NEW YORK – À la fin du deuxième épisode de la série doublement primée aux Golden Globes « Transparent », Josh (joué par Jay Duplass) demande à sa petite amie de l’épouser. Il accompagne la super-blonde Kaya vers un siège où il présente un anneau serti d’une perle géante.

« Qu’est-ce que c’est ? » demande Kaya, hésitante.

« C’est la bague de ma Tante Gittel. Je suis sûr qu’elle a péri dans l’Holocauste. »

« Beurk », ricane-t-elle.

« Beurk ? Beurk quoi ? », demande Josh.

« L’Holocauste ? » rétorque Kaya.

« Beurk l’Holocauste ? », interroge Josh.

« Aucune fille ne veut se fiancer avec une bague qui vient de l’Holocauste. »

Alors que Josh tente de glisser l’anneau à son doigt, elle sursaute, tenant la bague dans la main.

« Transparent » raconte l’histoire de Mort Pfefferman, joué par Jeffrey Tambor, un professeur d’université à la retraite, sexagénaire, qui entame un changement de sexe, adoptant le prénom féminin Maura.

Cette nouvelle série, disponible uniquement sur le web, parle aussi d’une famille juive de Los Angeles, les Pfefferman, perdus et qui luttent à leur propre manière.

« Il était très important pour moi que le judaïsme de ces personnages ne soit pas une réflexion après coup. Si nous devions raconter l’histoire d’une famille juive, il fallait un véritable engagement de notre part, pas un cliché utilisé comme un raccourci. Il devait faire partie du tissu de la série », écrit la créatrice, Jill Soloway, dans une interview par e-mail avec le Times of Israel.

Sarah (Amy Landecker), la fille aînée, est une mère au foyer mariée à Lenny ; Josh est un agent dans le domaine de la musique populaire et un homme à femmes ; et Ali (Gaby Hoffmann) est un jeune homme d’une vingtaine d’années, un peu perdu, encore incertain de son avenir. Shelly (Judith Light), l’ex-femme très nerveuse de Mort, est remariée. Tous les Pfefferman sont de bonne foi et égocentriques.

« Maintenant que le soleil s’est couché, l’interdiction du téléphone cellulaire intervient », dit Sarah à sa famille assemblée autour de la table.

C’est un vendredi soir, quelques épisodes plus tard, et Maura (anciennement Mort) est invité(e). Sarah demande à Maura, qu’elle appelle « Mappa » (Mamma et Pappa), d’allumer les bougies de Shabbat au début du repas.

Maura, qui porte une robe à rayures et long collier, entame le chant de l’allumage des bougies de Hanoucca ; et allume les bougies de Chabbat, traditionnellement le rôle de la mère, un rôle qui qui n’a jamais été le sien dans le ménage.

Mais « Transparent » est un peu plus qu’une série sur un « parent trans[sexuel] ». Chacun des personnages est face à ses propres questions d’identité sexuelle et religieuse.

Sarah a récemment renoué avec son ex-petite amie Tammy, de l’école juive de leurs enfants. Elles se racontent une blague sur une collecte de fonds de Tou Bichvat pour débuter la soirée.

Josh, Shelly, Sarah et Maura (anciennement Mort) font le deuil du deuxième époux de Shelly dans ‘Transparent.’ (Crédit : Amazon Studios)

Josh, Shelly, Sarah et Maura (anciennement Mort) font le deuil du deuxième époux de Shelly dans ‘Transparent.’ (Crédit : Amazon Studios)

Après cinq épisodes, nous rencontrons Rabbi Raquel Fein (Kathryn Hahn), chef spirituel de la famille, une trentenaire célibataire. Ses longs cheveux bruns sont attachés en chignon bas, et coiffés d’une kippa tricotée. Elle porte un châle blanc pour les services et affectionne les robes pudiques mais élégantes.

Josh assiste à son premier service de Shabbat après avoir remarqué la femme rabbin. « Votre mère doit être paniquée par votre présence ici », s’exclame Fein.

