L’Armée syrienne libre pourrait collaborer tactiquement avec Israël pour renverser le régime d’Assad à condition qu’une telle coopération reste totalement secrète, a déclaré un officier du renseignement au Times of Israel ce mercredi.

L’officier du renseignement qui a fait défection du régime d’Assad en septembre 2012 s’est exprimé depuis Amman sous le couvert de l’anonymat en raison de sa position actuellement très dangereuse.

Il a expliqué qu’il avait donné des assurances détaillées aux Américains que les armements de haute technologie demandés à l’Occident ne tomberaient pas dans les mains de djihadistes, mais les Etats-Unis continuent à bloquer la livraison de ces armes.

Lors d’entretiens à l’Ambassade américaine d’Amman immédiatement après sa défection, l’officier a transmis les demandes de l’ASL pour le transfert de missiles portables sol-air Stinger et d’armements anti-tank de technologie avancée afin de faire face au régime d’Assad, mais sans résultat jusqu’à présent.

« Quelques missiles anti tanks ont bien filtré, mais pas assez pour décider du sort de la bataille ou renverser la tendance, déclare-t-il. Nous avons besoin de ces armes pour faire tomber le régime tout en empêchant les organisations djihadistes de rester en Syrie. »

Plusieurs mois auparavant, l’ASL, la plus importante faction rebelle qui a combattu aussi bien les rebelles islamiques que les forces du régime, a mis en place un mécanisme détaillé pour s’assurer que les armements de haute technologie ne tomberaient pas dans des mains ennemies, explique-t-il.

Un comité officiel de l’ASL serait établi pour recevoir les armes. Ils devraient enregistrer leur numéro de série et une vidéo montrant chaque utilisation de l’armement sur le champ de bataille. L’ASL a également proposé de rendre les cartouches de munitions vides à leurs fournisseurs.

« Nous avons mis en place ce mécanisme après que les Américains aient tardé dans leur réponse. Nous avons d’abord eu peur des mouvements jihadistes et salafistes, alors nous avons inventé cette procédure pour s’assurer que les armes ne tombent pas [dans des mains ennemies]. Si elles tombaient dans des mains ennemies, elles seraient utilisées contre nous, l’Armée syrienne libre. »

Pourtant, même sans le transfert d’armements, les Etats-Unis pourraient en faire plus pour aider l’ASL et empêcher les frappes aériennes quotidiennes contre des cibles civiles, a expliqué l’officier. On pourrait empêcher les avions de voler, les systèmes de communication pourraient être perturbés, des renseignements au sujet des déplacements de forces du régime et des caches d’armes pourraient être fournies à l’ASL.

« A dire la vérité, le régime tient encore bon grâce à un soutien extérieur, déclare-t-il. Au delà du soutien [pour le régime d’Assad] de la part de l’Iran, de la Russie et de leurs organisations alliées, nous avons le sentiment que l’Occident doit également être critiqué. Les Etats-Unis, la plus grande superpuissance démocratique, devraient être à la hauteur de ce rôle et clarifier leur position. Cela serait efficace et décisif pour renverser le régime. »

Mardi, le président américain Barack Obama a rencontré le dirigeant de la Coalition nationale syrienne, Ahmad Al-Jarba. La Maison blanche a cependant de nouveau formulé des préoccupations que l’aide demandée par les combattants modérés de l’opposition sur le terrain puisse finir dans les mains des extrémistes.

En faisant référence à la coopération tactique entre l’Armée syrienne libre et le Front islamique Al-Nusra, l’officier a souligné que toute collaboration est basée sur un accord avec Al-Nusra qui ne jouera pas un rôle dans l’avenir politique de la Syrie.

« Pourtant, nous ne croyons pas en cela, et nous prenons des précautions pour les empêcher de prendre plus de pouvoir, déclare-t-il.

Le plus grand danger pour la région, pense-t-il, provient du Hezbollah et des milices chiites entrant depuis l’Irak et qui ne parviendront jamais à avoir des relations normales avec l’Armée syrienne libre modérée.

L’Armée syrienne libre et Israël pourraient coopérer, mais en secret.

L’officier était « extrêmement content » de lire la déclaration de l’ancien chef du renseignement militaire israélien Amos Yadlin. Lundi, Yadlin a appelé Israël à introduire des considérations morales dans sa liste de transgressions stratégiques qui pourraient mériter une intervention militaire unilatérale en Syrie.

Il a déclaré que l’Armée syrienne libre pourrait coopérer avec Israël tactiquement contre Assad tout en laissant la question du Plateau du Golan contesté pour une étape suivante. Israël, comme les Etats-Unis, semble hésitant à renverser le régime de peur que l’alternative puisse être pire.

« Notre seule guerre pour le moment est contre le régime d’Assad qui détruit le pays, explique-t-il. Voilà notre vrai ennemi. »

Il a prévenu cependant que n’importe quelle coopération tactique entre Israël et les forces syriennes rebelles combattantes devait avoir lieu avec « extrêmement prudemment et secrètement ». Le régime utiliserait n’importe quelle information pour délégitimer l’Armée syrienne libre en l’accusant de collaborer avec l’ennemi et en céder le Plateau du Golan.

« Même certains états arabes ne peuvent pas ouvertement déclarer [leur coopération avec l’ASL] pour le moment, note-t-il. Pourtant, nous avons l’impression qu’Israël souhaite voir le régime Assad se maintenir, qu’il l’aide à rester au pouvoir. Cela aura un effet négatif pour la région dans l’avenir. »

Comme les Etats-Unis, Israël est capable de neutraliser les avions du régime grâce à sa technologie de brouillage de radio, déclara-t-il.

« Dans une première étape, cela pourrait être fait dans la région du Golan pour s’étendre graduelle vers Daraa et la région de Damas. Au départ, le rôle d’Israël pourrait être secret mais néanmoins efficace pour l’ASL. Ensuite, on pourrait empêcher les avions de voler en permettant l’installation de camps de réfugiés dans le territoire de Syrie administré par l’ASL. »

« Je dois cependant prévenir qu’à ce stade, toute collaboration au grand jour serait contre productive. Le régime donnera l’impression d’être patriotique et nous serons perçus comme des traitres. Nous pourrions aussi perdre le soutien de quelques états arabes qui nous aident actuellement. »