Un célèbre chanteur israélien, qui a reçu un prix public pour l’accomplissement de toute une vie, ne s’est pas rendu lundi à la remise du prix, après avoir été accusé d’avoir harcelé sexuellement des mineures il y a des dizaines d’années.

Shlomo Gronich, 68 ans, a été récompensé du prestigieux Prix pour la Culture juive, associé à une somme de 150 000 shekels. Il n’a cependant pas accepté cette récompense, c’est son épouse, Michal Adler, qui a reçu le prix en son nom.

La première plainte contre Gronich a récemment fait parler d’elle, quand une femme a demandé au ministère de l’Education de ne pas récompenser Gronich, affirmant qu’il l’avait harcelée sexuellement il y a 25 ans, alors qu’elle était âgée de 17 ans.

Une autre femme a dit lundi à la Deuxième chaîne que Gronich l’avait droguée et avait tentée de la violer quand elle était mineure.

« J’avais 16 ans, j’étais à son concert, et je rêvais de devenir moi aussi une chanteuse à succès, a-t-elle dit. Je suis allée le voir après le concert et je lui ai demandé si je pouvais lui jouer mes chansons. Il m’a dit ‘avec plaisir’ et m’a donné son numéro de téléphone. »

Michal Adler, l'épouse du chanteur Shlomo Gronich, a accepté en son nom le Prix de la culture juive du ministère de l'Education, avec Naftali Bennett, à Jérusalem, le 25 septembre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Michal Adler, l’épouse du chanteur Shlomo Gronich, a accepté en son nom le Prix de la culture juive du ministère de l’Education, avec Naftali Bennett, à Jérusalem, le 25 septembre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La femme a ensuite décrit comment le chanteur l’avait invitée chez lui.

« Je suis venue jouer mes chansons pour lui, et il m’a proposé de l’herbe ou du haschich, et il y avait peut-être même de la cocaïne, et il a commencé à me caresser », a dit la femme, dont le visage était masqué et la voix modifiée. « Peut-être que j’ai bu quelque chose, ou peut-être qu’il a mis quelque chose dans mon verre, je sais juste que je ne me souviens pas comment je me suis retrouvée nue dans son lit. »

« Il m’a proposé quatre sortes de préservatifs, il y a eu une tentative de pénétration, sans succès, le corps ne l’a simplement pas permis », a-t-elle dit.

Adler, qui est aussi musicienne, a accepté le prix au nom de son mari, et a dit au public à quel point elle était fière de lui.

« Mon mari mérite ce prix et je viens ici avec fierté et en faisant pleinement confiance à Shlomo, qui a tant donné à ce pays, a-t-elle dit. Je ne suis pas inquiète, tout va bien. »

La première femme avait demandé à Naftali Bennett, le ministre de l’Education, de ne pas décerner ce prix à Gronich.

« Quand j’ai découvert que le ministère de l’Education avait prévu de remettre [ce prix] à Gronich, je suis nerveuse et en émoi », a-t-elle écrit à Bennett.

« On m’avait envoyée pour le rencontrer au nom d’un mouvement de jeunesse dont j’étais membre, et il s’était permis des remarques sexuelles totalement inappropriées dans la conversation, et a brusquement touché ma poitrine, de manière humiliante. M. le ministre, s’il-vous-plait, annulez la remise du prix », a-t-elle écrit.

La femme, dont le nom n’a pas été cité dans les médias israéliens, a porté plainte contre le chanteur. Elle a aussi lancé une campagne sur les réseaux sociaux pour rendre ses accusations publiques, dans l’espoir que d’autres victimes, dont elle dit savoir qu’elles existent, se fassent connaître. Elle a commencé sa campagne il y a quelques semaines, quand Gronich a été annoncé comme le récipiendaire du prix prestigieux.

Le ministère de l’Education, qui remet le prix, a indiqué qu’il allait étudier le sujet.

« J’ai reçu des informations d’autres filles, des informations spectaculaires, mais je ne veux pas ruiner leurs vies privées », a écrit la femme sur Facebook, a indiqué la Deuxième chaîne. « Nous briserons le silence autour de cette histoire. Peut-être que cela soulagera nos cœurs. Les gens qui harcèlent, qui violent, ne méritent aucun prix. »

La femme a dit lundi au site d’informations Ynet que Gronich était venu voir un spectacle du groupe de jeunes dans lequel elle jouait, et qu’elle lui avait dit qu’elle avait écrit un poème qu’elle voulait mettre en musique. Il l’avait invitée chez lui, ils avaient regardé un film et mangé du raisin.

« Pendant le film, il a pris un raisin et l’a roulé sur ma poitrine. J’ai été très choquée. Je me suis levée et j’ai pris un taxi pour rentrer chez moi », a dit la femme.

Une femme nommée Rina Rada, qui dit avoir chanté dans une chorale dirigée par Gronich pendant une dizaine d’années, a défendu le chanteur.

Elle a écrit sur sa page Facebook que, quand elle était à la chorale, Gronich était comme un père pour elle et les autres choristes.

Elle a ajouté avoir été choquée par les accusations, et que son expérience était totalement contraire.

Le poète Meir Wieseltier, une connaissance de Gronich, a lui aussi balayé les accusations lundi, suggérant que la femme cherchait à se venger des critiques de Gronich sur ses capacités de chanteuse.

« Cela ressemble à une femme qui se venge parce qu’il l’a insultée quand il a dit qu’elle ne serait jamais chanteuse », a-t-il dit à la radio militaire.

La police a précisé qu’elle devait encore clarifier si un crime avait été commis, sur la base de ce que la femme lui a dit, et que la prescription pourrait s’appliquer. La police n’a pas encore décidé si elle allait interroger Gronich, a annoncé Haaretz.