Le président américain Donald Trump a évité mercredi de répondre aux révélations sur les contacts répétés entre ses proches et le renseignement russe l’année dernière, des informations qui ont créé une atmosphère de crise à Washington.

Le républicain a pris la parole pour dénoncer les fuites à répétition qui alimentent la presse au quotidien et ont contribué à la chute de son conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn.

« Il a été traité très injustement par les médias », a déclaré le président Trump lors d’une conférence de presse commune avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, à la Maison Blanche. Son porte-parole, avait pourtant expliqué que c’est le président lui-même qui lui avait demandé sa démission.

Quant aux fuites de renseignements dans la presse, le milliardaire les a qualifiées d' »actes criminels ». Il avait pointé du doigt le FBI et la NSA, le service d’écoutes, plus tôt dans un tweet.

Le New York Times a révélé, citant quatre responsables ou ex-responsables américains, que les services possédaient des relevés et des écoutes téléphoniques entre des membres de l’équipe de campagne du républicain et de hauts responsables du renseignement russe.

Le contenu des conversations ne révèle pas de coopération, selon les sources du journal. Le Kremlin, de son côté, a dénoncé une « intox ».

Ces rebondissements ont renforcé la cacophonie et le sentiment de désorganisation au sommet de l’Etat, une partie de la classe politique se demandant à haute voix si le pays était vraiment gouverné, alors que la Maison Blanche est ébranlée par l’éviction de Michael Flynn, les fuites et les rumeurs de guerre interne.

« Qui commande ? » s’est alarmé le sénateur républicain John McCain.

US Republican Senator John McCain speaking in Jerusalem in February (photo credit: Miriam Alster/Flash90)

John McCain à Jerusalem en 2012 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

L’enquête du FBI est née du piratage du parti démocrate en 2015 et 2016, attribué aux Russes par Washington. Les Américains se sont aperçus que des proches de Donald Trump communiquaient régulièrement avec des intimes du Kremlin.

Dilemme des sanctions

Les écoutes de l’ambassadeur russe à Washington, Sergey Kislyak, ont également révélé que Michael Flynn lui avait parlé des sanctions américaines imposées le 29 décembre par Barack Obama, laissant entendre qu’elles pourraient être suspendues quand M. Trump arriverait à la Maison Blanche. Après avoir nié, le conseiller a été poussé à la démission lundi soir.

En janvier, l’administration sortante a accusé le gouvernement russe d’avoir fomenté le piratage du parti démocrate, et notamment d’un proche conseiller d’Hillary Clinton, dans le but de l’empêcher d’être élue à la Maison Blanche.

L’opposition démocrate évoque ouvertement l’hypothèse d’une collusion entre Moscou et le candidat Trump, qui a régulièrement exprimé son admiration pour Vladimir Poutine, et louait encore « l’intelligence » du dirigeant russe en décembre.

« Quand nous sonnions l’alarme à l’automne dernier, tout le monde se moquait de nous », a affirmé mercredi l’ancien porte-parole d’Hillary Clinton, Brian Fallon, sur CNN.

Outre les investigations du FBI sur les interférences russes dans la campagne électorale et les contacts éventuels entre la Trump Tower et Moscou, plusieurs enquêtes parlementaires ont été lancées au Congrès, contrôlé par les républicains.

Les démocrates veulent aller plus loin avec la création d’une commission d’enquête spéciale aux pouvoirs étendus, comme pour le scandale du Watergate ou après le 11-Septembre, ce que refusent les chefs républicains à ce stade.

La convocation de Michael Flynn semble toutefois inexorable, afin qu’il s’explique sur ses communications avec les Russes, et réponde à la question sur toutes les lèvres : avait-il reçu pour mission du président élu d’envoyer un message à Moscou sur une éventuelle levée des sanctions imposées par son prédécesseur ?

La Maison Blanche, mardi, a absolument nié l’existence d’un tel marché.

Et le président américain s’est efforcé de prouver sa fermeté face à la Russie, rappelant que la Crimée avait été rattachée à la Russie sous le regard impuissant de son prédécesseur. « Obama a-t-il été trop mou avec la Russie ? » s’est-il demandé sur Twitter.

Le dilemme, pour le milliardaire, est de se prononcer sur les sanctions supplémentaires que beaucoup, au sein de sa majorité, veulent imposer à la Russie en représailles aux interférences durant la campagne. Le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a répété mercredi qu’il y était favorable.