Les Palestiniens ont exigé lundi soir des assurances du secrétaire d’État américain John Kerry, revenu précipitamment pour tenter de sauver les négociations de paix, sur la libération par Israël d’un dernier groupe de prisonniers, sous peine de relancer leurs démarches à l’ONU.

Arrivé en début de soirée à l’aéroport de Tel Aviv en provenance de Paris, Kerry s’est entretenu pendant deux heures à Jérusalem avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, puis tard dans la nuit avec le négociateur palestinien Saeb Erakat.

En revanche, une entrevue avec Mahmoud Abbas prévue dans la soirée à Ramallah, en Cisjordanie, a été annulée, selon des sources palestiniennes.

Kerry doit encore rencontrer tôt mardi matin Netanyahu, ainsi que son homologue israélien Avigdor Liberman, avant de retourner en Europe pour une réunion de l’Otan à Bruxelles.

Lors d’une réunion dans la soirée à Ramallah autour de M. Abbas, la direction palestinienne a menacé de relancer ses démarches d’adhésion aux agences de l’ONU si elle n’obtenait pas dans les 24 heures des assurances du chef de la diplomatie américaine sur la libération par Israël d’un dernier contingent de prisonniers, selon deux participants.

Elle a également exclu toute prolongation des pourparlers au-delà de l’échéance du 29 avril sans « arrêt complet de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem Est », récusant tout « lien entre la libération des prisonniers et l’extension des négociations ».

« Si M. Kerry n’apporte pas de réponse claire sur la libération des prisonniers, la direction palestinienne entamera à partir de mardi les démarches d’adhésion aux organisations de l’ONU », a déclaré le député indépendant Moustapha Barghouthi.

Dans la nuit de dimanche à lundi, des discussions entre délégations des deux parties et l’émissaire américain Martin Indyk pour régler le litige sur les prisonniers, dont Israël a refusé de libérer le quatrième et dernier contingent, compte tenu de la dégradation du climat, ont tourné court.

« Israël pratique une politique de chantage en liant son accord pour la libération du quatrième groupe de prisonniers à l’annonce par la partie palestinienne de son acceptation d’une prolongation des négociations », a déclaré à l’AFP un responsable palestinien proche du dossier.

Une proposition israélienne en ce sens a été « refusée par les Palestiniens », a-t-on indiqué, précisant qu’elle « prévoyait la libération de 420 autres prisonniers choisis par Israël, ne comprenant pas de condamnés à de lourdes peines, ni de malades, ni de dirigeants comme Marwan Barghouthi et Ahmad Saadat, ni enfants, ni femmes ».

Jonathan Pollard dans la balance

Selon les médias israéliens, M. Netanyahu pourrait faire preuve de souplesse si le président américain Barack Obama consentait à relâcher Jonathan Pollard, un ancien analyste de la marine américaine purgeant une peine de prison à perpétuité pour espionnage au profit d’Israël.

Des sources proches des négociations ont indiqué que la libération de Jonathan Pollard était en discussion mais sans qu’aucune décision n’ait encore été prise.

Aux termes d’une proposition d’accord, le prisonnier serait libéré avant la Pâque juive, à la mi-avril, les négociations israélo-palestiniennes seraient prolongées et un groupe supplémentaire de prisonniers palestiniens serait relâché en plus du dernier contingent prévu, ont précisé ces sources.

Dans une lettre à M. Netanyahu rendue publique lundi, l’ex-soldat Gilad Shalit, ancien captif du Hamas libéré en 2011 en échange d’un millier de prisonniers palestiniens, a plaidé pour la libération de Pollard, dont il a comparé les 29 ans dans une prison américaine à sa propre détention au secret pendant cinq ans dans la bande de Gaza.

Israël réclame en vain depuis des années la grâce de son espion qui a obtenu la nationalité israélienne en 1995.

Son sort de Jonathan Pollard est régulièrement évoqué au plus haut niveau lors des entretiens entre Israéliens et Américains.

Jonathan Pollard, un ancien expert de la marine américaine, a été arrêté aux Etats-Unis en 1985 pour avoir transmis à Israël des milliers de documents secrets sur les activités du renseignement américain dans le monde arabe.