La Turquie n’envisage pas d’opération militaire du jour au lendemain en Syrie pour protéger sa frontière, a affirmé son Premier ministre islamo-conservateur Ahmet Davutoglu, sur fond de rumeurs d’intervention persistantes dans la presse.

Davutoglu a annoncé vendredi avoir nommé Vecdi Gönul, un conservateur vétéran de la politique turque âgé de 75 ans, au poste de ministre de la Défense pour remplacer Ismet Yilmaz, élu mercredi président du Parlement.

« Personne ne doit s’attendre à ce que la Turquie entre demain ou dans un avenir proche en Syrie. C’est de la spéculation », a déclaré Davutoglu lors d’un entretien accordé jeudi soir à la chaîne de télévision privée Kanal 7.

Le chef du gouvernement turc a ajouté que « la Turquie n’attendra pas demain en cas de menace sur sa sécurité intérieure » pour agir mais que, dans les conditions actuelles, « il n’est pas question d’une intervention unilatérale ».

« Jamais nous ne nous laisserons entraîner dans une aventure. Que notre peuple soit tranquille », a-t-il insisté.

Depuis plus d’une semaine, les médias turcs affirment que le gouvernement envisage une opération militaire en Syrie pour repousser loin de ses frontières les djihadistes du groupe Etat islamique (EI) et empêcher la progression des forces kurdes, qui tiennent désormais une grande partie de la zone frontalière avec la Turquie.

Depuis plusieurs jours, l’armée a ostensiblement renforcé son dispositif tout au long de la frontière de 900 km qui sépare la Turquie de la Syrie.

Davutoglu a souligné devant la presse que la nomination de Gönul, qui a été déjà été ministre de la Défense de 2002 à 2011, était nécessaire car « il ne peut y avoir de vacance pour ce genre de poste, surtout à l’heure actuelle ».

Depuis que les milices kurdes ont chassé à la mi-juin les djihadistes de l’EI de la ville frontalière syrienne de Tall Abyad, Ankara s’inquiète de la création d’une zone autonome kurde dans le nord de la Syrie.

La Turquie accuse les milices kurdes de Syrie, proches du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui mène la rébellion sur son sol, de « nettoyage ethnique » dans les secteurs qu’elles contrôlent afin de faciliter la constitution d’une région autonome. Les Kurdes ont fermement démenti ces allégations.

Le Premier ministre, qui expédie les affaires courantes depuis les législatives du 7 juin qui ont vu son parti perdre la majorité absolue, a réaffirmé jeudi soir qu’il n’accepterait pas de « fait accompli » dans le nord de la Syrie.

« Comme nous l’avons fait dès le début (de la crise syrienne en 2011), la Turquie conservera sa stabilité dans cette ambiance brûlante qui l’entoure », a ajouté Davutoglu.