Un prochain débat à la Knesset sur la « perte de la souveraineté israélienne sur le Mont du Temple » a suscité la colère du Parlement jordanien, où les députés estiment que la tutelle du lieu saint fait partie de leur devoir.

Le débat israélien, prévu mardi en session plénière de la Knesset, a été initié par le député du Likud Moshe Feiglin.

« Le Waqf [la structure religieuse musulmane sur le Mont du Temple, supervisée par la Jordanie] a exploité l’autonomie religieuse qu’il a reçue [d’Israël en 1967] et l’a transformée – avec l’assentiment et l’aveuglement de tous les gouvernements israéliens – en souveraineté quasi-totale des Musulmans et de la Jordanie »,  écrit Feiglin dans une lettre adressée aux 120 députés, en amont du débat de mardi.

La lettre comprend une litanie de plaintes sur les limitations imposées aux visiteurs juifs qui se rendent sur le lieu le plus sacré du judaïsme. Les restrictions policières empêchent les Juifs de prier ou de mener d’autres activités religieuses lors de leurs visites sur le Mont du Temple.

« Des drapeaux de l’OLP, du Hamas et du Mouvement islamique sont déployés sans crainte sur le Mont. Aucun contrôle de sécurité n’est mené pour les Musulmans qui déferlent vers le Mont à travers toutes ses portes », écrit Feiglin.

« Mais au pont Mughrabi, le seul point d’accès pour les Juifs (comme pour les touristes, ndlr) vers le Mont, la police israélienne déshabille les visiteurs juifs de peur que l’un d’entre eux n’introduise illégalement un drapeau israélien ou le Livre des Psaumes. Les fonctionnaires du Waqf suivent les visiteurs juifs à la trace pour s’assurer qu’ils ne s’avisent pas de prier. »

Feiglin a rappelé que le Waqf avait détruit des antiquités juives sur le Mont du Temple et a demandé au gouvernement israélien de « mettre à jour la souveraineté d’Israël au cœur de Jérusalem, le centre de la nation , de mettre fin à la discrimination sur ce lieu, et d’autoriser n’importe qui à monter vers le Mont à partir de n’importe quelle porte, sans distinction de religion, de race, de sexe ou de nationalité, en accord avec les lois fondamentales d’Israël. »

Feiglin a lui-même été arrêté en octobre 2012 et en janvier 2013 pour avoir prié sur le Mont du Temple avant qu’il ne devienne député.

Le Hamas et l’Autorité palestinienne, ainsi que des dirigeants du Mouvement islamique en Galilée, accusent depuis longtemps Israël de planifier la prise de contrôle des lieux saints musulmans sur le Mont du Temple, une zone sacrée pour le judaïsme et pour l’Islam.

Mais dimanche, les inquiétudes suscitées par le prochain débat à la Knesset se sont propagées encore plus loin.

L’agence de presse officielle Petra a révélé que le projet de loi avait « mis en colère » les députés  du Parlement jordanien. Ils estiment que le texte mettrait un terme à la tutelle hachémite sur le lieu et serait perçu comme une infraction au traité de paix israélo-jordanien.

Une telle décision équivaudrait à une violation de « la souveraineté nationale jordanienne et est synonyme de rupture du traité de paix signé entre la Jordanie et Israël », a déclaré le Comité pour la Palestine du Parlement.

Selon Petra, les députés ont également exprimé la crainte que la proposition « vise à légitimer la prise militaire de la mosquée al-Aqsa et d’autres lieux saints musulmans et chrétiens à Jérusalem et en Palestine. »

Si le texte est en voie d’adoption, le gouvernement jordanien pourrait fermer l’ambassade israélienne à Amman et son homologue jordanienne en Israël, ce qui porterait un sérieux coup aux relations entre les deux pays, précise l’agence de presse.

Le Premier ministre jordanien Abdullah Ensour a annoncé que son gouvernement n’avait pas encore pris parti sur le sujet, mais qu’il ferait connaître sa position si la Knesset votait une loi transgressant le traité de paix.

« Le Premier ministre a déclaré aux députés que [le] traité de paix entre la Jordanie et Israël oblige Israël [sic] dans ses dispositions concernant Jérusalem et ses lieux saints », révèle Petra.