Le président américain Donald Trump a accusé mardi le Qatar, pourtant allié des Etats-Unis, de financer les extrémistes, prenant fait et cause pour l’Arabie saoudite et des pays amis qui ont rompu avec ce riche émirat gazier du Golfe.

Sur Twitter, M. Trump a écrit que l’isolement du Qatar marquera « peut-être le début de la fin de l’horreur du terrorisme », indiquant que « tous les éléments pointent vers le Qatar » dans le financement de l’extrémisme religieux.

Allié de longue date des Etats-Unis, le Qatar abrite la plus grande base aérienne américaine dans la région, siège du commandement militaire chargé du Moyen-Orient. La base d’Al-Udeid est cruciale pour la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI) en Syrie et Irak, menée par la coalition internationale dirigée par Washington et dont fait partie Doha.

Face à cette crise inédite, le Koweït a entrepris une médiation et l’émir Sabah Al-Ahmad Al-Sabah s’est rendu à Jeddah, dans l’ouest saoudien, pour rencontrer le roi Salmane.

Lundi, l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis, l’Egypte, le Yémen ainsi que les Maldives ont annoncé rompre toute relation avec le Qatar, accusé de « soutenir le terrorisme », une décision qui a eu l’effet d’un séisme dans la région.

S’ajoutent à la rupture des liens diplomatiques une suspension de vols aériens, des mesures économiques comme la fermeture des frontières terrestres et maritimes avec le Qatar, ainsi que des interdictions de survol aux compagnies qataries ou des restrictions aux déplacements des personnes.

Dès lundi, l’émir du Koweït avait reçu un conseiller du roi Salmane et appelé l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani pour l’inviter à la « retenue ».

‘Pas d’escalade’

Le Qatar a ensuite donné l’impression de chercher une issue à la crise, en appelant à un « dialogue ouvert et honnête ».

S’exprimant sur la télévision Al-Jazeera, le chef de la diplomatie de l’émirat, cheikh Mohamed ben Abderrahmane Al-Thani, a assuré qu’il n’y aurait « pas d’escalade » de la part de son pays et répété à l’occasion le caractère « stratégique » des relations avec les Etats-Unis.

Pour le ministre d’Etat émirati aux Affaires étrangères Anwar Gargash, il faut d’abord « rétablir la confiance » et obtenir des « garanties » avant de reprendre langue avec Doha.

Des pays, comme la Turquie, essaient aussi de jouer les médiateurs dans la crise, la plus grave depuis la naissance en 1981 du Conseil de coopération du Golfe (CCG – Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Qatar, Koweït, Oman).

Le souverain saoudien a reçu un appel téléphonique du président turc Recep Tayyip Erdogan qui selon son porte-parole, a entrepris « des efforts diplomatiques ».

Alliés à la fois de Ryad et de Doha, les Etats-Unis avaient invité dès lundi les pays du Golfe à rester « unis » par la voix du secrétaire d’Etat Rex Tillerson.

Mais, mardi le ton a changé avec les tweets de M. Trump, qui a aussi établi un lien entre son discours en mai à Ryad sur l’extrémisme islamiste et la décision d’isoler le Qatar. « Durant mon récent voyage au Moyen-Orient, j’ai affirmé que le financement de l’idéologie radicale devait cesser. Les dirigeants ont montré du doigt le Qatar – Et regardez ! » a écrit le président.

« Cela sera peut-être le début de la fin de l’horreur du terrorisme », a-t-il ajouté.

Ces déclarations du président américain tranchent avec le ton conciliant de son chef de la diplomatie, Rex Tillerson, qui avait appelé lundi les pays du Golfe à rester « unis » et à « s’asseoir et à parler de ces divergences ».

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le roi d'Arabie saoudite Salmane ben Abdel Aziz al-Saoud, à Ryad, le 20 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le roi d’Arabie saoudite Salmane ben Abdel Aziz al-Saoud, à Ryad, le 20 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Perturbations aériennes

L’effet des mesures décidées par les adversaires du Qatar a commencé à se faire sentir. Six compagnies du Golfe, ainsi qu’EgyptAir, ont suspendu « jusqu’à nouvel ordre » leurs vols vers ou depuis Doha, entraînant une grogne de passagers.

Sur le site internet de Dubai Airports, tous les vols à destination de Doha portaient la mention « annulé ».

La compagnie Emirates de Dubaï a indiqué à ses clients qu’ils pouvaient soit se faire rembourser leurs billets soit réserver des places vers d’autres destinations.

L’Aviation civile saoudienne a par ailleurs interdit aux compagnies aériennes du Qatar de survoler le royaume, ce qui devrait entraîner des déroutements, des retards et des surcoûts d’exploitation.

Les autorités saoudiennes ont aussi annoncé mardi avoir annulé la licence de Qatar Airways et décidé de fermer les bureaux de la compagnie « d’ici 48 heures ».

Qatar Airways a annoncé de son côté avoir suspendu sine die tous ses vols vers l’Arabie, les Emirats, Bahreïn et l’Egypte.

A Abou Dhabi, capitale des Emirats, des queues se sont formées devant une agence de Qatar Airways.

« Je viens d’apprendre que je ne pourrai pas utiliser mon billet » pour Manchester, a dit à l’AFP Farrukh Hafez, employé à Abou Dhabi.

Riche pays gazier à la politique étrangère controversée, le Qatar avait au départ réagi avec colère à la décision de rupture, accusant ses détracteurs de vouloir le mettre « sous tutelle » et de l’étouffer économiquement.

Le Qatar a toujours poursuivi sa propre politique régionale, affirmant son influence par le sport -il accueillera le Mondial 2022 de football- et par les médias avec Al-Jazeera.

Il est aussi accusé d’entretenir des liens avec les réseaux jihadistes Al-Qaïda et EI, ainsi que les Frères musulmans classés « terroristes » par certains pays arabes.