L’ancien procureur général israélien, Michael Ben Yair, a exhorté le Parlement européen à reconnaître officiellement l’Etat de Palestine.

Ben Yair a rédigé un article pour l’EUobserver publié vendredi. L’EUobserver est un journal en ligne indépendant qui couvre la vie politique de l’Union européenne. Il soutient dans cet article qu’Israël impose un « régime d’apartheid » en Cisjordanie et affirme que le « peuple palestinien a le droit d’avoir un Etat ».

« Le sionisme politique qui cherche à mettre fin à la persécution des Juifs en établissant un Etat pour construire une vie politique juive et qui cherche à concrétiser son affiliation nationale et historique à la terre d’Israël ne doit pas se faire aux dépens d’une autre nation », écrit Ben Yair.

Le Parlement européen doit se réunir jeudi à Strasbourg pour voter une motion reconnaissant l’Etat palestinien. Même si la formulation de la motion n’est pas encore finalisée, il semblerait que l’Etat palestinien serait reconnu avec les frontières de 1967 et Jérusalem comme capitale.

Plus de 700 artistes, célébrités et profesionnels israéliens – dont des anciens officiers de l’armée, des ambassadeurs et des membres de la Knesset – ont signé une pétition pour exhorter le Parlement de l’Union européenne à soutenir cette motion.

Une proposition similaire a été présentée au Parlement français. Elle sera débattue vendredi et soumise au vote le mardi suivant, le 2 décembre.

L’ancien procureur général, connu pour son franc-parler, était en fonction de 1993 à 1996. Il ajoute au sujet du sionisme politique qu’il n’ « aspire [pas] à établir un Etat dans les frontières bibliques de la ‘Terre promise’ » et que le sionisme politique n’implique pas un contrôle des Lieux saints, dont le Tombeau des patriarches, un monument sacré qui se situe dans la ville de Hébron en Cisjordanie. Il est censé être le lieu où ont été enterrés six des sept patriarches et matriarches de la religion juive.

Cette tombe est sacrée aussi bien pour le judaïsme que dans l’islam et a été l’épicentre des violences. Ben Yair est célèbre pour avoir demandé en 1994 au Premier ministre de l’époque, Yitzhak Rabin, d’expulser tous les résidents juifs vivant à Hébron. Sa demande fait suite à l’assassinat de 29 fidèles palestiniens qui ont été tués par Baruch Goldstein, un juif extrémiste originaire des Etats-Unis. Il a commis cet acte à l’intérieur du sanctuaire et a blessé 125 autres fidèles lors de cette attaque.

Dans son article, Ben Yair, considère que sous couvert d’une politique sécuritaire, Israël a transformé la Cisjordanie en un « Etat colonial ». Il ajoute que la résistance palestinienne est l’expression de la lutte pour la « libération nationale » qui, au final, finira par se concrétiser.

« La seule question qui reste est de savoir quel sera le prix sanglant que les deux nations paieront jusqu’à la libération du peuple palestinien ? », s’interroge-t-il.

« Avec cette occupation prolongée, nous ne perdons pas seulement le fondement moral de l’existence d’Israël qui est censé avoir une société libre et juste. Mais nous mettons sérieusement en péril les chances que notre Etat puisse exister durablement », écrit Ben-Yair.

Il salue la mesure prise par le Royaume Uni, la Suède, l’Irlande et l’Espagne pour reconnaître l’Etat palestinien : « Cette étape est non seulement juste, mais protège aussi les intérêts sécuritaires nationaux des deux nations ».

En avril 2013, Ynet a attiré l’attention des lecteurs sur des commentaires que l’ancien procureur général avait postés sur Facebook. Il a affirmé que les implantations en Cisjordanie « étaient les actes les plus mauvais et les plus déraisonnables depuis la fin de la Seconde Guerre
mondiale ».

Lorsqu’on lui a demandé si les implantations en Cisjordanie étaient pires que le régime de Pol Polt au Cambodge, le règne de Staline dans l’Union soviétique ou le génocide du Darfour, Ben Yair a réitéré ses affirmations.

Il a ajouté que « le mouvement d’implantation est un acte politique mis en place par un Etat contre un peuple et c’est donc l’acte le plus immoral et le plus mauvais mis en place depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ».