Les résidents d’implantations juifs seront en mesure de rester dans leurs maisons en tant que résidents d’un Etat palestinien, selon un nouveau plan de paix présenté par un législateur de l’Union sioniste à la Knesset lundi.

Dans les grandes lignes de la proposition de Hilik Bar, Israël reconnaîtrait immédiatement l’État de la Palestine à l’ONU, sans toutefois spécifier les frontières.

Jérusalem devrait également émettre sa première réponse officielle à l’Initiative de paix arabe, sans accepter toutes ses dispositions.

La proposition de Bar appelle également à l’octroi à la diaspora juive d’un « statut consultatif » sur certains aspects de la politique étrangère d’Israël.

Même si Bar a clairement dit que les Juifs qui ne résident pas en Israël ne seront pas en mesure de voter, « cela ne nous tuera pas » de prendre leurs préoccupations en compte, a-t-il expliqué.

Faisant l’écho des propositions de paix précédentes, le plan de Bar appelle à la création d’un Etat palestinien démilitarisé, sur la base des lignes de 1967 avec des échanges de territoires mutuellement convenus. La ville non divisée de Jérusalem servirait de capitale aux deux Etats.

Les principaux paramètres mentionnés par Bar ressemblent étroitement à celles des précédents efforts. Une différence importante est que cela permettra aux résidents d’implantations de rester dans leurs maisons, même si elles sont situées sur le côté palestinien de la frontière.

« S’il peut y avoir une communauté juive à Londres et à Berlin, alors il peut y avoir une communauté juive en Palestine », a déclaré Bar, qui dirige le conseil de la Knesset pour résoudre le conflit israélo-arabe.

En vertu d’un accord sur le statut final, les résidents d’implantations qui refusent de déménager pourraient devenir soit des résidents ou citoyens du nouvel Etat palestinien, avec Israël qui serait responsable de leur sécurité, a-t-il expliqué.

Lors des discussions intra-palestiniennes, Ramallah a accepté, en principe, la notion de permettre aux Juifs de rester dans leurs maisons dans un futur Etat de la Palestine, a indiqué Bar.

Les résidents de l'implantation de Migron évacuée en 2012 (Crédit : Lior Mizrahi / Flash90)

Les résidents de l’implantation de Migron évacuée en 2012 (Crédit : Lior Mizrahi / Flash90

L’idée n’est pas nouvelle. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait flirté avec cette idée en 2014, s’attirant une avalanche de critiques de la droite.

La proposition de Bar pour permettre aux résidents de rester sur place dans un Etat palestinien a été critiquée par Gadi Baltiansky, le directeur général de l’Initiative de Genève, une organisation à but non lucratif plaidant pour une solution à deux Etats.

Si vous acceptez que les résidents puissent rester en Cisjordanie, il n’y a pas de raison convaincante pour eux d’arrêter l’expansion des implantations déjà existantes ou en construire de nouvelles, s’est insurgé Baltiansky.

En outre, les Palestiniens auront moins de raisons d’accepter l’annexion israélienne planifiée des blocs d’implantations, si les résidents juifs ont l’autorisation de séjourner dans un futur Etat de Palestine, a-t-il fait valoir.

Bar, président adjoint de la Knesset et député issu du parti travailliste, a présenté son plan pour une solution au conflit israélo-palestinien lors d’une longue présentation à la Knesset. Son initiative a été saluée par le chef de l’opposition et président des travaillistes, Isaac Herzog, et la numéro deux de la liste, l’ancienne négociatrice de paix, Tzipi Livni.

Cependant, Herzog, Livni et d’autres députés de l’Union sioniste ont dit qu’ils ne sont pas nécessairement d’accord avec toutes les dispositions de la proposition de Bar, et se sont arrêtés juste avant de l’approuver pleinement.

La semaine dernière, Herzog a déclaré que l’évacuation israélienne unilatérale des implantations de la bande de Gaza avait été une erreur d’un point de vue sécuritaire.

La proposition de loi devrait faire face à une vive opposition de la coalition gouvernementale, qui la fera probablement couler, comme il l’a fait pour les précédentes propositions de loi présentées par Bar.

Netanyahu « préfère enterrer ces initiatives, les arrêter, les discréditer – pour nourrir la population de slogans constants de la peur – ‘il n’y a pas de partenaire’, ‘il n’y a aucune chance’ », a déploré Herzog. « Nous devons être du côté de ceux qui prennent des mesures historiques, tout comme mon ami Hilik Bar l’a fait ce matin ».

Herzog a encouragé Bar à présenter son plan de paix aux dirigeants en Israël et dans la communauté internationale et de recueillir des commentaires et des annotations. Le parti tiendra ensuite une discussion en profondeur sur cette proposition, a-t-il poursuivi.

« Dire qu’il n’y a pas de partenaire [pour la paix du côté palestinien] est une excuse pour l’impasse diplomatique », a déclaré Bar.

« Mes grandes lignes… protègent les intérêts vitaux de la sécurité d’Israël, garde Jérusalem unifiée, résout le problème des réfugiés palestiniens en dehors des frontières d’Israël, laisse la majorité des résidents dans leurs maisons, renforce la position d’Israël dans le monde, et donne à Israël un coup de pouce dans sa guerre sans faille contre le terrorisme ».

L’aile droite d’Israël veut continuer à « gérer » le conflit avec les Palestiniens, a poursuivi Bar devant une audience emballée à la Knesset.

« Vous ne gérez pas les conflits. Vous résolvez les conflits », a-t-il ajouté. L’approche de la direction actuelle conduira à une réalité à un Etat qui met en danger la majorité juive d’Israël et donc signifierait la fin de l’entreprise sioniste, a-t-il mis en garde.

Le président Reuven Rivlin et le ministre adjoint des Affaires étrangères Tzipi Hotovely prônent ouvertement une solution à un Etat, a-t-il déploré.

« Ne vous laissez pas leurrer : aujourd’hui on nous dit que [le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud] Abbas n’est ‘pas un partenaire pour la paix’, mais dans l’État bi-national vers laquelle l’aile droite nous mène, Abbas sera un partenaire – dans le cabinet », a-t-il tonné.

« Et Khaled Meshaal est à la tête de l’aile politique du Hamas aujourd’hui, mais dans l’État bi-national vers laquelle l’aile droite nous mène, il sera à la tête d’un parti politique qui participera à des élections démocratiques ».