WASHINGTON (JTA) – Un seul État ! De la souplesse ! Deux États ! De la retenue sur les implantations ! Stop à l’Iran !

Quand le président américain Donald Trump rencontre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu – quelle conférence de presse !

Mais attendez un instant.

A l’ère Trump, chaque analyse après un évènement exige un temps d’arrêt : pas tant pour se demander « pense-t-il vraiment ce qu’il dit », mais plutôt « le pensera-t-il toujours la semaine prochaine ? Demain ? À ses heures perdues quand il tweete ? »

Après tout, nous parlons du président qui parle librement de « bannissement » des voyageurs des pays à majorité musulmane, puis qui déploie ses porte-paroles pour assurer qu’il n’y a pas de bannissement, et que l’on ne parle pas des musulmans.

Que pouvons-nous donc retenir du sommet Trump-Netanyahu de mercredi ?

Beaucoup de choses. Son interlocuteur de mercredi, Netanyahu, a la réputation d’être quelqu’un de constant, de cohérent. Et malgré la capacité de Trump à digresser, ses propos étaient tout de même lourds de sens, notamment quand il a confirmé la rupture dans la politique américaine, qui s’éloigne de la solution à 2 États comme un résultat des négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens.

Donc, sans trépigner davantage, aventurons-nous dans ce sommet de mercredi.

Un État, deux États

À première vue, Trump semblait adhérer volontiers à l’idée d’un seul État, même s’il n’a pas été clair sur le type d’État auquel il faisait référence. Les Palestiniens en Cisjordanie seront-ils émancipés ?

Quand on passe ses propos au peigne fin, la rupture avec ses trois prédécesseurs est certes significative, mais pas nécessairement radicale

« Je regarde [la solution à] deux états et [la solution à] un état et j’aime celle que les deux parties aiment », a gloussé Trump.

« Je peux vivre avec l’une des deux. J’ai pensé pendant un moment que [la solution à] deux états était la plus facile des deux, mais honnêtement, si Bibi [le surnom de Netanyahu] et si les Palestiniens, si Israël et les Palestiniens sont heureux, je suis heureux avec celle qu’ils aiment le plus. »

Trump ne soutient pas le maintien d’un seul État, il renvoie la balle aux principaux concernés : débrouillez-vous, dit Trump. Les trois prédécesseurs de Trump avaient également dit que le statut final devait être déterminé par les Israéliens et les Palestiniens, mais étaient clairs sur le fait que la seule issue viable était la création de deux États distincts.

Quelle est la différence ? Dans ses propos aux journalistes après son entretien de trois heures avec Trump, a indiqué que la différence réside dans la marge de manœuvre dont dispose Israël : si les Palestiniens veulent leur propre État, ils devront accepter les conditions posées par Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump et leurs épouses, dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump et leurs épouses, dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

Netanyahu a toujours dit qu’il pense qu’un État palestinien devra reconnaître Israël comme un État juif, qu’il doit être démilitarisé, et qu’il devra accepter qu’Israël garde le contrôle de la sécurité en Cisjordanie. Jusqu’à maintenant, il s’agissait des issues qu’il souhaitait voir. Mais mercredi, il a ajouté un nouveau terme : ‘conditions’. Ce qui laisse peu de marge de manœuvre aux Palestiniens.

Il n’a également pas eu recours aux termes « 2 États » et a refusé de s’en justifier face aux journalistes. Au lieu de cela, il a affirmé que d’autres, et notamment l’ancien vice-président Joe Biden l’avait mis en garde qu’un État démilitarisé n’était pas vraiment un État. Au lieu de s’enfoncer dans ce débat, il a expliqué que c’était une interprétation légitime, mais non exhaustive.

