La barrière de sécurité israélienne, à la fois manifestation éloquente du conflit et lieu d’expression artistique côté palestinien, s’est couvert ces derniers jours à Bethléem de nouveaux dessins géants attaquant le président américain Donald Trump et le patron de Facebook, Mark Zuckerberg.

Les dessins sont l’œuvre de Lushsux, artiste australien secret, qui en a appelé aux internautes, via le « crowdsourcing », pour lui soumettre leurs idées.

Cependant, des riverains et des touristes interrogés devant le mur, l’une des attractions de Cisjordanie, ont exprimé leurs réserves, voire leur inquiétude que la vocation du mur soit dénaturée par des messages sans rapport avec le conflit israélo-palestinien.

L’une des peintures, de plusieurs mètres de haut, montre Trump écrivant à Eminem avec une légende tirée de son hit de 2000, « Stan », dans laquelle le rappeur est harcelé par un fan. Eminem a fait abondamment parler de lui en octobre en se lançant dans une tirade accusant Trump de racisme et d’incompétence.

Un nouveau graffiti sur la barrière de sécurité israélienne, représentant le président de Facebook Mark Zuckerberg, à Bethléem, en Cisjordanie, le 15 octobre 2017. (Crédit : Thomas Coex/AFP)

Un nouveau graffiti sur la barrière de sécurité israélienne, représentant le président de Facebook Mark Zuckerberg, à Bethléem, en Cisjordanie, le 15 octobre 2017. (Crédit : Thomas Coex/AFP)

Une autre montre Hillary Clinton demandant « Que s’est-il passé ? », référence au titre de son livre récemment paru et racontant sa défaite à la présidentielle américaine (What Happened, littéralement « Ce qu’il s’est passé »). A ses côtés, Trump répond en anglais : « I happened », qui pourrait se traduire par « C’est moi qui suis passé ».

Une troisième fait dire à un Zuckerberg aux yeux rougis : « Plus je collecte vos données, plus je comprends ce qu’être humain veut dire. »

Certaines des idées ont été soufflées à Lushsux par les internautes sur Twitter.

« J’essaie juste de socialiser sur les réseaux sociaux », a-t-il répondu à l’AFP qui lui demandait sur Twitter pourquoi il procédait de la sorte.

Lushsux, dont la véritable identité est tenue secrète, a déclaré par le passé qu’il cherchait à être l’ « anti-Banksy », artiste de rue britannique connu à travers le monde.

Il entendait « peindre des choses qui ne plaisent pas à tout le monde », avait-il dit à la chaîne de télévision australienne ABC.

Et la cause palestinienne ?

Banksy a lui aussi sévi sur le mur à Bethléem par le passé. Il a ouvert en mars un hôtel improbable transfigurant une sombre réalité avec des fenêtres qui ouvrent sur le mur.

Israël a commencé en 2002 la construction de cette barrière, composée à cet endroit de blocs de béton de plusieurs mètres de haut, pour se protéger des incursions de Cisjordanie en pleine vague d’attentats palestiniens. Achevée aux deux tiers, la barrière doit atteindre à terme environ 712 km, selon l’ONU.

Elle est pour les Palestiniens l’un des symboles les plus honnis de la présence israélienne.

Du côté palestinien, le mur est à la fois un lieu de protestation habituel et un terrain d’expression politico-artistique. Les fresques qui le recouvrent par endroits en font une attraction.

Devant les œuvres de Lushsux, des visiteurs se sont émus de l’absence de référence au conflit israélo-palestinien.

« Ce mur risque de devenir une galerie pour artistes de rue plutôt qu’un lieu d’expression sur la réalité politique », a dit Paul Saxton, un Britannique âgé de 30 ans.

« Ce sont des œuvres de rue fantastiques, mais elles auraient peut-être leur place dans n’importe quelle ville plutôt qu’ici, où il y a un problème assez clair », dit-il.

Khader Jacaman, un habitant de Bethléem, a dit ne voir « aucun rapport » entre des figurations de Trump ou Clinton et la cause palestinienne.

« Les Palestiniens ne veulent pas qu’on vienne, qu’on peigne et qu’on s’en aille. Ceux qui suivent [de tels artistes] ne font rien » pour la cause palestinienne, déplore-t-il.