons sur les chaînes.

Dans l'attente, les turcs assistent impuissants à la tragédie minière de Soma (Crédit : Bulent Kilic/AFP)

Dans l’attente, les turcs assistent impuissants à la tragédie minière de Soma (Crédit : Bulent Kilic/AFP)

Ce drame intervient dans un contexte politique très tendu en Turquie entre le régime du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et l’opposition.

Le climat politique est délétère après des mois de crise que la victoire de l’AKP (Parti de la justice et du développement, au pouvoir), aux dernières élections locales malgré un vaste scandale de corruption en mars dernier, n’a pas suffi à éteindre.

La police a réprimé des manifestations anti-régime à Istanbul et Ankara.

La police sur le qui-vive

Les forces de sécurité sont sur le qui-vive, alors que l’accident intervient à quelques jours de l’anniversaire des premières manifestations de la place Taksim, à Istanbul, le 28 mai, qui s’étaient transformé en une contestation inédite contre le régime au pouvoir depuis 2002.

M. Erdogan, qui s’est rendu sur place mercredi, a fait état d’une « enquête approfondie » sur les causes de l’accident, en rejetant toute responsabilité de son gouvernement.

Le chef du gouvernement a été pris à partie par des habitants en colère qui l’ont hué et ont donné de coups de pieds à sa voiture. Selon des journaux, Erdogan a dû pendant quelques minutes se réfugier dans un supermarché avant que les policiers ne rétablissent l’ordre.

787 mineurs se trouvaient dans les galeries souterraines au moment de la déflagration dont les causes ne sont pas encore établies.

Selon les médias locaux, trois semaines auparavant, le parlement a refusé de former une commission pour faire un état des lieux sur la sécurité des mines en Turquie.

Les trois partis d’opposition ont soumis des propositions qui ont toutes été refusées par l’AKP, le parti majoritaire de la justice et du développement.

Le ministère du Travail a, quant à lui, affirmé que la mine de Soma a été contrôlée en mars et qu’aucune atteinte aux réglementations en vigueur n’a été relevée.

Le bureau du procureur régional a lancé mercredi une enquête judiciaire sur cet accident.

Les accidents dans les mines sont fréquentes en Turquie, en particulier dans celles du secteur privé où, souvent, les consignes de sécurité ne sont pas respectées.

Une partie de la presse s’est interrogée sur l’âge de l’un des mineurs morts dans l’accident, l’un de ses proches disant qu’il n’avait que quinze ans.

Mais le ministre de l’Energie a mis fin à la polémique, affirmant que le jeune homme était âgé de 19 ans.