WASHINGTON — Donald Trump va reconnaître mercredi Jérusalem comme capitale d’Israël, tout en demandant au département d’Etat d’élaborer un plan de relocalisation de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, ont confirmé des responsables de la Maison Blanche mardi soir.

Cette reconnaissance de Jérusalem, qui devrait entraîner la colère du monde arabe et jeter une ombre sur les négociations de paix menées par les Etats-Unis, sera également accompagné d’un engagement de Trump destiné à soutenir la solution à deux états si les Israéliens et les Palestiniens devaient y souscrire, une initiative probablement prise par l’administration pour ré-équilibrer des annonces considérées comme favorisant lourdement Israël.

« Le 6 décembre 2017, le président Trump reconnaitra Jérusalem comme la capitale d’Israël », a indiqué un responsable de l’administration sous couvert d’anonymat, confirmant une série d’informations sur le discours que prononcera Trump depuis la Maison Blanche, prévu mercredi à 13 heures (soit 20 heures en Israël).

La Maison Blanche s’est référée de manière répétée à la reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale d’Israël et à la relocalisation de l’ambassade – qui pourrait prendre des années – en disant qu’il s’agissait de « reconnaissance d’une réalité », notant que la municipalité est le siège du gouvernement israélien, tout en ignorant les revendications palestiniennes sur une partie de la ville.

« Il considère cela comme la « reconnaissance d’une réalité à la fois historique et contemporaine », a ainsi commenté un responsable.

« Tandis que le président Trump reconnaît que le statut de Jérusalem est une question hautement sensible, il ne pense pas qu’elle saura se résoudre en ignorant la vérité, celle que Jérusalem accueille la législature israélienne, sa Cour suprême, la résidence du Premier ministre et qu’en tant que tel, c’est la capitale d’Israël », a déclaré l’un des responsables.

Cette annonce sera un tournant majeur dans les efforts israéliens visant à obtenir une légitimité internationale dans leur revendication de Jérusalem. Israël appelle Jérusalem sa capitale indivisible, mais la communauté internationale s’est abstenue de reconnaître la ville comme telle avant des négociations portant sur un statut final avec les Palestiniens, qui revendiquent à la partie Est de la ville pour en faire leur propre capitale.

Jared Kushner, à gauche, conseiller à la Maison Blanche, et Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, à Ramallah, le 24 août 2017. (Crédit : WAFA)

La reconnaissance par Trump de Jérusalem comme capitale de l’Etat juif pourrait être considérée comme un renoncement des Etats-Unis à une longue politique de neutralité et à son alignement renouvelé aux côtés d’Israël à un moment où le gendre du président, Jared Kushner, tente de relancer un nouveau processus de paix. Trump a également évoqué son désir de réaliser « l’accord du siècle » qui mettrait un terme au conflit israélo-palestinien.

Des responsables américains, aux côtés d’un conseiller extérieur à l’administration, ont déclaré qu’ils attendaient une vaste déclaration de Trump sur le statut de Jérusalem « capitale d’Israël ». Le président ne prévoit pas d’utiliser la phrase « capitale indivisible », selon eux.

Ils ont ajouté que Trump « reconnaît que les frontières spécifiques de la souveraineté israélienne à Jérusalem sont sujettes à des négociations de statut final en vue d’un accord ».

Ils ont par ailleurs expliqué que cette action ne change pas « le statu-quo mis en place sur le mont du Temple/Haram al-Sharif.”

Une nouvelle ambassade construite à Jérusalem

Quarante-huit heures après que le président a manqué la date-butoir pour la signature d’une dispense reportant la relocalisation de l’ambassade – commandée par les termes d’une loi adoptée en 1995 – Trump signera cette dispense tandis que les responsables seront chargés de déterminer comment, où et quand la mission américaine sera déplacée.

« Le président a donné pour instruction au département d’Etat de développer un plan pour relocaliser l’ambassade de Tel Aviv à Jérusalem avec un poids supplémentaire minimal pour les contribuables américains », a fait savoir un responsable.

« Il n’y a aucune structure où s’installer à Jérusalem aujourd’hui », a ajouté un autre responsable. « Cela va prendre du temps de trouver un site, de gérer les inquiétudes relatives à la sécurité, de créer la nouvelle structure et de la construire. Ce n’est donc pas un processus instantané ».

Trump ne spécifiera pas toutefois un « calendrier » pour le processus, a-t-il ajouté.

« Ca sera une question d’années, pas de mois, cela va prendre du temps », a commenté un responsable.

