L’amour nous rend heureux, l’amour nous rend fou, l’amour nous rajeunit, en tout cas c’est ce qu’on dit – mais dans le cas de la cochenille farineuse des vignes, l’amour tue.

Les scientifiques du moshav Ein Yahav situé dans le désert du Néguev au sud d’Israël ont découvert la méthode parfaite pour empêcher la multiplication de cette plaie.

Ils ont transformé en arme redoutable l’instinct de reproduction de cette bête pour les tuer.

Les fermiers du Moshav libèrent un produit odorant qui envoie l’information aux insectes mâles qu’il y a des femelles dans cette zone.

La cochenille cherche frénétiquement des partenaires qui ne sont pas là – et meure littéralement d’épuisement sans que la génération suivante n’ait pu être procréée.

Les cochenilles farineuses des vignes vivent là où les raisins poussent. On peut les trouver dans les racines, sur les vignes ou sur les raisins. Les insectes sécrètent une substance blanche nommée miellat, qui attire les fourmis qui les protègent des prédateurs.

Si les fourmis ne sont pas présentes, les cochenilles continuent à produire le miellat, ce qui à terme peut entraîner la moisissure de la vigne. Dans les deux cas, les raisins ne sont plus consommables.

En général, on utilise des pesticides pour lutter contre ce fléau mais Ein Yahav, l’une des plus grandes communautés fermières du pays, s’est engagée à réduire le recours aux pesticides chimiques, indique Rami Sadeh, un agronome de Beauty of Vegetables [la Beauté des légumes]. Il s’agit d’une organisation locale qui travaille dans la recherche et le développement dans de nombreux domaines agricoles. Cela inclut le développement de pesticides naturels – des pesticides basés non pas sur des produits chimiques mais sur des processus naturels qui utilisent la nature contre les plaies qui endommagent les plantes.

L’une des innovations développées à Ein Yahav, indique Sadeh, est le déploiement d’une « armée » de prédateurs d’insectes – très affamés – composée d’insectes comme l’Orius laevigatus (appelé communément la punaise des fleurs), le « Svirski » (Amblyseius Typhlodromips swirskii, une espèce d’acarien polyphage), le Presimillis (un mangeur de mites) et des guêpes parasites – tous sont des ennemis naturels des fléaux comme les thrips, les aleurodes et les mites qui peuvent manger sans aucun problème les potirons, les poivrons, les melons, les tomates et d’autres plantes qui poussent dans le moshav.

« Nous utilisons les ennemis naturels des insectes qui causent des dommages, et si nous utilisons des insecticides, c’est à petite échelle, sur un ou deux plants avec un niveau d’infestation élevé », précise Sadeh.

« Cela nous coûte plus d’argent par dunam [unité de mesure de surface n’appartenant pas au système international], mais nous dormons mieux car nous savons que nous n’utilisons pas de produits chimiques ». En utilisant les insectes pour contrôler les fléaux, les fermiers ont pu réduire de 80 % leur utilisation des pesticides, indique-t-il.

Ce nouveau système, qui est en train d’être testé dans le moshav, porte la notion de contrôle d’insecte à un autre niveau.

Ainsi, au lieu de déployer un ennemi pour lutter contre les cochenilles, les chercheurs d’Ein Yahav ont trouvé une manière de pousser les insectes au suicide. Comme beaucoup de créatures, les femelles cochenilles émettent un signal, des phéromones, quand elles sont prêtes à s’accoupler. Les mâles sentent cette odeur et se ruent sur les femelles pour s’accoupler – une priorité pour les créatures dont le cycle de vie dure à peu près 50 jours dans le meilleur des cas. Ce cycle est encore plus court lorsqu’ils vivent avec le climat chaud du Néguev.

Les scientifiques ont isolé cette phéromone et l’ont essentiellement « mise en bouteille ». Quand les cochenilles ont commencé à envahir les vignobles, les fermiers ont libéré le composé avec les phéromones dans tous les recoins du vignoble – et aux alentours.

Les phéromones sont libérées à un moment où les femelles ne représentent aucune « concurrence » car elles ne sont pas encore prêtes à s’accoupler – mais les mâles ne le savent pas. Comme tous les mâles de la plupart des espèces, les mâles cochenilles utilisent leur instinct en ce qui concerne le sexe – et lorsqu’ils détectent les phéromones, ils deviennent frénétiquement excités, cherchant désespérément la femelle « chaude » qui pensent-ils est prête pour l’accouplement.

Seulement, il n’y a pas de femelles, et parce que les insectes ne peuvent pas « réfléchir » au-delà des messages envoyés par les phéromones, ils continuent à chercher ces femelles – en vain.

Finalement, les mâles abandonnent – épuisés. Ayant investi toute leur énergie à la recherche infructueuse de l’amour, ils s’allongent et meurent, explique Sadeh. Sans mâles, les femelles ne peuvent pas se reproduire, mettant fin à une génération de cette plaie.

Les tests préliminaires de ce système, qui a été développé par la compagnie Mahteshim Adama, se sont avérés concluants, annonce Sadeh.

Il y a cependant une restriction, il faut traiter tout le vignoble (Ein Yahav possède 100 dunam, ou 24,7 acres) en même temps pour que ce système fonctionne et que les mâles meurent.

Cela sera la première fois que l’on utilisera un traitement aux phéromones sur une large zone pour contrôler les insectes, explique Ein Yahav.

Selon Sadeh, Ein Yahav est l’endroit idéal pour essayer ce genre de système – et son organisation, ajoute-t-il, continuera à mener le développement des pesticides naturels.