Le président américain élu Donald Trump a débattu jeudi du passage d’une proposition de résolution devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies sur les activités d’implantation israéliennes avec le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi, a expliqué un responsable du Caire, parmi des informations rapportant le retrait de la mesure au moins, en partie, en raison des pressions exercées par la prochaine administration américaine.

Un porte-parole de Sissi au Caire a expliqué que lui et le président américain élu avaient discuté de la possibilité pour la future administration Trump d’avoir une réelle opportunité de parvenir à résoudre la question du conflit israélo-palestinien.

“Au cours de la conversation, ils ont évoqué les affaires régionales et les développements au Moyen-Orient et dans ce contexte, ils ont parlé du projet de résolution devant le Conseil de Sécurité portant sur les implantations israéliennes”, a déclaré le porte-parole de la présidence Alaa Yousef, des propos repris par Reuters.

“Les présidents ont convenu de l’importance de fournir à la prochaine administration américaine la chance de pouvoir gérer toutes les dimensions du dossier palestinien, avec pour objectif de trouver une solution peine et entière pour la paix”, a ajouté Yousef.

Un responsable de l’équipe de transition de Trump a expliqué que ce dernier et Sissi avaient évoqué la mise en place des préparations nécessaires à la paix au Moyen-Orient, a expliqué Reuters.

Les ambassadeurs arabes ont organisé une rencontre d’urgence aux Nations unies pour pousser l’Egypte à réclamer un vote sur la proposition, mais un comité issu de la Ligue arabe a décidé, après s’être réuni au Caire, de continuer à discuter du sort réservé à la motion.

L’envoyé palestinien Jamal al-Shobaki a indiqué aux journalistes au Caire que l’Egypte avait demandé plus de temps et que des débats auraient lieu au cours des deux prochains jours sur la marche à suivre.

Plus tôt, la Deuxième chaîne israélienne a rapporté que l’Egypte avait convenu de retirer la résolution après que Sissi a reçu des “messages” de la part de l’équipe de transition du président élu Donald Trump lui demandant de le faire. Trump, rapporte la chaîne en reprenant les propos d’un haut-responsable de Jérusalem qui s’exprimait sous couvert d’anonymat, a déjoué un « coup » diplomatique porté par le président Barack Obama contre Netanyahu et les implantations.

Une source proche de la diplomatie égyptienne a déclaré à Reuters que le Caire aurait retiré la résolution dans l’objectif de maintenir des liens positifs avec la prochaine administration Trump. « Nous, [Etats Arabes] cherchons un moyen de garantir des relations constructives avec la nouvelle administration. Il reste incertain que cette résolution nous aide à cela, ou si au contraire elle pourrait venir entraver cette recherche », a expliqué le diplomate anonyme.

Sissi a publiquement salué Trump. Dans une interview accordée au Financial Times au début de la semaine, l’homme fort égyptien a indiqué être “très optimiste” sur la prise de fonction de Trump.

Le président élu américain a émis un communiqué dans la matinée appelant l’administration Obama à faire usage de son veto sur la résolution et, rapporte la Deuxième chaîne – citant une source anonyme de Jérusalem – a dit que l’équipe de Trump avait été approchée par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour aider à déjouer cette résolution.

Trump, perçu comme affichant plus de sympathie envers Israël, a publiquement recommandé à l’administration Obama d’opposer son veto à la résolution. Et, de manière privée, l’équipe de Trump a transmis des messages au Caire allant dans le sens d’un retrait de la motion, a rapporté la Deuxième chaîne.

Riyad Mansour, représentant palestinien à l'ONU, le 6 avril 2015. (Crédit : ONU / Loey Felipe)

Riyad Mansour, représentant palestinien à l’ONU, le 6 avril 2015. (Crédit : ONU / Loey Felipe)

L’ambassadeur palestinien Riyad Mansour a estimé que l’appel au veto formulé par Trump était une réponse apportée au Premier ministre israélien. « Il agit au nom de Netanyahu », a-t-il dit.

Les Etats Unis, en tant que membre permanents du Conseil de Sécurité, ont traditionnellement utilisé leur veto pour bloquer les motions condamnant les implantations israéliennes, même si le pays considère ces dernières comme un obstacle à l’établissement de la paix.

Mais au cours de ces dernières semaines, l’administration Obama s’est montrée particulièrement discrète sur ses délibérations, qui ont compris ce qu’un responsable a qualifié de réunion non-annoncée entre Obama et le secrétaire d’Etat Kerry au début du mois.

Les Etats Unis ont réfléchi à une abstention hautement inhabituelle et qui viendrait potentiellement frapper les relations entretenues entre le pays et Israël, ont indiqué des responsables, même s’ils n’ont su dire si Obama avait finalement pris une ultime décision à ce sujet.

Kerry, pour sa part, s’est livré à une série de consultations avec des officiels du Moyen-Orient, parmi lesquels Netanyahu, lors de la période qui a précédé le projet de résolution, a déclaré jeudi le porte-parole du Département d’Etat John Kirby.

Kirby a indiqué que Kerry et Netanyahu se sont entretenus jeudi matin, heure américaine. Mais on ignore si cette conversation a eu lieu avant ou après le retrait de la résolution par l’Egypte.

