Le caricaturiste juif Georges Wolinski était parmi les douze victimes de l’attaque commise mercredi au quartier général parisien du magazine satirique Charlie Hebdo.

Les terroristes ont crié « Allah est grand » en arabe et ajouté que leur attaque avait « venger le prophète », a annoncé le quotidien français le Monde. Il ont fui dans une voiture volée en renversant un passant et en tirant sur des officiers.

Charlie Hebdo, qui publie régulièrement des articles et des caricatures critiques par rapport à la religion, a publié une série de dessins satiriques du prophète musulman Mahomet en 2006.

Le directeur du journal Stéphane Charbonnier, a été tué dans l’attaque. Deux des victimes étaient des officiers de police.

« Mon mari est mort avec ses camarades, avec ses frères, comme il disait de Cabu, au service de sa chère liberté pour laquelle il s’est toujours, toujours battu, je peux estimer qu’il est tombé au champ d’honneur de sa profession », a rappelé Maryse Wolinski, la veuve du dessinateur, sur RTL. « Ce qui s’est passé hier, c’est une guerre contre la liberté. Et cette guerre, nous devons la gagner », a-t-elle relevé.

Et d’ajouter : « Georges n’était pas conscient, parce que mon mari n’était pas conscient de ce genre de choses, il allait de l’avant, il fallait se battre, il se battait avec ses dessins, avec son crayon penché sur sa table à dessin (…) Mon mari est tombé au champs d’honneur de sa profession (…) Pour lui, je veux faire front. »

Wolinski, âgé de 80 ans, venait de Tunisie et avait déménagé en France dans son adolescence. Il était aussi un dessinateur du magazine et était connu pour son style cynique et parfois vulgaire. Après être entré dans le journalisme dans les années 1960, il a travaillé pour des journaux français comme l’Humanité, le Nouvel Observateur et Paris Match.

Un des dessins de Wolinski, publié dans une compilation de ses œuvres, montre une fille musulmane marchant avec sa mère dans une rue ravagée par la guerre au Moyen Orient. La fille demande ce que cela signifie d’être une femme libre. La mère répond en présentant à sa fille une copie d’un livre intitulé Bonjour tristesse [titre de l’oeuvre de Françoise Sagan].

« C’est évident qu’il s’agissait d’une attaque planifiée contre Wolinski et d’autres dessinateurs », a déclaré Richard Kenigsman, un dessinateur de caricatures et peintre juif bien connu de Bruxelles. Il a mentionné une attaque et des multiples menaces contre Charlie Hebdo depuis 2006 et la publication des caricatures jugées offensantes à l’égard de l’Islam.

Le président français François Hollande, s’exprimant en direct sur les lieux du drame, a déclaré qu’il s’agissait d’un attaque terroriste. « France est aujourd’hui sous le choc », a-t-il affirmé.

Charlie Hebdo, a rappelé le président de la République, « avait été menacé plusieurs fois dans le passé et nous devons montrer que nous sommes un pays uni ». Il a aussi promis que les autorités françaises « puniront les terroristes. Nous chercherons les personnes responsables ».

Dans une déclaration, le président du Congrès juif européen, Moshe Kantor, a considéré que l’attaque faisait partie « du commencement d’une vague de terreur dans les rues d’Europe » et d’une guerre contre la liberté de parole et le style de vie européen qui a déjà vu des enfants juifs abattus dans une école et des personnes assassinées de sang froid alors qu’ils visitaient un musée à Bruxelles ».

Sammy Ghozlan, le président du Bureau national pour la Vigilance contre l’antisémitisme, a déclaré : « La France doit se réveiller devant le danger de l’islamisme et de la terreur qu’il apporte dans le monde : à Paris, à Toulouse, à Sarcelles, à Bruxelles, à Jérusalem et à Tel-Aviv, des jihadistes agissent selon la même idéologie qui est employée pour les manipuler. »

Selon le Monde, l’attaque contre les bureaux de Charlie Hebdo est la plus sanglante à avoir eu lieu en France depuis 1835.

Charlie Hebdo a souvent provoqué la polémique au cours des années passées à cause de ses représentations de musulmans et du prophète Mahomet.

Dans un numéro de septembre 2012, la couverture du journal montrait un vieux juif ultra-orthodoxe poussant un musulman handicapé dans une fauteuil roulant avec la légende « Intouchables 2 », une allusion à un film français.

Dans les pages intérieures du magazine, des caricatures présentaient Mahomet dans une série de « positions provocantes », selon la description du quotidien Le Figaro.

Selon Reuteurs, les dessinateurs avaient inclus des « caricatures nues » du prophète.

Les bureaux de Charlie Hebdo avaient été attaqués dans le sillage des polémiques passées provoquées par ses publications.

En 2011, Charlie Hebdo a publié une édition qui présentait le prophète Mahomet comme « directeur de publication invité ». Le numéro avait provoqué des manifestations, et les bureaux du magazine avaient été attaqués par des bombes dans ce qui avait été considéré comme une attaque de vengeance.

Des agences de presse ont contribué à cet article.