L’éditeur nantais Franck Lhomeau dévoile dans une étude à paraître dans la revue « Temps noir » la part d’ombre du célèbre dialoguiste des « Tontons flingueurs », Michel Audiard, dont les sympathies collaborationnistes étaient jusqu’alors peu connues, occultées par ses biographes.

Cette étude fouillée de 120 pages, à paraître le 26 octobre dans la revue des littératures policières Temps noir, a été réalisée par l’éditeur lui-même, qui a travaillé pendant un an sur la base d’archives de la police, de la justice ainsi que de journaux collaborationnistes publiés sous l’Occupation.

Interrogé par l’AFP, Franck Lhomeau, fondateur des éditions Joseph K. qui travaille depuis 30 ans sur la série noire, se défend d’avoir voulu « traquer qui que ce soit », cherchant surtout à « démystifier le personnage » et à comprendre qui il était avant de devenir l’auteur des dialogues les plus truculents du cinéma des années 1950 et 1960.

L’étude, tant littéraire qu’historique, renvoie pourtant une image bien plus sombre que celle qu’avait acquise dans le public le scénariste à la célèbre casquette, décédé en 1985, ou du souvenir qu’il avait bien voulu laisser.

« Les années de guerre sont largement oubliées et peu documentées par les biographes », explique l’éditeur.

Sous l’Occupation, Audiard, qui se présente à l’époque comme un « gosse », aurait fait « comme tous les Français », essayant de « survivre », notamment en volant des vélos pour manger.

Mais en 1943, à 23 ans, il commence à publier dans deux journaux collaborationnistes, l’Union française et L’Appel, dont la ligne éditoriale est de « faire de la lutte anti-juive » une priorité. Michel Audiard ne sera pas inquiété pour ces textes, où foisonnent les clichés antisémites du Juif « à l’odeur de chacal ».

« Sa contribution à l’Appel n’était pas ‘politique’ mais ‘littéraire’ et ne constituait pas un appel à la collaboration, explique Franck Lhomeau. Ses portraits de juifs n’étaient pas des ‘dénonciations’ passibles des tribunaux, mais avaient la forme littéraire des ‘caricatures’ antisémites courantes dans les journaux collaborationnistes ».

Michel Audiard sera toutefois arrêté à la Libération dans l’appartement du collaborateur Robert Courtine alors en fuite, puis relâché.

Une carte d’adhésion au Groupe Collaboration, organisme de coopération avec les autorités d’Occupation, datant de 1942, a également été retrouvée. Michel Audiard dira pour s’expliquer : « Il est possible que quelqu’un m’ait fait inscrire à ce groupement à mon insu mais je suis absolument certain de n’avoir jamais donné ma signature pour une adhésion volontaire ».