Après que sa petite-amie l’a traité de « juif sioniste », « amoureux des juifs », un arabe israélien serait l’auteur de deux fusillades, tuant une personne et en blessant gravement une autre, dans la ville portuaire de Haïfa au début du mois, selon le service de sécurité du Shin Bet.

Lundi, le suspect – Muhammad Shinawi, 21 ans – a été accusé d’homicide et tentative d’homicide par le tribunal de Haïfa, aidé par deux complices.

Yehiel Iluz, 48 ans, juge dans un tribunal rabbinique de Haïfa spécialisé dans les conversions, a été légèrement blessé le 3 janvier, à 9h30 au cours de la première fusillade, sur la rue Haatzmaout. Quelques minutes plus tard, le tireur a ouvert le feu sur une femme juive, mais a raté son tir. Peu après, Guy Kafri, un chauffeur routier du quartier de Nesher a Haïfa, a été tué par balle dans la rue Hagiborim.

Durant son interrogatoire, Shinawi a déclaré que ces attentats étaient « motivés par un sentiment nationaliste et une haine des juifs », comme l’a relayé le Shin Bet lundi dans un communiqué.

Après l’attaque, Shinawi aurait caché l’arme semi-automatique de type Carlo, une arme illégale, artisanale et peu onéreuse, utilisée dans l’attaque, avec d’autres de ses possessions, dans un bosquet près de la maison de ses parents, a indiqué le Shin Bet.

Selon le Shin Beth, Shinawi avait adhéré à des croyances de l’islamisme radical peu avant de perpétrer ces attaques, et qu’il considérait les juifs comme des « mécréants qui méritent la mort ».

Scène de l'une des deux fusillades de Haïfa, le 3 janvier 2017. (Crédit : porte-parole du Magen David Adom)

Scène de l’une des deux fusillades de Haïfa, le 3 janvier 2017. (Crédit : porte-parole du Magen David Adom)

L’élément « déclencheur » de l’attaque, selon le Shin Bet, a été la petite-amie de Shinawi, qui l’a traité de « juif sioniste » et « amoureux des juifs ».

À 3h30 du matin, juste avant l’attaque, Shinawi aurait demandé à son frère, mineur, qui n’était pas au courant de ses projets, de lui donner l’arme de type Carlo que leur grand frère avait achetée en 2015 et qu’il cachait dans l’appartement de leurs parents.

Ils se sont rencontrés et Shinawi a pris l’arme chargée, et a mené les fusillades ce matin même, selon l’inculpation.

Deux autres hommes, Khaled bin Atef Abu Kleib, 21 ans, et Ihab bin Ayoub Yusef, 20 ans, ont participé à l’attaque et ont été accusés lundi.

Muhammad Shinawi, accusé d'homicide et de tentative d'homicide pour trois attaques dans la ville de Haïfa le 3 janvier 2017. (Crédit : réseaux sociaux)

Muhammad Shinawi, accusé d’homicide et de tentative d’homicide pour trois attaques dans la ville de Haïfa le 3 janvier 2017. (Crédit : réseaux sociaux)

Quelques heures après la fusillade, alors que les forces de sécurité cherchaient l’attaquant, ils ont perquisitionné la maison de Yusef et lui ont montré, ainsi qu’à sa famille, une photo de Shinawi. Ils leur ont demandé s’ils le reconnaissaient. Yudef a déclaré qu’il ne le connaissait pas, « dans une tentative de nuire à l’enquête », a indiqué l’inculpation.

Peu après, Yused a averti Abu Kleib que la police était à la recherche de Shinawi. Abu Kleib a ensuite effacé des photos qui le montraient en compagnie de Shinawi. Selon le procureur, il s’agit d’une « tentative d’entraver l’enquête ».

Plus tard dans la soirée, Shinawi a pris contact avec Abu Kleib et Yusef et leur a demandé de l’aider à voler un cyclomoteur appartenant a un livreur.