Le consulat américain de Jérusalem, situé dans le quartier de Talpiot,à Jérusalem, en décembre 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

Les responsables n’ont pas encore précisé le futur lieu pour l’ambassade de Jérusalem.

Certains analystes ont prédit dans le passé que les Etats-Unis pourraient tout simplement changer le nom d’un consulat du quartier d’Arona de la ville, à cheval sur la ligne de cessez-le-feu pré-1967.

Les Etats-Unis possèdent également un terrain sur le côté ouest de la ligne de cessez-le-feu de Jérusalem, à proximité du quartier d’Armon Hanatziv qui avait été loué dès 1989 dans le dessein d’accueillir une ambassade. Mais ce terrain, connu sous le nom de Caserne d’Allenby, est controversé en raison de sa propriété disputée.

La signature de la dispense par Trump, a fait savoir la Maison Blanche, est pour éviter le gel des fonds au département d’Etat qui est exigé par le mandat du Congrès en cas de non relocalisation de l’ambassade.

Sous les termes de la loi, si la dispense n’est pas signée, alors, au début de la prochaine année fiscale, 50 % des fonds attribués au département d’Etat pour « l’Acquisition et la maintenance des biens immobiliers à l’étranger » seront retenus jusqu’à ce que l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem ouvre officiellement ses portes.

« Le président signera la dispense afin d’éviter des coupes significatives dans le financement du département d’Etat, comme la loi l’exige », a expliqué un responsable.

L’ambassade américaine à Tel Aviv. (Crédit : Ori~/Wikimedia Commons/File)

Trump, en tant que candidat à la présidence, avait promis de manière répétée de relocaliser l’ambassade américaine. Néanmoins, les dirigeants américains ont régulièrement – et sans cérémonie – reporté une telle initiative depuis la signature par le président Bill Clinton d’une loi, adoptée en 1995, stipulant que les Etats-Unis devaient installer leur mission diplomatique à Jérusalem à moins que le commandant en chef n’émette une dispense dans l’intérêt de la sécurité nationale.

Lors du briefing, un responsable de l’administration a fait savoir que le président a la certitude que le non-déplacement de l’ambassade n’aurait pas résulté en un accord entre les deux parties, ce qui justifie son transfert.

« Le président Trump reste engagé à trouver un accord de paix durable entre les Israéliens et les Palestiniens et il est optimiste sur le fait que cette paix peut être réalisée », a-t-il dit. « Reporter la reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale d’Israël n’a rien ajouté de plus en faveur de la paix depuis plus de deux décennies ».

‘Un président engagé envers la paix’

Un responsable a indiqué que Trump pourrait probablement incorporer des propos soutenant une solution à deux états dans son discours de mercredi, ce qui représente un changement pour une administration qui a majoritairement évité une formulation par ailleurs acceptée par le reste de la communauté internationale.

« Le président Trump est prêt à soutenir une solution à deux états pour résoudre le conflit entre les Israéliens et les Palestiniens, si c’est ce sur quoi les deux parties s’accordent », a dit le responsable.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump, à droite, à l’aéroport international Ben Gurion avant le départ de Trump, le 23 mai 2017. (Crédit : Koby Gideon/GPO)

Cette souscription des deux parties à la solution à deux états reste indéterminée. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait fait part de son soutien à cette solution dans un discours historique prononcé en 1989, mais il a depuis pris ses distances avec l’idée d’un état palestinien depuis que Trump a pris ses fonctions.

Les propos sur la solution à deux états viendront probablement tenter d’adoucir le coup porté par l’annonce sur Jérusalem. Un haut-responsable de l’administration a indiqué que le discours était encore en cours d’écriture et il a conseillé d’éviter des réactions immédiates.

« Le président répétera la force de son engagement envers la paix. Alors que nous comprenons comment pourraient réagir certaines parties, nous travaillons encore sur notre plan, qui n’est pas encore arrêté. Nous avons le temps de le peaufiner et de voir ce que ressentent les gens après avoir appris cette nouvelle dans les temps à venir », a-t-il dit.

Des manifestants palestiniens brûlent des photos du président Donald Trump sur la place Manger de Bethléem le 5 décembre 2017 (Crédit : AFP Photo/Musa Al Shaer)

Toutefois, les informations portant sur la reconnaissance par Trump de Jérusalem en tant que capitale d’Israël et sur la relocalisation de l’ambassade, ces derniers jours, ont suscité un choeur de condamnations et d’avertissements de la part des leaders de la communauté internationale qui s’inquiètent qu’une telle démarche puisse entraîner de violentes manifestations et représente un revers pour les efforts de paix.

