Twitter, Facebook et YouTube, les réseaux sociaux les plus populaires du net, ont été largement utilisés par les diplomates iraniens depuis le début des négociations nucléaires à Vienne, même s’ils restent interdits dans leur pays.

Le ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, est le plus connecté : il est le seul diplomate iranien à avoir un compte Twitter certifié (@JZarif). Il a aussi une page personnelle sur Facebook, qui ne peut officiellement être ouverte par les internautes en Iran.

Jeudi soir, alors que les discussions semblaient piétiner à Vienne, il twittait quelques minutes avant un point-presse du secrétaire d’Etat américain John Kerry : « Nous travaillons dur, mais sans précipitation, pour terminer. Retenez mes paroles; on ne change pas de chevaux au milieu du gué ».

Zarif n’est pas seul sur Twitter.

Des déclarations ou des photos du président Hassan Rouhani sont régulièrement publiées par le compte qui lui est associé (@HassanRouhani). Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a également un compte dédié (@khamenei_ir), sur lequel il a fin juin réitéré les « lignes rouges » de l’Iran dans ses discussions avec les grandes puissances.

Comme Twitter et Facebook, le site de partage de vidéo YouTube fait partie des centaines de sites seulement accessibles en Iran avec des logiciels de contournement (Virtual private network, VPN) dont l’usage est illégal.

L’Iran, qui comptait en 2014 plus de 45 millions d’internautes sur une population de près de 78 millions, bloque de nombreux sites d’informations, à caractère politique ou pornographique ainsi que plusieurs réseaux sociaux depuis les grandes manifestations de juin 2009 qui contestaient la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad.

Depuis son élection en juin 2013, Rouhani a promis une plus grande tolérance sur la censure d’internet, estimant qu’elle était contre-productive. Mais les ultraconservateurs qui tiennent les institutions clés du régime s’opposent à tout allègement des restrictions et critiquent la présence des ministres sur la Toile.

‘Raconter une histoire’

Ces contradictions « ne font réagir plus personne en Iran, sauf les étrangers », sourit Hooman Majd, un journaliste irano-américain.

« N’importe quel homme politique moderne – et Zarif en est un – comprend que les réseaux sociaux jouent un grand rôle pour raconter une histoire », explique-t-il. Ainsi, Zarif a sa page Facebook en farsi pour son auditoire iranien, et son compte Twitter en anglais pour les étrangers ou ses homologues, comme l’Américain John Kerry.

« Je ne pense pas qu’il (Zarif) soit gêné par cette contradiction. Les autorités reconnaissent d’ailleurs que Facebook a plusieurs millions d’utilisateurs iraniens », dit le journaliste présent à Vienne avec le réseau américain NBC News.

‘Diplomatie directe’

Le 3 juillet, alors que les discussions étaient prolongées, le ministre iranien avait diffusé un message en anglais sur YouTube. Il affirmait que l’Iran pourrait coopérer à la lutte contre « l’extrémisme violent et la barbarie sans limite », en allusion au groupe djihadiste Etat islamique, si un accord était conclu.

C’était son troisième message vidéo depuis son entrée en fonctions en 2013.

Cette « diplomatie directe » complète l’utilisation des médias traditionnels, comme ses éditoriaux appelant à un accord dans le New York Times et le Financial Times, pour faire passer le message de l’Iran.

« En politique, la narration d’un évènement est plus importante que l’évènement lui-même », dit Abas Aslani, un journaliste iranien renommé – et actif sur Twitter – qui a lui aussi fait le voyage à Vienne.

« Ceux qui jouent un rôle actif et influent dans les médias doivent atteindre l’esprit des gens », ajoute-t-il en allusion à Zarif et son audience sur internet en dépit de la censure.

Pour lui, « la présence des responsables iraniens dans les médias, traditionnels ou nouveaux, ne devrait pas être limitée, mais au contraire encouragée ».