AMSTERDAM — Un électricien des Pays-Bas a découvert pendant un travail de réparation une valise contenant des demandes de visa pour les Etats Unis remplies il y a 76 ans par des victimes de la Shoah.

L’électricien, Guus Braam, et la propriétaire du domicile où a été découverte cette valise emballée dans un journal et posée dans un vide-sanitaire, ont donné ces objets au Musée d’histoire juive d’Amsterdam, soupçonnant que ces derniers « devaient avoir quelque chose à voir avec la guerre », a expliqué Braam au quotidien Het Parool, qui a publié dimanche un article sur cette trouvaille.

Après l’ouverture de la valise par un serrurier, les chercheurs du musée ont pu remonter à la famille Redlich, un foyer constitué des deux parents et de leurs deux fils, Peter et Gunther, qui avaient fui Hambourg en 1938 pour Amsterdam. La famille Redlich, propriétaire d’une usine de manteaux de pluie, a péri durant la Shoah.

La valise trouvée rue Stadionkade dans le sud d’Amsterdam contenait de l’argent, le carnet scolaire de notes de Peter, sa photo, la notification de sa mort à l’âge de 19 ans dans un camp de concentration en Autriche et des demandes de visa pour ses parents et son frère, entre autres. L’article consacré à cette découverte ne précise pas si une réponse avait été apportée aux demandes de visa soumises par la famille Redlich.

La valise et son contenu seront exposés le 20 avril au Musée d’histoire juive, note également l’article.

Peter avait été arrêté durant un raid à Amsterdam et envoyé dans un camp de concentration aux Pays-Bas. De là, il avait été transféré au camp de concentration de Mauthausen en Autriche. Il y était mort, comme 60 % des 199 404 prisonniers passés par le camp, dont 38 120 Juifs.

Ses parents avaient été déportés au camp de concentration de Westerbork en 1944 et assassinés au mois de février à Auschwitz. Son frère serait décédé plusieurs semaines plus tard. Gunther et ses parents pourraient avoir vécu dans la clandestinité jusqu’en 1944 et avoir été trahis et livrés aux autorités, selon Het Parool. Approximativement 75 % des 140 000 Juifs néerlandais ont été assassinés durant l’Holocauste – c’est le plus fort taux de morts dans l’Europe occupée par les nazis.

En plus d’une notification laconique sur la mort de Peter, la valise contenait également une lettre qu’il avait écrite à ses parents depuis Mauthausen peu de temps après son arrivée. « Je vais bien et vous ne devez pas vous inquiéter pour moi », dit la lettre.

L’usine où Peter était employé, Asscher Interieurs, avait fait parvenir à la famille l’équivalent de trois mois de salaire pour aider la famille à gérer cette perte, ont également révélé les documents contenus dans la valise.

Sur le carnet de notes de Peter, un enseignant avait écrit : « Nous savons qu’il est un élève studieux qui remplit ses devoirs scolaires avec soin ».

Dans un registre trouvé dans la valise, Peter avait noté pendant des années ses dépenses et ses revenus, obtenus à l’aide de travaux faits après l’école et d’allocations. Passionné de navigation, il avait acheté un petit bateau qu’il remboursait par versements. Il notait également ses dépenses : Un livre sur la plaisance, des billets de cinéma, un maillot de sport et des cadeaux achetés à sa mère et à son père : Un stylo pour sa « Mutti » et un briquet pour son « Vati », comme il les dénomme dans le registre.

« Il s’avère que cette découverte est spectaculaire », estime Peter Buijs, chercheur au musée juif, évoquant la valise. « Ces documents offrent l’image de la tragédie survenue à cette famille. Ils offrent un visage à Peter Redlich ».

La propriétaire de la maison dans laquelle la valise a été trouvée, Marianne Eleveld-Lasès, a mis aux enchères plusieurs pièces de monnaie trouvées dans la valise mais a décidé de faire don du reste au musée, fait savoir le journal Het Parool.