Dans des appels téléphoniques au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et au roi Abdallah II de Jordanie, Trump a livré ce qui semble être un message identique sur ses intentions de déménager l’ambassade.

Les deux dirigeants ont averti Trump que ce déplacement pourrait menacer les efforts de paix, la sécurité et la stabilité au Moyen Orient et dans le monde, selon des communiqués émis par leurs bureaux. Ces communiqués n’ont pas abordé la reconnaissance par le président américain de Jérusalem comme capitale de l’Etat juif.

Toute déclaration américaine sur le statut de Jérusalem en amont d’un accord de paix « nuira au processus des négociations de paix et attisera les tensions dans la région », a dit le roi Salmane d’Arabie saoudite à Trump mardi, selon un compte-rendu saoudien de leur entretien téléphonique. Reconnaître que Jérusalem est la capitale d’Israël, a ajouté le monarque, « constituera une provocation flagrante pour tous les musulmans dans le monde entier ».

« C’est un pas dangereux », a-t-il ajouté, selon la télévision d’Etat al-Ekhbariya.

Trump a également parlé avec Netanyahu et le président égyptien Abdel-Fatah al-Sissi.

Le leader israélien n’a pas émis de communiqué mais la Maison Blanche a fait savoir qu’au cours de leur cinq conversations par téléphone, Trump « a souligné l’importance de la coopération bilatérale avec chaque partenaire pour faire avancer les accords de paix dans toute la région » et qu’il a « aussi évoqué les décisions potentielles concernant Jérusalem ».

Enfin, le président turc Recep Tayyip Erdogan a mis en garde le leader américain : « M. Trump, Jérusalem est une ligne rouge pour les musulmans ».

Président en exercice de l’Organisation de la coopération islamique, il a précisé qu’un sommet des 57 pays membres, se tiendrait « sous 5 à 10 jours » si Washington reconnaissait Jérusalem comme capitale d’Israël.

La Jordanie, gardienne des lieux saints musulmans de Jérusalem, a mis en garde contre « une démarche aux conséquences graves » et les risques d' »escalade ».

En Europe, nombre de voix se sont aussi élevées. Le président français Emmanuel Macron a exprimé sa « préoccupation ».

« Tout ce qui contribue à attiser la crise est contre-productif en ce moment », a renchéri le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel.

La simple possibilité que Trump ne change le statu-quo a entraîné une nouvelle mise en garde sécuritaire mardi aux Etats-Unis. Le consulat américain à Jérusalem a ordonné aux personnels américains et à leurs familles d’éviter de se rendre dans la Vieille ville de Jérusalem ou en Cisjordanie, et a recommandé aux citoyens américains en général d’éviter les lieux avec une forte présence policière et militaire. Seuls les déplacements officiels « essentiels », assortis de mesures de sécurité supplémentaires, sont autorisés. Les soldats israéliens se préparent également à des violences possibles, ont fait savoir des sources, après l’appel lancé par des factions palestiniennes à un « jour de colère » après l’annonce.

Les forces de la police des frontières israélienne patrouillent près du mur Occidental, le 5 décembre 2017 (Crédit : AFP /THOMAS COEX)

Le roi du Maroc Mohammed VI, qui a écrit en tant que président de la Commission Al-Quds de l’Organisation de la coopération islamique, a également exprimé son « inquiétude personnelle profonde » et « la grande préoccupation ressentie par les états et les populations arabes et musulmanes » concernant les initiatives américaines dans un courrier adressé mardi à Trump.

« Cette démarche actuelle impactera probablement de manière négative les perspectives d’une solution juste et globale au conflit israélo-palestinien », a dit la lettre.

Le roi a vivement recommandé à Trump d’éviter tout ce qui pourrait « exacerber les sentiments de frustration et de déception qui sont à la base de l’extrémisme et du terrorisme ».

Le groupe pacifiste pro-israélien J Street a également critiqué les plans de Trump, « une initiative inutile sans bénéfices tangibles et avec seulement de graves risques ».

La porte-parole de la Maison Blanche Sarah Huckabee Sanders a expliqué mardi qu’il était peu probable que Trump soit sensible aux influences lui recommandant de changer d’avis.

« Le président, j’ai envie de dire, est très solide dans ses convictions aujourd’hui », a-t-elle indiqué.

L’AFP a contribué à cet article.