Cornelius Gurlitt, l’octogénaire allemand qui avait une fabuleuse collection d’oeuvres d’art, dont des toiles de maîtres volées à des juifs sous le nazisme, a laissé deux testaments complémentaires, a indiqué mardi 13 mai le tribunal de Munich.

« Les testaments se complètent », a expliqué à l’AFP une porte-parole du tribunal munichois, refusant de donner des détails supplémentaires.

Le Musée des Beaux-Arts de Berne avait annoncé la semaine dernière avoir été choisi par Gurlitt comme héritier de ses oeuvres, parmi lesquelles des toiles et esquisses des plus grands noms de la peinture: Chagall, Matisse, Picasso…

Cité par l’agence de presse allemande dpa, le président du tribunal de Munich, Gerhard Zierl, a indiqué que le deuxième testament contenait des éléments plus concrets.

« Le ou les héritiers sont des héritiers universels. Ils héritent de tout », a-t-il dit.

Le tribunal a reçu deux testaments, l’un daté du 9 janvier 2014 et l’autre, du 21 février de la même année.

Au Musée de Berne, contacté par l’AFP, on indiquait mardi sans autre précision qu’un communiqué serait publié prochainement.

Selon le tribunal de Munich, les héritiers contactés résidant en Allemagne ont six semaines pour dire s’ils acceptent ou non l’héritage, et ceux vivant à l’étranger ont six mois.

Après la mort de M. Gurlitt le 6 mai à Munich (sud), le Musée des Beaux-Arts de Berne, la capitale helvétique, avait annoncé le 7 mai, avoir été choisi à sa grande surprise par M. Gurlitt comme héritier de sa collection.

Le Musée bernois avait assuré n’avoir « à aucun moment entretenu la moindre relation » avec M. Gurlitt. Il avait reconnu que ce legs, dont la valeur n’a pas été avancée mais qui, selon les médias allemands, pourrait atteindre un milliard d’euros, « pose toute une série de questions épineuses, notamment de nature juridique et éthique ».

Cornelius Gurlitt, vieillard isolé vivant dans un appartement munichois au milieu de toiles de maîtres, avait été propulsé malgré lui, en novembre dernier, sous les projecteurs des médias du monde entier, après la révélation par la presse de la découverte de son « trésor ».

L’affaire avait relancé le débat sur la restitution des œuvres dérobées aux juifs sous le IIIe Reich.

Il y a presque deux ans, ce fils d’un marchand d’art au passé trouble sous le IIIe Reich s’était vu confisquer par la justice allemande, dans le cadre d’une enquête pour fraude fiscale, 1.280 œuvres ayant appartenu à son père.

Début avril, Cornelius Gurlitt avait conclu un accord avec l’Etat allemand pour restituer les peintures qui avaient fait l’objet de spoliations par les nazis, à leurs ayant droit, à condition qu’ils soient identifiés dans un délai d’un an.

Cet accord, qui engage ses héritiers, ne concernait pas toutefois les 238 œuvres de l’octogénaire conservées dans une autre de ses propriétés à Salzbourg (Autriche).

L’existence de ces tableaux supplémentaires, dont 39 huiles et des aquarelles signées aussi des plus grands noms, avait été révélée à la presse le 11 février dernier, soit 10 jours avant la rédaction du second testament.