BUDAPEST — Le président du parti hongrois d’extrême-droite Jobbik, dont les leaders se sont souvent exprimés contre les Juifs, Israël et le sionisme, a annoncé que sa formation ne tiendrait dorénavant plus l’Etat juif à l’écart.

Gabor Vona, qui le mois dernier a fait parvenir pour la première fois les vœux de son parti à deux rabbins hongrois à l’occasion de Hanoukka, a fait cette déclaration dans une interview publiée mercredi par Reuters.

“Si nous sommes en désaccord, nous voulons pouvoir critiquer Israël comme nous critiquons la Suède ou l’Allemagne. Mais naturellement, nous respectons le droit de l’Etat juif à exister, à former sa propre identité, ses propres opinions et à articuler ses intérêts”, a dit Vona.

Les vœux formulés pour Hanoukka et cette déclaration sur Israël entrent dans le cadre d’un effort de réhabilitation de l’image du parti en amont des élections générales de 2018, selon Reuters.

Slomo Koves, l’un des rabbins qui a reçu les vœux de Vona pour Hanoukka, a mis en doute la sincérité de cette démarche en citant le riche passé de Jobbik “en tant que parti antisémite”.

Dans une interview accordée à JTA, Koves a noté plusieurs incidents antisémites qui impliquaient des membres de Jobbik, évoquant notamment la promesse faite en 2014 par Vona de « démissionner immédiatement si quelqu’un devait trouver dans mes origines une ascendance juive ».

L’année dernière, Vona avait réaffirmé cet engagement dans un entretien.

“Jobbik a joué un double jeu : Aborder du bout des lèvres les valeurs démocratiques pour passer pour un parti populaire et accéder au pouvoir, tout en laissant entendre à l’opinion publique qu’il ne fallait pas prendre ce type de propos trop au sérieux », a commenté Koves.

Certains partisans de Jobbik se sont opposés aux vœux envoyés pour Hanoukka mais Vona, dans l’interview accordée à Reuters, a répété ne pas regretter cette initiative.

« Nous avons eu raison de faire ce que nous avons fait pendant les fêtes », a-t-il dit. « Si vous voulez gouverner, vous avez besoin d’établir un partenariat avec tous les groupes religieux et autres. Je referai également la même chose (envoyer des vœux) lors des prochaines fêtes. »

En 2012, un parlementaire issu de Jobbik avait appelé à faire inscrire les Juifs hongrois en tant que menaces à la sécurité nationale, même s’il avait ultérieurement expliqué avoir voulu parler des Israéliens.

L’année dernière, Laszlo Benke, un conseiller municipal de Jobbik à Budapest, s’était vanté d’avoir refusé de se lever lors des funérailles d’un rabbin. Le parti avait alors pris sa défense.

En 2012 également, Marton Gyongyosi, responsable des Affaires étrangères au sein de la formation d’extrême-droite, avait expliqué : “Le peuple perse et ses leaders sont considérés comme des parias aux yeux de l’Occident qui est au service des intérêts israéliens. C’est pourquoi nous affirmons être solidaires de la nation pacifique de l’Iran et nous lui ouvrons notre cœur”.

Cette même année, Gyongyosi avait organisé une tournée de conférences nationale sur le thème : “La paix du monde menacée par le sionisme”.

Les articles anti-juifs et anti-israéliens représentent encore plus de 30 % des parutions qui sont publiées sur le site Internet en langue anglaise du parti.