Une confrontation acharnée entre deux entreprises, qui a des implications sur l’avenir du plus grand conglomérat de Corée du Sud, a pris une tournure inattendue ces derniers jours, avec des mises en garde apparaissant dans les médias qui évoquent la puissance « impitoyable et sans merci » d’une infâme « alliance juive ».

Le 17 juillet, les actionnaires de Samsung C & T, une entreprise de construction qui fait partie du vaste et tentaculaire empire sous le contrôle du groupe Samsung, devraient voter la fusion avec Cheil Industries, une autre filiale de Samsung.

La fusion fait partie d’une consolidation compliquée, en cours au sein du réseau de quelque 80 entreprises liées les unes aux autres, qui est destinée à assurer que le contrôle de la société reste entre les mains de la famille fondatrice avant la mort attendue de son patriarche de 73 ans qui est aussi le président du conglomérat de Samsung et l’homme le plus riche de la Corée du Sud – Lee Kun-hee.

Le critique le plus virulent de la fusion est le fond d’investissement basé à New York, Elliott Associates, qui détient 7 % de Samsung C & T. Il prétend que les termes de la fusion dévaluent considérablement les actions de C & T, favorisant les actionnaires de Cheil, qui est détenu à 42 % par la famille Lee, selon les articles des médias. La famille Lee contrôlerait la société C & T après la fusion.

Cette dispute est scrutée minutieusement en Corée du Sud. Samsung est le plus grand chaebol – terme coréen qui désigne les conglomérats familiaux qui dominent, dont certains diront plutôt étouffent, l’économie du pays – de Corée du sud. L’accusation d’Elliott – que la fusion C & avec Cheil est destinée à favoriser les besoins des actionnaires qui contrôlent, les membres de la famille Lee, plutôt que le bien-être à long terme des deux entreprises ou les investissements des actionnaires minoritaires a touché une corde sensible en Corée.

Le président du groupe Samsung Lee Kun-hee à Washington le 8 mai 2013 (Crédit : Chong Wa Dae / Wikipedia / Flickr / CC BY-SA 2.0)

Le président du groupe Samsung, Lee Kun-hee, à Washington, le 8 mai 2013 (Crédit : Chong Wa Dae / Wikipedia / Flickr / CC BY-SA 2.0)

Le Service national des retraites coréen (NPS), qui détient une participation de 10 % dans le capital de C & T, devrait détenir le vote décisif lors de la réunion des actionnaires de la semaine prochaine.

NPS n’a pas encore annoncé comment il allait voter, mais mercredi des rumeurs rapportées par les médias coréens indiquaient que le cabinet de conseil Korea Corporate Governance Service (KCGS) avait recommandé à NPS de rejeter la fusion.

Dans la mesure où la recommandation KCGS est censée être confidentielle, le simple fait qu’elle a été divulguée est considéré par certains observateurs comme une indication qu’il y a une lutte au sein de NPS autour du vote, une lutte qui a débordé dans les médias tels que MoneyToday (lien en coréen), un des plus importants sites d’informations économiques du pays.

Ce qui a commencé comme un duel entre des investisseurs rivaux sur les termes financiers d’une fusion s’est transformé en une guerre de cultures, dressant les uns contre les autres les attentes d’une coalition hétéroclite d’investisseurs étrangers et de minorités – des entreprises occidentales tels qu’Elliott, soutenues par des groupes locaux populistes de Corée du Sud et des investisseurs C & T, dont l’un d’eux a été décrit par le Wall Street Journal comme étant composé de « 2 500 retraités, de professionnels et autres… suivant l’exemple d’Elliott » – contre la culture des vieilles familles à la tête des conglomérats.

Tandis que l’importance de la fusion a été amplifiée par ces tensions sociales et culturelles, certains journalistes sud-coréens ont commencé à souligner le fait que la plus importante entité qui compromette la fusion, Elliott Associates, était dirigée par un Juif, Paul Singer.

