« Si j’ai fait cela, c’est pour que d’autres frères m’imitent » : l’agent du renseignement français qui a tenté de négocier la reddition de Mohamed Merah avant sa mort a livré jeudi les dernières confidences du jihadiste, lors du procès de son frère Abdelkader Merah.

« Il voulait savoir quelle faute il avait commise. Si des arrestations avaient eu lieu [et] avaient conduit la police jusqu’à lui », a raconté l’agent présenté sous le seul prénom de Hassan, qui fut pendant des années chargé de surveiller la fratrie Merah.

Cet « analyste opérationnel » avait été appelé à la rescousse par le négociateur de l’unité d’élite du Raid qui cernait le domicile de Mohamed Merah car il connaissait bien sa psychologie.

« Il m’a dit : ‘si j’ai fait cela, c’est pour que d’autres frères m’imitent’. Il voulait servir de modèle », a expliqué l’agent, ajoutant que Mohamed Merah a affirmé avoir agi seul.

Abdelkader Merah, le frère aîné de Mohamed Merah, à son arrivée au tribunal de Paris, le 10 septembre 2012. (Crédit : Kenzo Tribouillard/AFP)

Abdelkader Merah, le frère aîné de Mohamed Merah, à son arrivée au tribunal de Paris, le 10 septembre 2012. (Crédit : Kenzo Tribouillard/AFP)

« Je ne me suis confié qu’à une seule personne : Allah », lui a lancé le jeune Toulousain.

« Une façon pour lui de protéger son environnement », a estimé le policier selon qui Merah a également dit qu’il était « prêt à revendiquer l’entière responsabilité des actes tant que cela ne nuit pas à d’autres musulmans. »

Sur l’attaque le 19 mars 2012 de l’école juive Ozar Hatorah où quatre personnes dont trois enfants – Jonathan, Gabriel et Aryeh Sandler, et Myriam Monsonégo – ont été tués, l’agent a déclaré que cette cible faisait partie des objectifs initiaux de Merah même si l’attaque a été improvisée à la dernière minute.

« Ce n’était pas prémédité, enfin si, je comptais le faire mais pas ce jour là », lui a confié Mohamed Merah, qui avait prévu de tuer deux autres militaires absents de leur domicile.

Les portraits des sept victimes de Mohamed Merah pendant une cérémonie de commémoration organisée par le CRIF à Toulouse, le 19 mars 2014. (Crédit : Rémy Gabalda/AFP)

Les portraits des sept victimes de Mohamed Merah pendant une cérémonie de commémoration organisée par le CRIF à Toulouse, le 19 mars 2014. (Crédit : Rémy Gabalda/AFP)

Sur son voyage au Pakistan, où Merah s’est fait adouber par un groupe proche d’Al-Qaïda en novembre 2011, le policier estime que le tueur bénéficiait forcément d’une recommandation.

« C’est très compliqué d’entrer en contact avec des dirigeants d’Al-Qaïda. S’il a pu le faire, c’est qu’il avait un blanc-seing », a-t-il dit.

« Ce contact a-t-il pu lui être donné par son frère Abdelkader ? » lui a demandé le président de la cour, Franck Zientara.

« Abdelkader Merah a fréquenté pendant deux ans une école islamique au Caire. Il a forcement tissé des liens qui ont pu lui permettre d’ouvrir des portes », a répondu l’agent.

Onze jours avant d’être tué par la police, Mohamed Merah avait abattu, à Toulouse et Montauban en mars 2012, trois militaires – Imad Ibn Ziaten, Abel Chennouf, et Mohamed Legouad, ainsi que trois enfants et un professeur dans une école juive.

L’enjeu principal du procès sera de déterminer le rôle exact joué par son frère Abdelkader Merah, 35 ans.