L’armée israélienne a combattu et mis à mal la première ligne de défense du Hamas. A l’arrière se trouvent les tunnels ; 32 tunnels d’attaque ont été détectés, 15 ont été neutralisés. Derrière, il y a les dédales de béton de Shati, de Sheikh Radwan et de Jabaliya. C’est là que l’aile militaire du Hamas s’est enfermée, et que ses actifs les plus précieux sont conservés.

C’est le cabinet de sécurité qui supervise Tsahal, tirant dans différentes directions, et au-dessus il y a le président Barack Obama, qui, dans un appel téléphonique avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu dimanche, a précisé l’impératif stratégique d’instituer un « cessez-le feu humanitaire immédiat et inconditionnel pour mettre fin aux hostilités
maintenant ».

Du côté Sud, il y a le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi et les autres nationalistes arabes, qui souhaitent discrètement qu’Israël donne le coup fatal au Hamas, le coup qui l’entraînerait vers un cessez-le-feu en forme de capitulation.

Au milieu de tout cela, l’establishment de la défense israélienne semble divisé, avec, paradoxalement, les optimistes appelant à une offensive massive – visant à pousser le Hamas à bout ou en fait à l’arracher du pouvoir – et les pessimistes qui croient qu’un conflit militaire quasi-annuel est en passe d’être le destin d’Israël, plaidant donc pour un cessez-le feu.

Quand il s’agit de pessimisme (mais que l’on parle de la région toute entière), peu de gens peuvent se mesurer au professeur Efraim Inbar, à la tête du « Begin Sadate Center for Strategic Studies » de l’université Bar-Ilan. Israël, estime-t-il, se trouve « dans un conflit insoluble qui se
prolonge ».

La nature de la pensée occidentale est d’être « orientée vers les solutions », a-t-il écrit avec Eitan Shamir dans un récent article ; ceci explique en partie l’échec de comprendre la nature des actions militaires d’Israël.

« Ceux qui demandent désespérément quand est-ce que cela va finir et qui utilisent le cliché du ‘cycle de la violence’ ont des difficultés psychologiques à digérer les faits montrant qu’il n’y a pas de solution en vue ».

Par conséquent, selon lui, « Israël doit simplement ‘tondre l’herbe’ de temps en temps. Une guerre d’usure toujours en cours semble être le destin d’Israël ».

La force de dissuasion, de l’avis d’Efraim Inbar, est la barrière robuste derrière laquelle la société israélienne peut prospérer, et comme cette barrière a été renforcée de manière adéquate – et aura sans aucun doute besoin d’être renforcée encore et encore pour les générations à venir – Israël doit limiter son fonctionnement à la réalisation des objectifs initiaux du gouvernement : la restauration de la dissuasion, un affaiblissement modéré du Hamas et l’échange du calme pour le calme.

Le « doyen » de cette école de pensée, c’est le ministre de la Défense Moshe Yaalon. Un homme perspicace qui a abandonné les penchants socialistes de sa jeunesse et qui a surtout développé un mépris cinglant pour ceux qui, comme le secrétaire d’Etat américain John Kerry, sont toujours à la recherche de solutions.

Le « solutionnisme » dit Yaalon avec dérision pendant presque chacun de ses discours importants, et chaque « nouveauté en –isme » sont des fixations occidentales – il les prononce d’ailleurs comme si c’étaient des maladies – qui sont mal adaptées au Levant et à ses réalités.

Le général (retraité) Amos Yadlin, fils de l’ancien ministre de l’Education du Parti travailliste Aharon Yadlin, n’a pas voyagé bien loin de ses racines. Il est, pourrait-on dire, un disciple de Rabin, élevé dans l’armée, bien conscient de la nécessité de l’épée, mais avec la nostalgie pour la faucille : un optimiste endurci par la guerre.

Plusieurs fois au cours d’interviews télévisées, ces derniers jours, et sur ​​la page d’accueil de l’INSS, l’institut de réflexion qu’il dirige, Yadlin a appelé à une montée en puissance de l’opération terrestre. Gaza doit être disséqué, l’aile militaire du Hamas matraquée et affaiblie, écrit-il. L’aile militaire empêche la signature d’un cessez-le-feu et, par conséquent, « elle doit pouvoir sentir que l’étau se resserre ».

Si l’organisation est renversée par ces actions, a-t-il affirmé sur ​​la Dixième chaîne, « Israël ne sera pas veuf ».

En lieu et place du Hamas, a-t-il affirmé, il y a trois options : le retour de l’Autorité palestinienne, sous les auspices du gouvernement égyptien, ce qui serait une évolution favorable pour Israël ; la montée en puissance d’une organisation rivale, qui, dit-il, prendrait des années, peut-être plus d’une décennie, pour atteindre la cohérence organisationnelle et la capacité de menacer Israël aussi habilement que le Hamas ; ou la « Somalisation », ce qui signifie un horrible chaos, mais serait « beaucoup moins mauvais » que ce qui existe aujourd’hui.

Si le Hamas est vaincu, écrit-il, la clé est de s’assurer, contrairement à la suite des deux dernières grandes opérations dans la bande de Gaza, que l’organisation n’est pas en mesure de reconstruire de manière significative ses forces armées. Cet effort est favorisé par la montée en puissance de Sissi en Egypte, qui a coupé la plupart des lignes d’alimentation dans la bande de Gaza.

En outre, Yadlin, comme l’ancien chef du Shin Bet, Yuval Diskin, estime que le Hamas, au début de l’opération, était au plus bas politiquement et financièrement. « Si, après l’opération, il est vraiment militairement affaibli », écrit Yadlin, « il sera possible – avec l’Egypte, les Etats arabes modérés et la communauté internationale – de ramener l’Autorité palestinienne à Gaza, et d’y assurer un début de développement économique, et peu à peu de lever le blocus ».

En supposant que les dirigeants israéliens ne voudront pas être entraînés par le Hamas et soumis à son calendrier, les prochains jours révéleront de quelle manière s’orientera le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui demeure un pessimiste prudent.