Le président américain élu Donald Trump a déclaré au quotidien israélien Israël Hayom qu’il comptait déplacer l’ambassade américaine à Jérusalem, affirmant « je n’ai clairement pas oublié » la promesse électorale.

Interrogé mardi soir par le quotidien pendant le Chairman’s Global Dinner à Washington, D.C., un évènement pour les diplomates et les membres de la future administration, pour savoir s’il « n’a pas oublié [sa] promesse concernant l’ambassade à Jérusalem, Trump a répondu que « bien sûr je me souviens de ce que j’ai dit sur Jérusalem. »

« Vous savez que je ne suis pas quelqu’un qui ne tient pas ses promesses », a ajouté le président élu. Ses propos ont été publiés jeudi matin par le quotidien.

Mercredi, pendant sa dernière conférence de presse présidentielle, le président Barack Obama a prévenu que des actions unilatérales pouvaient être « explosives », une référence apparente au discours de Trump sur le déplacement de l’ambassade.

Pendant toute la campagne présidentielle, Trump avait juré à plusieurs reprises de déplacer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. Il avait dit en mars pendant la conférence de l’AIPAC qu’il allait « déplacer l’ambassade américaine dans la capitale éternelle du peuple juif, Jérusalem. »

Donald Trump à Washington, D.C., le 17 janvier 2017. (Crédit : Jim Watson/AFP)

Donald Trump à Washington, D.C., le 17 janvier 2017. (Crédit : Jim Watson/AFP)

Cependant, après son élection le 8 novembre, le conseiller aux Affaires étrangères de Trump, Walid Phares, avait semblé revenir sur cette promesse.

« Beaucoup de présidents des Etats-Unis se sont engagés à faire cela, et il a lui aussi dit qu’il ferait cela, mais il le fera seulement s’il y a un consensus », avait déclaré Phares, entraînant une certaine confusion. Il avait ensuite précisé qu’il parlait d’un consensus aux Etats-Unis, ce qui restait assez flou, puisqu’il existe un large soutien bipartisan au Congrès à l’égard de cette mesure.

La confusion s’était amplifiée après des entretiens accordés par Trump le week-end dernier au Times britannique et au Bild allemand. Interrogé pour savoir s’il tiendrait sa promesse, il avait répondu : « Eh bien, je ne veux pas à nouveau commenter cela, mais nous verrons ce qu’il se passera. »

Trump ne serait pas le premier président américain à avoir promis de déplacer l’ambassade pendant sa campagne pour ne pas le tenir une fois au pouvoir. Avant les élections présidentielles de 1992, Bill Clinton avait fait la même promesse. Le Congrès avait voté en 1995 à une écrasante majorité le Jerusalem Embassy Act. Depuis, l’application de la loi a été repoussée par trois présidents consécutifs à 35 reprises.

De nombreux conseillers de Trump ont cependant affirmé que le président élu tiendrait sa promesse. Kellyanne Conway, conseillère et directrice de sa campagne, a déclaré pendant le dîner de mardi à Israël Hayom que « nous soutenons évidemment [le déplacement de l’ambassade], je pense que c’est quelque chose nous devons faire rapidement. »

Kellyanne Conway avant une réunion avec le président américain élu Donald Trump, à la Trump Tower de New York, le 10 janvier 2017. (Crédit : Bryan R. Smith/AFP)

Kellyanne Conway avant une réunion avec le président américain élu Donald Trump, à la Trump Tower de New York, le 10 janvier 2017. (Crédit : Bryan R. Smith/AFP)

Les propos de Conway faisaient écho à ses déclarations précédentes sur le sujet, notamment en décembre, quand elle avait affirmé que déplacer l’ambassade « est une priorité très importante pour ce président élu, Donald Trump ».

David Friedman, choisi par Trump pour être ambassadeur des Etats-Unis en Israël, est également un fervent partisan du déplacement. Il avait déclaré en décembre, à l’annonce de sa nomination, qu’il était impatient de commencer à travailler à « l’ambassade américaine dans la capitale éternelle d’Israël, Jérusalem. »

De nombreux membres de la coalition gouvernementale d’Israël ont salué cette promesse. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait déclaré en décembre que cela serait « génial ».

Cependant, les Palestinien s’opposent fermement à cette idée. Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, a déclaré la semaine dernière que déplacer l’ambassade « détruirait les perspectives de progrès politique », et un porte-parole de son parti, le Fatah, avait affirmé que cela « ouvrirait les portes de l’enfer dans la région et le monde entier. »

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant un rassemblement commémorant le 12e anniversaire du décès de Yasser Arafat à Ramallah, en Cisjordanie, le 10 novembre 2016. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant un rassemblement commémorant le 12e anniversaire du décès de Yasser Arafat à Ramallah, en Cisjordanie, le 10 novembre 2016. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

D’importants diplomates internationaux ont également mis en garde contre le déplacement de l’ambassade. John Kerry, le secrétaire d’Etat américain sortant, a déclaré ce mois-ci que mener à bien ce projet entraînerait une « explosion », et le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a mis en garde dimanche, pendant la conférence de paix pour le Proche Orient organisée à Paris, que cela aurait de « graves conséquences ».

Malgré l’enthousiasme des politiciens israéliens, Yuval Rotem, le directeur général du ministère des Affaires étrangères, a déclaré lundi qu’Israël devait attendre et voir, comme pour beaucoup d’autres déclarations du président élu, parfois contradictoires.

Raphael Ahren a contribué à cet article.