Le gouvernement islamo-conservateur turc n’avait toujours pas levé jeudi à la mi-journée le blocage du réseau Twitter ordonné sans délai la veille par la Cour constitutionnelle, malgré les pressions de l’opposition, des internautes ou de Washington.

Dans un arrêt rendu mercredi, la plus haute juridiction turque a jugé à l’unanimité que l’interdiction du réseau de microblogging constituait une violation du droit constitutionnel à la liberté d’expression et ordonné son déblocage immédiat.

Le jugement de la cour, qui s’impose à l’autorité turque des télécommunications (TIB), a été publié jeudi matin au Journal officiel.

La TIB a bloqué l’accès au réseau Twitter dans la nuit du 20 au 21 mars, sur instruction du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, décidé à en finir avec la diffusion quotidienne sur internet d’accusations de corruption visant son régime.

Un responsable du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir a toutefois laissé entendre que l’injonction ne serait pas immédiatement exécutée.

« Le jugement concerne uniquement les trois plaintes individuelles auprès de la Cour constitutionnelle. Nous allons l’évaluer », a déclaré le député AKP Mustafa Sentop sur la chaîne d’information CNN-Türk.

L’opposition s’est indignée du retard pris par l’exécution de l’arrêt de la Cour.

« Ce jugement doit être appliqué sans délai », a affirmé un député du Parti républicain du peuple (CHP), Sezgin Tanrikulu, en menaçant de saisir la justice. La décision « s’impose à tous, même au Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qui n’applique pas la loi ».

Le président des bâtonniers de Turquie, Metin Feyzioglu, a estimé que ce retard constituait « une infraction flagrante à la loi ».

Le président Abdullah Gül, qui avait déploré la décision d’interdiction du gouvernement, a lui aussi réclamé l’exécution de la décision de la Cour. « L’interdiction de Twitter et YouTube doit être levée. Je l’ai dit au ministre (en charge des Télécommunications) et aux autorités », a déclaré le chef de l’Etat à la presse.

« S’il y a une décision de justice, je pense qu’elle doit être exécutée rapidement, le plus vite possible », a estimé une porte-parole du département d’Etat américain, Marie Harf.

Malgré les accusations de corruption qui pèsent sur lui, M. Erdogan a largement remporté les élections municipales de dimanche.