David Simha, le président de la Chambre de Commerce Israël-Palestine, a déclaré que les Israéliens se rendaient compte qu’ils ne « pouvaient pas prendre le risque de ne pas parvenir à un accord [avec les Palestiniens] », lors d’une conférence organisée par The Israel Project à Jérusalem.

« Je veux être clair : au sein de notre Chambre, nous ne croyons pas à la ‘paix économique.’ Nous pensons que les relations économiques doivent aller de pair avec la poursuite d’efforts diplomatiques en faveur d’une solution à deux Etats », a-t-il déclaré.

Créée en 2009, la Chambre de Commerce Israël-Palestine est l’une des 52 chambres de commerce binationales actives en Israël.

Elle représente des hommes d’affaires et des industriels israéliens désireux de faire commerce avec l’Autorité palestinienne.

Dans son énoncé de mission, la Chambre de Commerce évoque notamment son objectif de « créer une atmosphère de confiance réciproque entre les deux peuples. »

«Les relations économiques doivent aller de pair avec la poursuite d’efforts diplomatiques en faveur d’une solution à deux Etats »

David Simha

Selon Simha, son organisation a mis en place l’année dernière cinq conférences d’affaires à Tel Aviv dans les domaines de l’alimentation, le textile, le mobilier, la médecine et le high-tech, au cours desquelles des entrepreneurs israéliens et palestiniens se sont réunis.

Les appréhensions de Simha sont en contradiction nette avec les sentiments exprimés lundi par le ministre de l’Economie Naphtali Bennett, lors d’un entretien accordé au Times of Israel.

Bennett a affirmé qu’il n’y avait aucune corrélation entre l’état de l’économie israélienne et les progrès dans le processus de paix.

« Je dirais qu’il y a plutôt un effet inverse », a affirmé Bennett. « Ce dont nous avons besoin en Israël, c’est de calme et de sécurité. Les années où la sécurité était assurée, l’économie a prospéré même s’il n’y avait pas d’accord de paix final. »

Mais pour Simha, il existe un immense marché inexploité pour les produits israéliens dans les pays du Golfe. Celui-ci n’attend que la signature d’un accord de paix pour se débloquer. Il a lui-même rencontré des hommes d’affaires du Golfe lors du dernier Forum économique de Davos et a retenu leur volonté manifeste d’ouvrir leurs marchés aux importations israéliennes.

« Il n’y a aucune raison que nous fassions affaire avec le reste du monde et pas avec cet immense marché », a-t-il déclaré. « De la même façon que nous aimerions faire affaire avec eux, nous sentons qu’ils aimeraient faire affaire avec nous. Mais pour ça, ils ont besoin d’un feu vert. Le feu vert, c’est l’accord [de paix]. »

Au sujet de la menace imminente que fait peser le mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS) contre les entreprises et les produits israéliens, Simha assure que son organisation n’a noté « absolument aucun effet. » La Chambre de Commerce a décidé de ne pas prendre position sur le sujet des entreprises israéliennes opérant au-delà de la Ligne verte, en dépit – ou peut-être à cause – du caractère ultra-sensible de cette question.

Près de 500 entreprises israéliennes opèrent en Cisjordanie et emploient entre 30 et 40 000 Palestiniens, a fait remarquer Simha. Le salaire moyen des employés palestiniens dans les entreprises israéliennes – en Israël ou en Cisjordanie – est deux fois plus élevé que celui qu’ils reçoivent dans leurs villes natales, a-t-il poursuivi.

Simha précise que ses homologues palestiniens ont des sentiments contrastés au sujet de l’emploi dans les implantations. Certains estiment qu’il est essentiel à l’économie palestinienne, tandis que d’autres privilégient la fierté nationale à l’opportunisme économique.

Lors du Forum économique mondial de Davos, une cinquantaine de chefs d’entreprises israéliens ont rencontré une soixantaine de leurs homologues palestiniens pour la deuxième année consécutive.

Les discussions ont porté sur la coopération en cas de signature d’un accord de paix. « Nous n’avons pas vraiment évoqué ce qui se passerait s’il n’y avait pas d’accord », a précisé Simha.

De nombreuses sociétés mixtes contraintes de faire profil bas en raison de la pression exercée sur les hommes d’affaires palestiniens.

«  Nous ne traitons pas les Palestiniens avec condescendance, nous les voulons comme partenaires, comme nos égaux… Ils ont besoin de nous et nous avons besoin d’eux », a-t-il ajouté, précisant qu’à ses yeux, le mouvement BDS ne faisait rien pour que la paix progresse.

Toutefois, les aspirations de Simha sont contestées. De nombreuses sociétés mixtes sont contraintes de faire profil bas en raison d’une pression antinormalisation exercée sur les hommes d’affaires palestiniens.

« C’est frustrant pour nous de ne pas pouvoir parler de nos actions dans les journaux. Je rêve de pouvoir publier un article fleuve après chaque réunion et d’annoncer que 50 Palestiniens sont venus à Tel Aviv. Nous ne le faisons pas, car nous savons que sinon, ils ne viendront pas la prochaine fois. C’est aussi simple que ça. »