La thérapie spirituelle est la version du 21e siècle de l’aumônerie, c’est-à-dire l’assistance religieuse aux besoins spirituels et émotionnels provoqués par une maladie grave, une blessure ou un décès.

En Israël, le domaine des soins spirituels en est encore à ses balbutiements, et tout ce qui touche au religieux provoque souvent des remous politiques. C’est pourquoi les praticiens veulent dépasser la dimension religieuse de leurs soins, en leur donnant un aspect plus pluraliste.

« Nous aspirons à une neutralité théologique », déclare Dvora Corn, une thérapeute familiale devenue soignante spirituelle.

Corn est présidente du Israel spiritual care network, un groupe d’environ 22 agences israéliennes qui travaillent de concert pour changer le langage des soins spirituels au sein du service public et de la protection sociale.

Elle et son mari, le docteur Ben Corn, oncologue et chef du département de radiothérapie à l’hôpital Ichilov de Tel-Aviv, ont fondé leur propre organisation il y a onze ans, Life’s Door-Tishkofet, qui signifie
« perspective ».

Quand ils ont créé Tishkofet, le moment était bien choisi, raconte Corn. Et il s’est avéré qu’ils n’étaient pas les seuls à percevoir la nécessité d’un conseil spirituel en Israël.

« Le dialogue spirituel pouvant offrir une manière différente de soigner était rare dans les modèles traditionnels du pays », explique Corn.

« Nous voulions montrer aux praticiens et professionnels, non-spirituels, ce que signifient des soins spirituels à l’échelle d’une vie. C’est un langage d’espoir qui donne aux gens une volonté de résilience, en dépit du fait que leur situation ne changera
pas. »

Ce réseau est l’une des nombreuses organisations qui sponsorisent la conférence annuelle sur les soins spirituels, qui s’est déroulée du 27 au 28 janvier à l’hôtel Yehuda de Jérusalem, en collaboration avec l’Association des aumôniers juifs, Tishkofet, JDC-Eshel et UJA-Federation.

Depuis 2006, l’UJA-Federation alloue plus de six millions de dollars de fonds à plusieurs organismes de formation aux soins spirituels en Israël, pour promouvoir ce domaine dans l’élite médicale israélienne.

Ce qui fait l’unicité de la conférence, déclare Corn, est que c’est un rassemblement annuel de thérapeutes spirituels juifs et israéliens. Le contenu de la conférence de deux jours, qui combine des visites de sites et des conférences, porte sur les développements dans le monde de la prestation de soins spirituels en Israël, en Europe et aux États-Unis.

En fait, affirment les participants, la conférence est devenue un exemple de pluralisme juif dans le domaine de la prestation de soins spirituels.

« Vous êtes là avec des haredim, des musulmans, des chrétiens, des kibbutznikim, des traditionalistes, et personne ne juge personne », déclare Susan Lax, co-présidente du Comité consultatif des soins spirituels au UJA-Federation de New York. « Un rabbin debout, vêtu de noir, m’a dit : ‘Alors, expliquez-moi ce que vous faites’. »

Lax est devenue thérapeute spirituelle laïque quand l’une de ses bonnes amies a été diagnostiquée d’un cancer. Désirant l’aider, Lax a commencé à lui écrire des courriels destinés à servir de source d’inspiration chaque matin au lever du jour.

« J’ignorais si elle les lisait ou non », raconte Lax. Jusqu’à ce qu’un jour, j’ai manqué un seul e-mail, et elle m’a appelée pour me demander si tout allait bien. »

C’était, sans le savoir, le début de la carrière de Lax.

Aujourd’hui Lax, une Américano-israélienne qui partage son temps entre les deux pays, est une soignante spirituelle assermentée, et en plus de conseiller les malades en fin de vie, ou souffrant d’une maladie traumatique, elle envoie des e-mails chaque matin aux femmes atteintes de cancer.

Elle estime que des centaines de femmes reçoivent ses missives du matin, même si elle ignore exactement combien, ou comment le courrier arrive à destination. Ce qu’elle sait, c’est que lorsque les gens sont en crise spirituelle, ils ont besoin de soins spirituels.

« Ma conviction est que nous n’avons aucun contrôle sur ce qui s’est passé hier et aucun contrôle sur ce qui se passera demain, mais si nous arrivons à créer des instants aujourd’hui, nous pourrons apporter de la joie dans la journée », explique Lax. Pour les femmes atteintes d’un cancer à différents stades, la notion de contrôle est importante. »

Lax travaillait déjà avec la Fédération quand elle a découvert que la pratique de ce domaine était très limitée en Israël, en grande partie en raison des craintes de conflit avec le rabbinat, la puissante organisation de rabbins orthodoxes qui contrôle tout ce qui est relié à la religion, des certifications de casheroute des restaurants aux mariages et aux rituels de fin de vie.