Shinawi a également demandé à Yusef de lui amener un couteau de boucher de 35 centimètres, pour sa « protection personnelle » et a demandé à Abu Kleib de lui fournir de la marijuana, selon l’inculpation.

Ils se sont rencontrés dans la voiture d’Abu Kleib au abords de la ville de Haïfa et se sont rendu à l’endroit où Shinawi a volé le cyclomoteur appartenant à un arabe israélien, selon Odeh.

Shinawi a passé la nuit du 3 au 4 janvier dans une mosquée. Le lendemain, il s’est rendu à Jérusalem pour prier dans une mosquée de la Vieille Ville.

Il est revenu à Haïfa le soir même et a passé la journée du 5 janvier à errer dans la ville, avant de se rendre chez son oncle dans le village arabe de Jadeidi-Makr, près d’Akko.

Shinawi, qui sentait « l’étau de la chasse à l’homme se resserrer », s’est rendu à la police la nuit du 5 janvier, a déclaré la police.

Shinawi a été accusé du meurtre de Kafri et de tentative d’homicide d’Iluz, avec un « mobile nationaliste », du vol du cyclomoteur et d’autres inculpations moindres pour possessions d’armes illégales.

Abu Kleib et Yusef ont été inculpés de complicité, d’avoir acheté une substance illégale et d’obstruction à la justice.

Shahar Dror, beau-frère du défunt, avait déclaré dans l’oraison funèbre que Kafri a été tué simplement parce qu’il était juif. « C’était un homme bien, qui aidait tout le monde », avait-il affirmé sur la Deuxième chaîne après l’attentat.

La famille et des amis se sont rassemblés lors des funérailles de Guy Kafri, assassiné lors de la fusillade survenue à Haïfa, dans un cimetière de la communauté d'Ofer, au sud de Haifa, le 5 janvier 2017 (Crédit : Basel Awidat/Flash90)

La famille et des amis se sont rassemblés lors des funérailles de Guy Kafri, assassiné lors de la fusillade survenue à Haïfa, dans un cimetière de la communauté d’Ofer, au sud de Haifa, le 5 janvier 2017 (Crédit : Basel Awidat/Flash90)

Iluz, qui a été blessé dans la première attaque, est père de 7 enfants, et vit à Migdal Haemek, en Galilée. Il travaille un jour par semaine à Haïfa.

Les rapports préliminaires indiquaient une fausse identité, un éventuel règlement de comptes, mais l’enquête a progressé et la police a commencé à étudier la piste de l’attentat terroriste.

Les voisins et résidents ont montré leur surprise quand Shinawi a été montré du doigt.

Rafat Asadi, un avocat qui vit dans le quartier, a déclaré à Ynet qu’il a été très surpris en apprenant l’identité du suspect, un « étudiant respectable » qui vient « d’une famille complètement normale, exemplaire, sans démêles avec la justice ».

En 2006, Shinawi avait ouvert le feu sur la voiture d’une famille juive durant la Seconde guerre du Liban, selon le Shin Bet.

La vague d’attaques au couteau, à la voiture-bélier et de fusillades principalement par des attaquants palestiniens qui a commencé il y a un an a connu une baisse ces six derniers mois, mais des incidents ponctuels persistent. Plusieurs attaquants étaient des Arabes israéliens.

Depuis octobre dernier, 36 Israéliens, 2 Américains et un ressortissant érythréen ont été tués lors d’attaques au couteau, à la voiture bélier ou de fusillades.

Selon les chiffres de l’AFP, près de 238 Palestiniens, Jordaniens, et un migrant soudanais ont également été tués.
Israël indique que la plupart d’entre eux ont été tués alors qu’ils étaient en train de perpétrer une attaque terroriste, ou lors d’affrontements avec les troupes de l’armée en Cisjordanie ou aux abords de Gaza, ou encore lors de frappes aériennes de l’armée sur la bande de Gaza.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.