TEL AVIV – La télé sur le mur retransmettait en direct depuis Vienne, avec des drapeaux flottant et des politiciens se tenant solennellement debout, lors de l’annonce de l’accord avec l’Iran. Mais alors que l’accord nucléaire était sur toutes les lèvres, le meilleur deal sur le menu du restaurant Shimshiri, le B-A-BA pour la restauration persane dans cette ville, était la soupe Gondi de la propriétaire Moluk Hanasa, la version persane des boulettes de Matza.

« C’est ma spécialité », dit la sexagenaire Hanasa, tout en tranchant des concombres pour la salade.

Hanasa accordait plus d’attention aux clients du restaurant et aux concombres qu’au drame qui etait diffusé sur le petit écran, mais elle gardait un œil sur l’appareil. «J’ai une sœur et sa famille en Perse [Iran], il est donc important de savoir ce qui s’y passe», a-t-elle dit, et c’était la raison pour laquelle son fils et co-propriétaire, Avi, avait changé de chaîne en plein milieu d’un feuilleton turc.

Contrairement à la morosité de la plupart des Israéliens, Hanasa reste optimiste. «J’espère vraiment qu’ils vont utiliser [l’énergie] nucléaire pour leurs besoins quotidiens, et pas pour la guerre. Qu’est-ce qui se passe dans la guerre? Juste la haine et le racisme sont les résultats. Je souhaite qu’il y ait là-bas des gens qui aiment la paix et veulent la paix autant que nous».

Moluk Hanasa, 65 ans, la co-propriétaire du restaurant Shamshiri , rue Nahalat Binyamin, veut être optimiste que l'Iran ne va pas utiliser leur énergie nucléaire à des fins non militaires (Photo: Judah Ari Gross / Times of Israel)

Moluk Hanasa, 65 ans, la co-propriétaire du restaurant Shamshiri , rue Nahalat Binyamin, veut être optimiste que l’Iran ne va pas utiliser leur énergie nucléaire à des fins non militaires (Photo: Judah Ari Gross / Times of Israel)

L’optimisme de Hanasa était cependant très minoritaire mardi, Rue Nahalat Binyamin, dans le quartier traditionnellement séfarade de Florentine à Tel Aviv. Juste en face de Shimshiri se trouve Salimi, un restaurant persan plus décontracté qui sert à une population de travailleurs. Tandis que des viandes fumantes et des tomates rôtissaient sur un grand grill dans la cuisine, l’ambiance est devenue lugubre lorsque la discussion a passé sur l’Iran.

« Israël ne doit pas écouter les États-Unis, ils doivent s’en tenir à ce que dont nous avons besoin», affirme Shamyen Avraham, 53 ans, propriétaire d’un magasin de vêtements et qui a encore quatre oncles et une tante en Iran. «Même si les États-Unis nous soutiennent, il y a tout simplement des choses que nous ne pouvons pas tolérer. L’Iran a une forte carte dans leur jeu, la plus grande menace pour notre existence », a-t-il ajouté, tout en savourant un repas de brochettes et de riz persan à l’aneth. Le plat du jour était une sauce rouge aux abricots secs et aux pruneaux cuits si longtemps qu’ils avaient fondu.

Avraham dit que bien qu’il ne soit pas un fan de la politique économique de Benjamin Netanyahu, il estime que le Premier ministre a fait de son mieux en ce qui concerne l’Iran. « Il avait toute l’Europe et les Etats-Unis contre lui ».

Barry Avidan, un chorégraphe de Havatzelet Hasharon qui n’est pas d’origine perse mais qui en aime les spécialités culinaires, est du même avis qu’Avraham. « Bibi a fait le mieux qu’il pouvait; vous ne pouvez pas aller contre du monde entier », a-t-il dit. « Peut-être qu’ils doivent attaquer pour que le monde comprenne. Les gens ne voient pas ce danger, ils pensent qu’il s’agit d’un bon accord. »

« C’est comme l’accord avec Hitler [le pacte de non agression germano-soviétique de 1939], tout le monde pensait qu’il était bien, mais il a conduit à la plus grande tragédie dans le monde, » a ajouté Avidan. «Je crains vraiment que tout cela est un grand jeu qui va leur donner plus de temps pour développer la bombe. »

Salami de la rue  Nahalat Binyamin à Tel-Aviv, est l'un des deux restaurants perses se faisant face (Photo: Judah Ari Gross / Times of Israel)

Salami de la rue Nahalat Binyamin à Tel-Aviv, est l’un des deux restaurants perses se faisant face (Photo: Judah Ari Gross / Times of Israel)

Rafi, un avocat de 55 ans, originaire de Jérusalem, qui a refusé de décliner son nom de famille, a dit qu’il veut connaître les motivations «cachées» de l’Amérique pour tant insister sur cet accord. « Comment est-ce qu’un pays qui encourage la terreur dans le monde entier continuera à obtenir de l’argent pour créer plus de terreur dans le monde ?» a-t-il demandé. « Il doit y avoir certains intérêts cachés entre l’Amérique et l’Iran, des intérêts essentiellement économiques. Obama doit penser à Israël – nous sommes la principale victime ici. »

Le soutien financier américain à Israël ne peut pas résoudre tous les problèmes, a ajouté Rafi. « Avec la Corée du Nord, ils ont dit, ‘Oh, ils ne pourront jamais avoir la bombe.» Et maintenant ils l’ont. Ils peuvent faire cet accord, mais celui-ci ne s’empêchera pas hermétiquement l’Iran de se procurer l’arme nucléaire ».

Des clients du restaurant  Salimi se délectent de généreuses portions de riz à la viande pendant que l'accord nucléaire de l'Iran était annoncé à Vienne (Photo: Judah Ari Gross / Times of Israel)

Des clients du restaurant Salimi se délectent de généreuses portions de riz à la viande pendant que l’accord nucléaire de l’Iran était annoncé à Vienne (Photo: Judah Ari Gross / Times of Israel)

Nadav Loren, 28 ans, un homme d’affaires de Rishon Lezion, est venu à manger à Salimi avec ses collègues en l’honneur de l’annonce de l’accord avec l’Iran. «Je suis Perse et j’ai encore de la famille là-bas, mais ils ne ressentent pas de menace et ils ne sont pas touchés par l’annonce de l’accord, » a-t-il dit. « Mon oncle dirige une école juive à Téhéran. Le gouvernement iranien est plus contre le sionisme que contre les Juifs ».

Il reconnait que sa famille en Iran craignait cependant que l’accord risque de mettre en danger l’existence de l’Etat d’Israël.

« Ceci est une erreur historique », a déclaré Loren, faisant écho à la critique de Netanyahu sur l’accord. «Je n’ai pas voté pour Bibi, mais il n’est pas question d’opposition ou de coalition dans cette histoire. Cela laisse notre pays menacé par une attaque nucléaire. « Il a ajouté que peut-être Netanyahu aurait dû se concentrer plus sur des réunions à huis clos avec les politiciens que de faire du bruit dans l’arène publique.

« Je veux dire à Obama, je crois comprendre qu’il a ses raisons, et il veut résoudre les choses diplomatiquement, mais il y a certaines choses que vous ne pouvez pas résoudre diplomatiquement », estime-t-il. « L’accord affirme que l’Iran ne peut pas développer la bombe pendant dix ans, ok. Mais je suis inquiet pour l’avenir de mes enfants. «