Un dirigeant salafiste de la bande de Gaza a exposé mardi son souhait d’une détente entre le Hamas et des groupes djihadistes plus radicaux basés à Gaza. Il a déclaré que le Hamas étudiait sa proposition.

Issam Saleh, un ancien dirigeant du groupe islamiste Jaish al-Islam, a convoqué une conférence de presse à Gaza City pour annoncer l’établissement d’un comité de réconciliation pour limiter la tension croissante entre le Hamas et les autres groupes fondamentalistes luttant pour le pouvoir.

Dans une proposition écrite publiée par le quotidien al-Qods basé à Jérusalem, Saleh, un dirigeant respecté qui a enseigné au Yemen, au Soudan et en Egypte, a demandé au Hamas de libérer des prisonniers salafistes, et de désigner des zones spécifiques dans la bande de Gaza pour l’entraînement militaire et « l’activité de djihad ».

Le Hamas a intensifié sa repression contre des groupes djihadistes lors des dernières semaines afin de tenter de calmer le régime égyptien d’Abdel Fattah el-Sissi, qui combat des militants affiliés à l’Etat islamique au nord de la péninsule du Sinaï.

Le Hamas considère également les groupes armées locaux comme une menace potentielle à son pouvoir à Gaza et un défi idéologique à sa version plus pragmatique d’un islam politique.

Le document de Saleh appelait le Hamas à rendre les fonds et les armes confisqués aux combattants salafistes par les agences de sécurité de Gaza, et à ne recourir à la torture « seulement sur la base de preuve de collaboration avec l’ennemi ».

« Nous vivons ensemble dans un même lieu et nous devons coopérer. C’est une question religieuse », a-t-il déclaré à la presse. Saleh a continué en condamnant « des explosions internes » perpétrées par les salafistes à Gaza, et la « torture qui va à l’encontre de l’islam » perpétrée par le Hamas.

Il a nié les liens entre les djihadistes de Gaza et les membres de l’Etat islamique du Sinaï, comme l’annonçait la presse égyptienne.

« La plupart de djihadistes à Gaza n’ont pas de lien avec le Sinaï, a-t-il déclaré. Les frères du Sinaï posent problème au gouvernement égyptien, et ici [à Gaza] les djihadistes salafistes opèrent contre les Juifs. »

La tendance salafiste, ou fondamentaliste, dans l’islam est traditionnellement classée en deux mouvements séparés : Slafiya Da’awiyah, qui se concentre sur la prêche et l’éducation religieuse, et la Salafiya Jihadiyah, qui s’occupe de la lutte armée pour créer un califat mondial gouverné par la loi religieuse comme elle était pratiquée au temps du prophète Mahomet.

Le Hamas, en tant que membre des Frères musulmans, soutient la mise en place d’une forme plus souple de la charia dans le cadre d’Etats nations existants, a arrêté et torturé des activistes djihadistes locaux.

Début juin, ses forces de sécurité ont abattu Younis al-Hunnar, un jeune salafiste vivant à Gaza. Le ministre de l’Intérieur du Hamas a ensuite montré des photos d’armes qui auraient été cachées dans la maison d’Hunnar, déclarant qu’il avait résisté avec violence à l’arrestation.

La semaine dernière, un site internet associé à l’Etat islamique avait diffusé une vidéo montrant un jeune homme prétendant être de Gaza et menaçant de renverser le Hamas dans la bande en représailles à ses actions contre les salafistes.

« Nous referons à Gaza ce que nous avons fait dans le camp de réfugiés de Yarmouk [en Syrie] », a déclaré l’homme qui s’appelait lui-même Abu Aisha le Gazaoui, et a ensuite été identifié comme étant Issa al-Lakta, 23 ans. « Nous nous vengerons. »

Dans le même temps, un média palestinien a annoncé mardi que le Hamas avait décidé d’interdire as-Sabirin, un groupe créé à Gaza il y a un an et demi et soutenu par l’Iran. Le Hamas accuse le mouvement de répandre la doctrine chiite dans une bande de Gaza à prédominance sunnite.

Les observateurs considèrent que cette décision renforcera la distance entre le Hamas et l’Iran, son bienfaiteur, qui avait été créé lorsque le Hamas avait décidé de quitter la Syrie début 2012 et de dénoncer le régime d’Assad.