WASHINGTON — Les électeurs se sont rendus mardi aux urnes lors d’un scrutin partiel en Géorgie où un politicien juif novice est donné pour favori et dont la victoire – comme l’espèrent de nombreux démocrates – pourrait devenir le signe-avant coureur d’un mouvement anti-Trump.

La course au Congrès pour la succession de l’ancien représentant de Géorgie, le républicain Tom Price, qui a été choisi par Donald Trmp pour devenir secrétaire à la Santé et aux services à la personne, est au centre de l’attention nationale. En effet, nombreux sont ceux qui discernent dans ce scrutin des implications plus larges pour les démocrates qui pourraient peser lors des élections de la mi-mandat, en 2018.

A la tête des 18 candidats en lice pour le Capitole, il y a Jon Ossoff, réalisateur de films documentaires âgé de 30 ans et ancien assistant au Congrès.

Ce politicien néophyte – il n’a jamais encore été élu – a transmis durant sa campagne un message anti-Trump sans ambiguïté ni équivoque. Son slogan pour courtiser les électeurs : « Rendre Trump furieux ».

Il pourrait d’ores et déjà avoir atteint cet objectif. Alors que les sondages le placent largement en tête, le président a déjà commencé à l’attaquer.

« Le Démocrate Jon Ossoff serait un désastre au Congrès », a tweeté Trump dans la matinée de mardi. « TRES faible sur les crimes et l’immigration illégale, mauvais sur les emplois, veut élever les impôts. Dites NON ».

Trump a également enregistré un message audio transmis par appel robotisé aux électeurs du district. « Les Démocrates libéraux venant de l’extérieur de la Géorgie dépensent des millions et des millions de dollars pour tenter de vous ôter votre siège républicain au Congrès », dit-il. « Ne les laissez pas faire ».

L’avance d’Ossof dans les sondages est à la fois une surprise et un signe inquiétant pour les républicains qui, au cours des 39 dernières années, n’ont eu que peu de motifs d’inquiétude concernant le fauteuil du 6ème district de Géorgie, une banlieue aisée et tranquille aux abords d’Atlanta, au Congrès.

Depuis 1979, ce fauteuil à la Chambre est occupé par un républicain. Cela a été le cas notamment du président de la Chambre Newt Gingrich qui n’a pas eu, comme les autres, à lutter beaucoup contre ses opposants démocrates lors de l’élection générale.

Le président américain Donald Trump pendant un entretien accordé à Fox News, le 26 janvier 2017. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Le président américain Donald Trump pendant un entretien accordé à Fox News, le 26 janvier 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Mais la semaine dernière, une enquête réalisée par l’Emerson College révélait qu’Ossoff bénéficiait d’un soutien de 43 % des électeurs potentiels, tandis que la candidate la plus proche de lui – l’ancienne secrétaire d’état de Géorgie Karen Handel – stagne à 17 %.

Il est encore trop tôt pour qu’Ossoff — qui est Juif russe et d’ascendance juive lituanienne – puisse crier victoire. La règle de cette élection établit que le candidat vainqueur doit recevoir la majorité des votes.

« Nous nous dirigeons très certainement vers une victoire absolue ici aujourd’hui. Mais les élections partielles sont particulières. C’est compliqué de faire des prévisions », a expliqué Ossof mardi à CNN.

« C’est la participation des électeurs qui décidera. Parce que tout dépend du taux de participants – la chose la plus importante que puissent faire les gens, c’est de se rendre aux urnes ».

Ossoff, qui est le favori d’un scrutin à 18 candidats, tente également d’amoindrir la perception selon laquelle il pourrait incarner la figure de proue d’un mouvement anti-Trump. Il rappelle ainsi que ce scrutin concerne des questions économiques locales « avant de concerner l’arène politique nationale ».

« Tout le monde cherche des implications nationales mais toute la politique concernée est locale », a-t-il expliqué.

Si aucun candidat ne dépasse le seuil des 50 %, les deux favoris prendront part à un second tour en date du 20 juin.

Ossoff est en bonne position pour une campagne plus longue. Jusqu’à présent, il a levé la somme de 8,3 millions de dollars en dons, en particulier de la part de contributeurs qui ne résident pas dans l’état.

Le lauréat de l’université de Georgetown a incontestablement bénéficié de l’aide de célébrités désireuses de stimuler sa campagne.

L’acteur de Hollywood Samuel L. Jackson a apporté son soutien à Ossoff, recommandant vivement aux électeurs d’oser défier le président actuel.

« Souvenez-vous de ce qui est arrivé la dernière fois que les gens sont restés chez eux », a-t-il dit dans une annonce faite à la radio. « On s’est retrouvés coincés avec Trump. Nous devons canaliser notre désir de vengeance et notre furieuse colère envers cette administration à travers nos votes dans les urnes ».

L’expression « notre désir de vengeance et notre furieuse colère » est empruntée à un monologue célèbre prononcé par l’acteur dans le film « Pulp Fiction » réalisé par Quentin Tarantino en 1994.

Les groupes républicains nationaux ont eux aussi lancé leurs attaques. Le CLF (Congressional Leadership Fund), aligné sur le parti républicain, a d’ores et déjà dépensé deux millions de dollars en publicités négatives contre Ossof.

Cette élection en Géorgie survient une semaine après la tenue d’un scrutin similaire dans le quatrième district du Kansas, au cours duquel le républicain Ron Estes s’est incliné face à son adversaire démocrate James Thompson. En période ordinaire, un candidat républicain aurait pris peu de risque dans cette zone conservatrice du Midwest.

Cette élection avait eu lieu pour trouver un successeur à l’ancien représentant Mike Pompeo, nouveau directeur de la CIA (Central Intelligence Agency) à l’ère de Trump.

L’AFP a contribué à cet article