« Elle n’en a aucune idée et vous ne le lui direz pas parce qu’elle serait trop heureuse », répond Josh.

Dans un flash-back qui nous amène dans les années 1990, Ali, 13 ans, décide qu’elle veut annuler sa Bat Mitzvah une semaine avant la date prévue. Elle a déjà appris sa section de la Haftarah, et ses parents ont déjà dépensé des milliers de dollars pour la fête.

Le rebelle de la famille Ali révèle le gros secret de la famille dans ‘Transparent.’ (Crédit : Autorisation Amazon Studios)

Le rebelle de la famille Ali révèle le gros secret de la famille dans ‘Transparent.’ (Crédit : Autorisation Amazon Studios)

Dans l’épisode final de la saison, le second mari de Shelly, Ed, meurt. Nous voyons Ed enveloppé dans des vêtements funéraires juifs traditionnels et son enterrement est célébré par la femme du rabbin Fein et un chantre. A la shiva, Ali aide Fein à recouvrir les miroirs et lui confie son peu de connaissances du judaïsme.

Dans une dispute qui éclate quelques instants plus tard, Ali crie que le mystère est la religion de la famille. Et bien sûr, le manque de transparence est l’un des systèmes de croyance du clan Pfefferman. C’est un principe de foi du clan Pfefferman de se cacher leur vie sexuelle.

« Ce n’est qu’après que l’un de mes parents a fait un pas vers moi que le concept de l’émission a pris forme »

« Ce n’est qu’après que l’un de mes parents a fait un pas vers moi que le concept de l’émission a pris forme – pas seulement en raison du potentiel narratif de nos propres vies, mais aussi parce que j’ai compris à quel point j’ignorais beaucoup de choses », raconte Soloway.

« Une grande partie de mon écriture est intensément personnelle, mais seulement parce qu’elle est, par définition, filtrée à travers le prisme de mes expériences. Les éléments personnels sont, pour moi, un moyen de raconter, je l’espère, une histoire beaucoup plus universelle », déclare Soloway.

Si « Transparent » contient la névrose des films de Woody Allen, son cadre n’est pas New York, où tant de films sur les Juifs américains se déroulent.

Le paysage est constitué des rues calmes et verdoyantes parsemées de cyprès et de palmiers de Los Angeles. La famille fréquente régulièrement le Canter, l’épicerie juive emblématique de LA. Tout le monde conduit.

Les enfants Pfefferman se plaignent que, bien qu’ayant grandi en Californie, ils n’ont jamais mis les pieds sur un bateau parce que leurs parents étaient des Juifs « terrifiés de tout. »

La créatrice de la série Jill Soloway dirigeant une scène de ‘Transparent.’ (Crédit : Autorisation Amazon Studios)

La créatrice de la série Jill Soloway dirigeant une scène de ‘Transparent.’ (Crédit : Autorisation Amazon Studios)

« Les auteurs et moi-même essayons de puiser dans nos expériences et la vie de ceux qui nous entourent », fait remarquer Soloway qui dirige le groupe East Side Jews à Los Angeles.

« Il est important que la vie de ces personnages se déroule de la manière la plus personnelle, mais nous voulons aussi que la série se nourrisse des détails qui rendent ce monde si unique : les détails sur la transsexualité et l’homosexualité, le judaïsme, la vie à Los Angeles, que l’on retrouve si rarement dans les médias. »

Soloway et son équipe (qui comprend des conseillers en transsexualité) travaillent actuellement sur la deuxième saison.

« Maintenant que le placard des secrets de famille Pfefferman s’est ouvert bien grand, nous voulons explorer plusieurs choses nouvelles, explique Soloway. Comment chacun d’eux ramassera les morceaux ? A quoi ressemblera la reconstruction pour chaque personnage, et comment les façons dont chacun ‘avancera’ entreront en conflit ? »

« Transparent », qui vient de remporter deux Golden Globe Awards, est disponible sur Amazon Prime aux États-Unis, Royaume-Uni, et en Allemagne, et est distribué ailleurs par Sony International.