Il est vrai que la prestation de soins spirituels, de par l’utilisation du terme « spirituel », passe souvent par la religion, dit Lax. Mais de nombreux praticiens en Israël tentent d’occulter ce lien.

« Les soins de l’esprit, de la personne, de l’âme, ne doivent pas être affiliés à la religion », ajoute Lax, qui pratique aussi le reiki, une technique japonaise qui permet de réduire le stress et débouche sur de la relaxation, sur certains de ses clients. « Il y a quelque chose de merveilleux dans ce pluralisme. »

C’est certainement l’approche de nombre de ceux qui sont impliqués dans le réseau israélien.

Corn, par exemple, vient du travail social et travaille avec de nombreux professionnels de la santé. Einat Ramon, responsable du programme Marpeh, de l’Institut Schechter, est rabbin. Ramon souhaite préserver l’éthique religieuse dans son programme.

« Nous ne sommes pas pour ou contre le pluralisme », déclare Ramon, qui a rédigé les normes de la formation en la prestation de soins spirituels en Israël. « Mais vous ne voulez pas que le patient se soucie de toutes ces étiquettes. »

Lorsque Shechter est entrée dans le domaine de la formation, l’institut a adapté certaines normes aux Israéliens, explique Ramon. Pour exemple, alors que les thérapeutes américains étudient 800 heures, les Israéliens étudient environ la moitié.

« Des personnes religieuses peuvent faire partie du programme, comme des laïcs, précise Ramon. Nous nous efforçons de neutraliser toutes les zones difficiles et de travailler dur pour trouver les points communs. Il est difficile d’écarter la politique, mais je pense que nous y parvenons. C’était une profession religieuse et maintenant elle s’ouvre à des personnes non religieuses. »

Le thème général est de créer un modèle israélien plus laïc, qui ne nécessite pas de connaissances religieuses.

Ce processus ressemble à celui de l’aumônerie aux États-Unis, où les hôpitaux confessionnels sont devenus plus génériques ou laïcs, en changeant le modèle de prestation de soins spirituels, selon le révérend Eric Hall, président et PDG de HealthCare chaplaincy network Inc., la principale organisation de soins spirituels américaine.

« La thérapie elle-même a évolué ou s’est améliorée dans la compréhension du processus de guérison dans sa globalité », observe Hall.

« Les soins spirituels, leur mise en œuvre, leur impact et leur efficacité ne sont pas seulement bénéfiques pour le processus de guérison du patient, mais sur une plus grande échelle. » Aux États-Unis, chaque hôpital a l’obligation légale d’offrir aux patients la possibilité de consulter un aumônier ou un guide spirituel.

Mais certains thérapeutes spirituels israéliens, qui font également partie du réseau, ne voient pas cette séparation du même œil.

Miriam Berkowitz et Valerie Stessin, deux femmes rabbins conservative et aumônières certifiées, ont ouvert leur organisation pastorale, Kashouvot, comme un service de placement pour les aumôniers.

Desservant à présent plusieurs départements d’hôpitaux et de centres de soins israéliens, y compris Hadassah Ein Kerem, elles sont à la recherche de professionnels religieux, « non gênés par ce sujet », dit Berkowitz.

« Il y a un discours sensible à ce sujet. Jusqu’à présent, il y avait une tentative de séparer tout l’aspect religieux des soins, de telle sorte que le rabbinat ne s’en empare pas. Donc tout le monde affirme qu’ils sont simplement spirituels et non religieux. Mais l’aumônerie a commencé avec le clergé en Amérique, avec les protestants, et si chaque conversation ne porte pas sur la foi, il est bon d’avoir un repère de prière et de tradition, d’être capable de faire des prières religieuses ou de raconter une histoire du Talmud. »

Les aumônières de Kashouvot ne se présentent pas comme des rabbins, mais si on le leur demande, elles s’identifient comme telles, déclare Berkowitz.

« Nous croyons fermement que nous ne sommes pas seulement de braves petites dames qui viennent rendre des visites », affirme Berkowitz.

« Il y a une danse prudente autour de certains sujets, mais avec certaines personnes, si je ne prie pas, je sens que c’est une occasion manquée. »