Un site d’informations sud-coréen, Mediapen.com, a été franc sur la fusion C & T-Cheil. Au moment de la rédaction de cet article, mercredi soir, le site n’affichait pas moins de cinq articles consacrés à Samsung sur sa page d’accueil, l’un établissant un profil éclatant du leadership de l’entreprise Samsung et les quatre autres exprimant leur soutien à la fusion.

Parmi ces articles, il y a avait dimanche un article écrit par le journaliste Kim Ji-ho (lien en coréen), qui évoquait la querelle Elliott-Samsung en termes crus.

« Les Juifs sont connus pour exercer un pouvoir énorme à Wall Street et dans les milieux financiers mondiaux », a débuté Kim. « C’est un fait bien connu que le gouvernement américain est influencé par le capital juif. »

S’insurgeant contre l’Institutional Shareholder Services, ou ISS, un cabinet consultatif qui a publié une analyse sur la fusion qui était d’accord avec les affirmations d’Elliott sur la sous-évaluation de C & T, Kim a expliqué aux lecteurs de Mediapen que l’ISS avait pris le parti d’Elliott parce que les deux représentaient « l’argent juif ».

« La justification de l’hypothèse que l’ISS est favorable aux allégations d’Elliott est que l’ISS, comme Elliott, est fondée sur de l’argent juif. Le PDG d’Elliott est Paul Singer, un Juif. L’ISS est une filiale de MSCI, qui est détenue principalement par des actionnaires juifs », écrit-il. Et il a ajouté : « L’opposition de l’ISS à la fusion peut être interprétée dans le sens de l’alliance juive. L’argent juif a longtemps été connu pour être impitoyable et sans pitié. »

Times of Israël n’a pas cherché à savoir si MSCI, anciennement Morgan Stanley Capital International, mais qui n’est plus affiliée à Morgan Stanley, était une « propriété juive », mais peut confirmer qu’il ne possède pas l’ISS, qui a été vendu en avril 2014.

Le vitriol dans la colonne de Kim est omniprésent. Dans une légende sous la photo de Singer, l’investisseur juif est décrit comme le « chef impitoyable et cupide d’un fonds d’investissement notoire ».

Samsung lui-même fait de la publicité sur Mediapen, propose des interviews et l’accès aux médias, et reçoit un soutien quasi-total des reporters et des chroniqueurs du site. Mais Mediapen n’est cependant pas l’un des principaux médias de Corée du Sud.

MoneyToday, basé à Séoul, l’est.

Dans un article (lien en coréen) datant du 22 juin sur la réponse de Samsung au rapport de l’ISS, le site a expliqué pourquoi l’ISS pourrait ne pas être objectif dans le conflit sur la fusion.

« Selon l’industrie de la finance, le fait qu’Elliott et l’ISS sont toutes les deux des institutions juives ne peut être ignoré », a-t-il indiqué. « Elliott est dirigé par un Juif, Paul E. Singer, et l’ISS est une filiale de Morgan Stanley Capital International (MSCI), dont les actionnaires clés sont Juifs. Selon une source du secteur de la finance, les Juifs ont un solide réseau démontrant leur influence dans un certain nombre de domaines. »

L’article publié dans le journal connu et lu MoneyToday a été publié près de deux semaines avant la publication de l’article sur Mediapen.

Et il n’y a aucun signe que le récit d’un Samsung victime d’une cabale mondiale des financiers juifs ne meure. Le quotidien sud-coréen Munwha Ilbo a suivi le mouvement mardi, avec un article intitulé :  « l’ISS juif soutient ouvertement le Juif Elliot« .

« Des doutes planent quant à une possible ‘alliance juive’ alors que l’ISS a publié un rapport qui a ignoré le système judiciaire national et simplement relayé les allégations d’Elliott », a souligné le tabloïd. « Elliott est dirigé par Paul Singer, qui est Juif. ISS est une filiale de MSCI, dont les actionnaires principaux sont Juifs. »

Il reste neuf jours avant le vote fatidique qui aura une incidence sur l’avenir de la plus grande compagnie de Corée du Sud, neuf jours durant lesquels l’attention fiévreuse des médias sur l’identité juive d’un chef de direction d’un fond d’investissement s’opposant à la fusion pourrait jouer un rôle désagréablement central.