Cette démarche relâche la pression exercée par la droite israélienne sur Netanyahu, qui l’exhortait à tirer parti de la transition de l’administration Obama – qui insistait sur la création de deux États et la fin des implantations – à l’administration Trump, et à agrandir les implantations. Il peut désormais rentrer chez lui et dire que les termes « 2 États » ont été radiés de son vocabulaire.

Un enfant dans un magasin de bonbons

Netanyahu était l’enfant de l’expression « Un enfant dans un magasin de bonbons ». Il n’aurait pas pu être plus clair sur le soulagement qu’il éprouvait face au départ du président Barack Obama.

« Je pense qu’il y a un changement évident depuis que Trump a pris le pouvoir », a déclaré Netanyahu durant la conférence de Presse conjointe, au sujet des durs propos de Trump sur l’Iran « Et je salue cela. Je pense, et permettez-moi d’être franc, je pense qu’il était vraiment temps. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

Mais cela ne s’applique pas qu’à l’Iran. Avec Obama, Netanyahu insistait que les négociations de paix ne puissent avoir lieu qu’en l’absence de conditions préalables. Désormais, il parle de « prérequis » à la paix avec les Palestiniens.

Trump, au grand ravissement de Netanyahu, a adhéré à l’un des chevaux de bataille des Israéliens : l’incitation à la haine et à la violence des Palestiniens. Obama avait systématiquement l’habitude d’en parler, mais Trump a montré clairement qu’il attendait des Palestiniens qu’ils mettent fin à cette incitation, et l’a décrit dans des termes sombres, chers à Netanyahu.

« Je pense que les Palestiniens doivent se débarrasser de la haine qu’on leur a inculquée depuis leur plus jeune âge. On leur a inculqué une haine immense. »

Netanyahu a déclaré aux journalistes israéliens qu’il a également demandé à Trump de reconnaître le plateau du Golan comme territoire israélien, demande qui aurait été poliment ignorée s’il l’avait faite à ses prédécesseurs. Il a été plein d’espoir sur ses attentes, et Trump s’est dit « pas surpris » de cette demande, selon Netanyahu.

Attention au marchand de bonbons : que veut Donald en échange ?

« En ce qui concerne les implantations, je voudrais voir un peu de retenue sur les implantations. On verra… Mais je voudrais bien voir la conclusion d’un accord ».

Netanyahu avait l’air choqué. Trump a demandé un gel des implantations provisoire. Quand Obama demandait ce genre de choses, Netanyahu et son gouvernement développaient une résistance (Netanyahu a insisté face aux journalistes que sa réaction de surprise était surfaite, qu’il s’agissait en fait d’une référence au livre de Trump, The Art of the Deal (l’art de la négociation), une bible pour les agents immobiliers, mais il n’a pas expliqué en quoi l’expression faciale y a contribué.)

Netanyahu a eu un autre temps d’arrêt quand Trump a dit, au sujet de ses espoirs pour une paix globale avec les Palestiniens et les pays arabes voisins, qu’il « pourrait s’agir d’un accord bien plus grand et bien mieux que ce à quoi toutes les personnes dans cette pièce s’attendent. »

Netanyahu, habituellement précautionneux et peu soucieux de la façon dont il gère la diplomatie, n’a pas semblé très enthousiaste. « On peut essayer », a-t-il murmuré. Trump a répliqué en rigolant : « il n’a pas l’air très optimiste ».

Ces aperçus d’un Netanyahu perplexe illustraient le dilemme auquel fait face Netanyahu : il se jette corps et âme avec Trump. « Il n’y a pas plus grand soutien pour le peuple juif et l’État juif que le président Donald Trump », a-t-il dit d’un président qui ne s’est jamais rendu en Israël. Mais cette proximité l’engage : comment peut-il rejeter les instances du « plus grand soutien » d’Israël ?

Le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Trump a prouvé qu’il peut faire preuve d’imprévisibilité, qu’il peut exiger une certaine forme de déférence, et qu’il adore la perturbation.