“Clairement, ils ont parlé de cette résolution – de cette proposition de résolution. Ils l’ont manifestement fait mais je ne vais pas détailler les propos qu’ils ont tenus”, a commenté Kirby.

Kerry s’est également adressé au ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukry mercredi et à ses homologues jordanien et saoudien Nasser Judeh et Adel al-Jubeir jeudi, a ajouté Kirby.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry pendant la conférence climatique COP22 des Nations unies, à Marrakech, au Maroc, le 16 novembre 2016. (Crédit : AFP/STR)

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry pendant la conférence climatique COP22 des Nations unies, à Marrakech, au Maroc, le 16 novembre 2016. (Crédit : AFP/STR)

Des sources citées par NBC News et Reuters ont dit qu’Obama avait prévu de s’abstenir lors du vote.

La Deuxième chaîne a indiqué que Jérusalem considérait la décision comme un “coup [diplomatique] porté par Obama sur Netanyahu et les implantations”, citant le haut-responsable israélien.

Le spectre d’une autorisation donnée par les Etats Unis au passage de cette résolution a entraîné des pressions frénétiques de la part d’Israël pour amener l’Egypte à renoncer au projet. Les responsables de l’état juif ont eu recours à ses partisans aux Etats Unis et au Conseil de Sécurité, réclamant un soutien.

L’Egypte a également subi une pression diplomatique lourde d’Israël de manière directe, selon Reuters.

L’ambassadeur israélien aux Nations Unies Danny Danon a indiqué que le gouvernement continuait à mener des efforts diplomatiques sur tous les fronts pour faire en sorte que cette « résolution déshonorante ne passera pas devant le Conseil de Sécurité ».

Un diplomate des Nations Unies, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a qualifié le lobbying exercé par Israël de “troisième guerre mondiale diplomatique” et un diplomate du Conseil de Sécurité a suggéré que la motion puisse être enterrée indéfiniment.

Juste avant que le report soit annoncé, Netanyahu a appelé les Etats Unis à s’opposer à la résolution.

Dans une déclaration vidéo, le Premier ministre israélien a imploré l’administration Obama de “se lever à l’ONU et de brandir son veto contre les résolutions anti-israéliennes”, désignant ce positionnement comme étant “l’un des plus grands piliers de l’alliance entre Israël et les Etats Unis ».

“J’espère que les Etats Unis n’abandonneront pas cette politique”, a-t-il commenté.

« J’espère qu’ils obéiront aux principes définis par le président Obama lui-même dans le discours qu’il avait prononcé à l’ONU en 2011 : Que la paix ne viendra pas par des résolutions de l’ONU mais ne se fera que par des négociations directes entre les parties. Et c’est pour cela que la résolution proposée est mauvaise. Elle est mauvaise pour Israël, elle est mauvaise pour les Etats Unis et elle est mauvaise pour la paix”.

Dans la matinée, Trump est intervenu en disant que la résolution était “injuste à l’extrême » envers les Israéliens.

“Comme les Etats Unis l’ont longtemps maintenu, la paix entre Israéliens et Palestiniens ne surviendra que par le biais de négociations directes entre les parties et non par une imposition quelconque venant de l’ONU”, a-t-il affirmé sur Facebook.

Si la résolution devait être adoptée, elle placerait Israël “dans une posture de négociation médiocre et injuste à l’extrême envers les Israéliens”, a-t-il ajouté.

Le Conseil de Sécurité de l'ONU. Sur cette photo datant du 20 décembre 2016, les membres respectent une minute de silence à la mémoire de l'ambassadeur de la Fédération Russe en Turquie, qui a été assassiné le 19 décembre lors d'un attentat terroriste à Ankara. (Crédit :Photo ONU/Manuel Elias)

Le Conseil de Sécurité de l’ONU. Sur cette photo datant du 20 décembre 2016, les membres respectent une minute de silence à la mémoire de l’ambassadeur de la Fédération Russe en Turquie, qui a été assassiné le 19 décembre lors d’un attentat terroriste à Ankara. (Crédit :Photo ONU/Manuel Elias)

Le projet de motion devant les Nations Unies déposé par le Caire appelait Israël à « immédiatement et complètement cesser toutes les activités d’implantations dans le territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est ».

Il exprimait de plus une “inquiétude grave que les activités israéliennes d’implantation en cours puissant mettre dangereusement en péril la viabilité d’une solution à deux états”, et appelait tous les états “à faire la distinction, par les accords concernés, entre ce que sont les territoires appartenant à l’Etat d’Israël et les territoires occupés depuis 1967,” ce que certains analystes considèrent comme des invitations au boycott des produits provenant des implantations israéliennes.

Le projet condamnait également “tous les actes de violence contre les civils, dont les actes terroristes, ainsi que les actes de provocation, d’incitation et de destruction”, ce que certains, au sein de la communauté internationale, perçoivent comme la transformation de cette résolution en un texte “équilibré”.

Les Etats Unis avaient posé leur veto à un texte similaire en 2011.

Eric Cortellessa a contribué à ce reportage.