Le président américain Donald Trump a dénoncé mardi les « Etats voyous » qui mettent le monde en danger, à commencer par la Corée du Nord, qu’il a menacé de « détruire totalement », et l’Iran, dans son premier discours devant l’Assemblée générale de l’ONU.

Alors que le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres avait ouvert les débats en plaidant pour un « monde sans armes nucléaires » et une « solution politique » à la crise coréenne, le président américain s’est est pris violemment au « régime vicieux » de Pyongyang.

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un s’est embarqué dans « une mission-suicide », a lancé le président américain, le qualifiant à nouveau d' »homme-fusée ».

Dénonçant les « Etats voyous » qui « violent tous les principes sur lesquels reposent les Nations unies », Donald Trump a également attaqué l’Iran et dénoncé à nouveau l’accord signé par les grandes puissances avec Téhéran pour encadrer le programme nucléaire de ce pays et s’assurer qu’il ne serve pas à le doter de l’arme atomique.

L’accord nucléaire de 2015 est « un des pires auxquels les Etats-Unis aient jamais participé » et représente un « embarras » pour eux, a-t-il lancé dans l’hémicycle des 193 Etats membres de l’ONU.

« Nous ne pouvons pas laisser un régime meurtrier continuer ses activités déstabilisatrices (…) et nous ne pouvons pas respecter un accord s’il sert à couvrir l’éventuelle mise en place d’un programme nucléaire », a déclaré M. Trump, qualifiant l’Iran de « dictature corrompue ».

Le président iranien Hassan Rohani a estimé mardi que plus personne ne fera confiance aux Etats-Unis si Washington se retire de l’accord, dans une interview

Pyongyang et Téhéran sont les « deux bêtes noires » des Etats-Unis depuis l’arrivée à la Maison Blanche en janvier du milliardaire américain.

Parmi ses autres cibles, le Venezuela. Le président américain a dénoncé une « situation inacceptable » dans la « dictature socialiste » du président Nicolas Maduro.

« Nous ne pouvons pas rester sans rien faire. En tant que voisin et ami responsable, nous devons avoir un but » pour les Vénézuéliens: « récupérer leur liberté, remettre le pays sur les rails et regagner la démocratie », a-t-il souligné, en se disant prêt à « de nouvelles actions », sans préciser lesquelles.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, premier opposant à l’accord iranien, a salué le discours du président américain, « le plus courageux » jamais entendu « en plus de trente ans d’expérience avec l’ONU ».

Le chef de la diplomatie vénézuelienne a lui au contraire dénoncé les attaques « racistes » de Donald Trump.

Donald Trump, qui avait salué lundi les nobles objectifs de multilatéralisme de l’ONU tout en dénonçant sa « bureaucratie », a également averti qu’il « placerait toujours l’Amérique d’abord » et que l’armée américaine serait « bientôt plus forte que jamais ».

Des pays « indépendants » et « forts » sont à la base de l’ordre mondial, a-t-il fait valoir, défendant une vision unilatéraliste du monde.

Risque de guerre

Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, à l'ouverture de la 72e Assemblée générale de l'institution, à New York, le 19 septembre 2017. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, à l’ouverture de la 72e Assemblée générale de l’institution, à New York, le 19 septembre 2017. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

Par contraste, Antonio Guterres a averti contre le risque de guerre avec la Corée du Nord et appelé, en début de journée, le Conseil de sécurité « à maintenir son unité » car « seule l’unité permettra de dénucléariser la Péninsule coréenne et (…) créer la possibilité d’un engagement diplomatique pour résoudre la crise ».

Parmi les orateurs qui devaient suivre toute la journée, le président français Emmanuel Macron devait se faire le chantre du multilatéralisme, à l’opposé de l’approche de Donald Trump.

Comme pour le président américain, il s’agira de son premier discours à la tribune des Nations unies pour leur Assemblée générale annuelle.

Multilatéralisme ou unilatéralisme

A l’opposé, le président français Emmanuel Macron s’est fait le chantre d’un « multilatéralisme » plus efficace.

S’exprimant aussi pour la première fois dans l’hémicycle des 193 Etats membres des Nations unies, le président français Emmanuel Macron a lui mis l’accent sur le climat, assurant que l’accord de Paris « ne sera pas renégocié » malgré le retrait des Etats-Unis — un sujet que son homologue américain a passé sous silence à la tribune.

Mais « la porte sera toujours ouverte » aux Etats-Unis, avec lesquels il entend poursuivre le dialogue, a-t-il ajouté.

« Je ne céderai rien aux équilibres de l’accord de Paris » sur le climat, avait souligné mardi matin Emmanuel Macron devant des journalistes, à propos du retrait américain de ce document. « Je poursuis le dialogue avec le président Trump car je suis convaincu qu’à la fin, il comprendra que son intérêt, l’intérêt des Américains, c’est d’être dans l’accord de Paris », a-t-il ajouté.

Pour Alessandra Novosseloff, chercheuse à l’International Peace Institute à New York, Donald Trump « est plus flexible en coulisses » qu’en public.

« Par langueur, nous avons laissé s’installer l’idée qu’on est plus fort quand on fait preuve d’unilatéralisme », a-t-il souligné, défendant la nécessité de préserver les accords internationaux, obtenus souvent après de longues luttes.

Dénoncer l’accord iranien serait une « lourde erreur », « ne pas le respecter serait irresponsable », a-t-il ainsi mis en garde alors que Donald Trump doit rendre sa décision d’ici mi-octobre.

La France a notamment posé sur la table des discussions la possibilité d’un « complément » à l’accord sur le nucléaire iranien, sur lequel les signataires pourraient travailler pour l’après 2025, une manière d’entrouvrir une porte de sortie pour Washington.

Dans son discours, le président français a aussi dénoncé le « nettoyage ethnique » contre la minorité musulmane des Rohingyas en Birmanie.

Il a appelé de ses vœux la création d’un « groupe de contact » réunissant les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et les « parties prenantes » au conflit en Syrie, pour enclencher un nouvelle dynamique en vue d’une solution politique.

Lors d’une rencontre bilatérale lundi, Donald Trump et Emmanuel Macron ont fait assaut d’amabilités.

« Il fait un super boulot en France » et « a eu l’une des plus grandes victoires électorales de tous les temps », a lancé le président américain. « Nous avons beaucoup de vues communes » et « la force de cette relation, c’est que nous nous disons tout », a renchéri Emmanuel Macron.

La France a posé sur la table des discussions la possibilité d’un « complément » à l’accord existant, sur lequel les signataires pourraient travailler pour l’après 2025, une manière d’entrouvrir une porte de sortie pour Washington de plus en plus tenté de le remettre en question.

Parmi les autres pays appelés à s’exprimer mardi, au premier jour d’une semaine de discours, figurent la Suisse, le Nigeria, la Colombie, le Qatar, la Turquie, Israël, le Mali, l’Egypte ou l’Afghanistan. Les dirigeants russe et chinois sont absents, représentés par leur ministre des Affaires étrangères.

Parallèlement, de multiples réunions à thèmes (climat, « esclavage moderne », Centrafrique…) ou rencontres bilatérales se dérouleront tout au long de la semaine au siège des Nations unies ou dans de grands hôtels de New York.