La saison annuelle culturelle à Jérusalem bat son plein, en nous donnant notamment l’opportunité de visiter des endroits moins connus de la ville et de découvrir du théâtre alternatif, des concerts à l’aube et des sets de DJ de fin de soirée.

L’une des pièces maîtresse de ce festival qui s’appelle Mekudeshet [mission sacrée] et qui court sur trois semaines, est le concert que jouera, jeudi, l’Orchestre de Jérusalem est-ouest (connu auparavant sous le nom d’orchestre andalou de Jérusalem).

Cet événement nous laisse imaginer à quoi pourrait ressembler un Moyen Orient pacifique et coopératif, affirme le directeur artistique de Mekudeshet, Itay Mautner. L’orchestre jouera une musique issue de l’ensemble du Moyen-Orient. L’installation artistique consistera en des oeuvres d’artistes et de créateurs originaires de Beyrouth, Téhéran et d’autres villes arabes.

Cette performance s’appelle « Kulna », un terme arabe qui veut dire « nous tous ».

« Je peux faire venir n’importe quel musicien en provenance de l’Europe ou des Etats-Unis mais je ne peux pas faire venir qui que ce soit de notre voisinage direct », explique Mautner. « Or, la culture, la musique, les aspects culturels qui résultent du fait de se trouver à Damas ou à Beyrouth viennent à nous malgré les frontières et cette nuit cherche simplement à célébrer ce qui nous rassemble ».

Une répétition de l'orchestre de Jérusalem Est-Ouest (Crédit : Gil Rouvio/Mekudeshet)

Une répétition de l’orchestre de Jérusalem Est-Ouest (Crédit : Gil Rouvio/Mekudeshet)

Les habitants de Jérusalem doivent être encouragés à réfléchir aux éléments culturels et artistiques des pays avoisinants plutôt que de se concentrer sur la guerre et les inquiétudes sécuritaires, exhorte Mautner.

« Nous sommes ensemble dans cette région », poursuit Mautner. « Un artiste qui dessine un graffiti à Beyrouth se trouve sous le même soleil, sur la même terre. Bien sûr, [Hassan] Nasrallah [chef du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah] est là, mais ce n’est pas seulement Nasrallah ».

Le concert tire également ses inspirations dans les pays voisins.

C’est la première fois que l’orchestre interprétera la musique qui sera jouée lors de ce concert, dit le chef d’orchestre Tom Cohen.

« C’est une musique de toute la région, du Liban, de Syrie, d’Israël, de la Palestine, de l’Egypte. Une partie a été écrite ici et maintenant, une autre il y a 100 ans en Egypte », indique Cohen, qui travaille sur le projet depuis les six derniers mois. « Nous essayons d’imaginer le Moyen Orient tel qu’il serait si nous avions tous vécu dans l’harmonie, comme un orchestre ».

Il y aura des chansons en arabe et en hébreu, et des chanteurs – notamment le chanteur religieux juif Ziv Yehezkel et l’arabe israélienne Nasreen Qadri.

Un autre objectif de l’événement, ajoute Mautner, et l’un des objectifs de Mekudeshet, est de rassembler les gens à Jérusalem. La majorité des spectateurs de Mekudeshet sont de jeunes juifs israéliens mais les organisateurs de « Kulna » espèrent que la musique orientale traditionnelle attirera un public plus âgé et davantage d’arabes israéliens.

Malgré la réputation de Jérusalem de ville divisée et en proie aux tensions, il existe un niveau de coopération significatif au sein de la municipalité et les résidents sont en train de redéfinir ce qu’est le pluralisme, dit Mautner. L’orchestre, par exemple, comprend des Juifs, des musulmans et des chrétiens, des musiciens de l’ex-Union soviétique, issus des villages arabes israéliens et des communautés laïque et religieuse, précise Cohen.

Le recours à l’arabe dans la musique comme dans les documents imprimés du festival Mekudeshet est également significatif.

Le directeur sortant de Mekudeshet Itay Mautner lors d'une saison récente de Mekudeshet (Autorisation : Itay Mautner/Facebook)

Le directeur sortant de Mekudeshet Itay Mautner lors d’une saison récente de Mekudeshet (Autorisation : Itay Mautner/Facebook)

« Cela fait partie de la dédiabolisation des lettres et du son arabes », déclare Mautner. « La jeune génération, elle entend parler arabe et elle pense que quelqu’un va l’assassiner. C’est la première idée que nous avons de la langue de l’endroit dont nos ancêtres étaient originaires ».

Les organisateurs ont décidé d’utiliser le mot arabe « kulna » plutôt que « koulanou », en hébreu, pour l’intitulé de l’événement afin d’élargir le public qui y assistera. Le festival Mekudeshet fait un effort pour toucher les communautés arabe et haredim de Jérusalem, ajoute-t-il, et s’assure de publier tous ses documents écrits en hébreu et en arabe.

« Nous utilisons beaucoup de mots arabes sans même savoir qu’ils le sont. Peut-être ‘kulna’ pourrait faire partie de ce genre de mots, comme ‘yalla’, comme un si grand nombre », dit Mautner.

Les portes s’ouvriront pour « Kulna » à 18h30 au parc Mitchell de Jérusalem. L’entrée coûte 80 shekels.