Associez ces qualités avec le discours sur un seul État et « plus de souplesse », et les perspectives de ce que Trump exige d’Israël sont plus ouvertes que celles de n’importe quel président précédent – pour le meilleur ou pour le pire.

Détails ?

Il y a eu beaucoup de discussions difficiles lors de la conférence de presse.

« Je pense que, au-delà de cela, le président Trump a mené un effort très important au cours des dernières semaines, dès le début de sa présidence », a déclaré Netanyahu lors de la conférence de presse. « Il a souligné qu’il y a des violations, les violations iraniennes sur les essais de missiles balistiques. »

C’est aussi ce qu’a fait Obama, quand l’Iran a testé des missiles sous son nez. Qu’est-ce que Trump pourrait faire de plus ? Personne n’a suggéré des détails, et Netanyahu a déclaré aux journalistes plus tard, le temps n’était pas aux précisions. Comment aborderaient-ils l’accord conclu par Obama, échangeant la levée des sanctions contre le démantèlement du nucléaire iranien, qu’ils ont tous les deux ardemment critiqué ? Vont-il le modifier ? L’appliquer ? L’écraser ? Nous n’avons aucun détail.

Il en va de même en ce qui concerne le groupe terroriste État islamique, également connu sous le nom d’ISIS.

« Vous demandez la défaite d’ISIS », a déclaré Netanyahu. (C’est aussi ce qu’a fait Obama.) « Sous votre direction, je crois que nous pouvons renverser la marée montante de l’islam radical. ». Des détails ? Aucun.

L’amour peut nous séparer

Un journaliste israélien a interrogé Trump sur la recrudescence d’incidents antisémites depuis son élection et a demandé ce que Trump avait à dire « à ceux de la communauté juive des États-Unis, d’Israël et peut-être du monde entier qui croient et pensent que votre administration joue avec la xénophobie et peut-être des tons racistes. »

Trump, après une autre digression étrange sur l’ampleur de sa victoire au vote du collège électoral face à Hillary Clinton, a rappelé – encore une fois – à tous qu’il avait des amis et de la famille juifs et a conclu que « vous allez voir beaucoup d’amour ».

Et Netanyahu, qui se montre généralement plutôt prompt quand il faut souligner les vulnérabilités des juifs de la diaspora …, a soutenu Trump.

Le président américain Donald Trump, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et leurs épouses Melania Trump et Sara Netanyahu, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Andrew Harrer-Pool/Getty Images)

Le président américain Donald Trump, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et leurs épouses Melania Trump et Sara Netanyahu, à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Andrew Harrer-Pool/Getty Images)

« J’ai connu le président et je connais sa famille et son équipe depuis longtemps, et il n’y a pas de plus grand partisan du peuple juif et de l’État juif que le président Donald Trump », a-t-il dit. « Je pense que nous devrions faire taire tout cela. »

Ce n’est guère qu’un remède à une communauté juive américaine qui subit presque chaque semaine des échos inquiétants au passé et à l’intolérance – plus récemment quand la Maison Blanche a omis toute mention des Juifs dans une déclaration de commémoration de l’Holocauste.

Jonathan Greenblatt, le PDG de la Ligue Anti-Diffamation (ADL), réagissant à la déclaration de Trump, n’a pas mentionné Netanyahu, mais il n’était manifestement pas d’humeur à faire taire quoi que ce soit. Trump « a manqué une occasion de décrier la rhétorique haineuse qui semble se développer en ligne et dans le monde réel », a-t-il dit. « Intentionnellement ou non, cela encourage les antisémites ».

Pendant toute sa carrière, Netanyahu a demandé aux juifs de la Diaspora d’en référer à Israël lorsqu’elle est menacée.

C’est à double tranchant : si Netanyahu, comme il l’a dit par le passé, ne parle pas seulement au nom des Israéliens, mais au nom du peuple juif, il est normal qu’il les écoute. Mais pas contre Trump, semble-t-il.