Le président américain Donald Trump avait dévoilé les détails d’une mission top-secret au nord de la Syrie menée par l’agence d’espionnage du Mossad et l’unité d’élite Sayeret Matkal durant une réunion en mai avec des diplomates russes. Selon les médias, ces révélations ont lourdement impacté le partage de renseignements israélo-américain.

L’article, publié par Vanity Fair, fondé sur une information relayée par des sources anonymes, décrites comme des « experts des opérations de renseignement israélien », offre un nouvel éclairage sur l’opération d’infiltration ultra-sensible au cœur de la Syrie, et les dégâts causés à la relation entre les alliés, après que le président a révélé cette information secrète, en se vantant de la qualité de ses renseignements.

Au cours de cette opération, une source du renseignement israélien a révélé au grand jour le plan de l’État islamique, qui voulait utiliser des ordinateurs portables pour faire exploser des avions. De nombreux détails sur cette opération avaient déjà été révélés.

Selon l’article de Vanity Fair, deux hélicoptères Sikorsky CH-53, qui transportaient des commandos israéliens et des agents du Mossad se sont rendus dans le nord de la Syrie, dans le cadre de cette mission, pour insérer un dispositif d’écoute, afin d’espionner une cellule de l’État islamique. Cette cellule préparait de nouveaux moyens de faire exploser des avions pendant l’hiver.

Les troupes et les espions ont été déposés et transférés sur des jeeps, à bord desquelles ils se sont rendus jusqu’à leur cible. Les commandos ont patrouillé pendant que les agents du Mossad implantaient leurs dispositifs. Les commandos et les agents ont ensuite foncé pour rejoindre leur hélicoptère et sont revenus en Israël, sans avoir été interceptés, explique l’article.

Des soldats courant vers un hélicoptère pendant un exercice de l’armée israélienne simulant une guerre contre le Hezbollah, dans le nord d’Israël, en septembre 2017. (Crédit : armée israélienne)

Plusieurs jours plus tard, les troupes de l’unité 8200 du renseignement ont été en mesure d’écouter un combattant de l’État islamique expliquer comment fabriquer et faire fonctionner les bombes dans les ordinateurs portables, apparemment conçues par le cerveau saoudien en matière des explosifs, Ibrahim al-Asiri.

Ibrahim al-Asiri (Crédit : Wikipedia)

Bien que les responsables américains aient indiqué que Trump avait été « manipulé » par Moscou, et pourrait faire passer ces informations sensibles aux Russes, Israël a tout de même partagé cette information avec le renseignement américain, débouchant sur l’interdiction temporaire d’embarquer à bord d’un avion avec un ordinateur portable, pour les vols en partance de certains pays du Moyen Orient.

L’article n’indique pas précisément le lieu ni la date de l’opération, mais Trump, qui en a relaté les détails au ministre des Affaires étrangères russes Serguei Lavrov, et à Serguei Kislyak, alors ambassadeur russe aux États-Unis, durant une réunion dans le Bureau ovale le 10 mai, avait communiqué cette information, selon trump, ce qui mettait potentiellement en danger les atouts qu’Israël avait sur le terrain.

Ce qui est tout aussi préoccupant pour Israël, c’est l’idée que les Russes puissent communiquer cette information à ses alliés iraniens ou syriens.

Le gouvernement israélien n’a pas officiellement confirmé être la source de ce renseignement qui a fuité. Et pourtant, les indiscrétions de Trump ont suscité la colère dans le milieu du renseignement israélien. Certains avaient même appelé à limiter le partage de renseignements avec les États-Unis.

« Trump nous a trahi », peut-on lire dans le magazine, qui relaye les propos d’un haut-responsable de l’armée israélienne. « Et si nous ne pouvons pas lui faire confiance, alors nous devrons faire ce qui est nécessaire de notre côté, si l’Iran nous accule. »

Les anciens chefs du Mossad s’étaient également ralliés contre le président américain et ont sous-entendu que les responsables d’aujourd’hui devraient être mieux mis en garde sur le type de renseignements qu’ils communiquent à leurs homologues américains.

« Si demain, on me demandait de transmettre des informations à la CIA, je ferais tout ce que je peux pour ne pas le faire. Ou bien je me protégerais d’abord, et seulement ensuite, je leur donnerais ces informations. Et ce que je donnerais sera une version édulcorée », a déclaré Shavit dans une interview téléphonique accordée en mai Times of Israël.

Shavit avait comparé le président américain à un « éléphant dans un magasin de porcelaine » et l’a accusé de se mettre dans des situations sans y être correctement préparé, puis de violer ouvertement les codes tacites du renseignement.

D’autres articles indiquaient que l’agent du renseignement israélien infiltré dans le groupe terroriste avait donné le signal qui a conduit à l’interdiction des ordinateurs portables, et que le partage d’information de Trump avait potentiellement mis sa vie en danger.

Face aux critiques qu’avait suscité cette fuite, Trump avait admis avoir communiqué cette information aux Russes, tout en assurant qu’il était en droit de le faire. À l’époque, la source des informations confidentielles n’avait pas été confirmée, mais les médias, qui avaient d’abord montré du doigt la Jordanie, ont rapidement été supplantés par les spéculations qui attribuaient à Israël la primauté de cette information.

Le président russe a ensuite confirmé, par inadvertance, que les agents israéliens étaient en effet à l’origine de ce renseignement, au détour d’une remarque spontanée adressée à des journalistes, durant son séjour en Israël, à la fin du mois de mai.

Alors qu’il s’apprêtait à s’entretenir avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, Trump a assuré qu’il n’avait « jamais mentionné le mot Israël » durant sa conversation avec le ministre russe des Affaires étrangères.